Lâcher du pouvoir pour reprendre la main sur les marchés
Pour sortir de la crise, il faut que les chefs de gouvernement acceptent de céder certaines de leurs prérogatives.
- Shanghaï vue du haut du Financial Center, en octobre 2011. REUTERS/Carlos Barria -
Antienne connue: les politiques ont perdu leur pouvoir face aux marchés. Et regardez-les, en effet, trembler devant les agences de notations, hésiter à élaborer des plans de sauvetage d’une Grèce qui se noie, renoncer à imposer des régulations fortes aux banques. Les gouvernements n’ont en vérité rien perdu de leurs prérogatives, mais débiteurs affaiblis et désunis, ils n’osent pas tenir tête.
Après la crise de Lehman Brothers, les 20 grandes puissances économiques mondiales s’étaient réunies pour agir de concert. Depuis, l’égoïsme a repris le dessus. Le G20 pointe de bons sujets — la coordination économique, la régulation, la sécurité alimentaire…— mais ne sait émettre que des souhaits diplomatiques et mièvres.
Le XXIe siècle sera celui de la politique, dit-on, après une fin de XXe qui a vu le marché triompher. Peut-être. Il faut le souhaiter puisque seuls les gouvernements élus sont légitimes pour mettre de l’ordre et de l’équilibre, l’un comme l’autre nécessaires. Mais la politique ne remontera sur le trône que si elle trouve le moyen de se réhabiliter.
Comme le dit Francis Fukuyama, l’Etat est partout discrédité car inefficace et partial. Il est balourd, peu habilité à faire face au exigences individuelles, toujours trop coûteux. Il est aussi aliéné par des lobbys particuliers. Bref, on pourrait assister à un retour de la politique, mais pas avant que celle-ci se soit entièrement transformée.
Comment?
Pour reprendre le pouvoir, il faut céder du pouvoir. C’est l’issue de ce paradoxe historique qui se joue exactement de la même manière sur deux scènes: l’Europe et le monde. Au niveau régional comme global, les gouvernements doivent abandonner des souverainetés pour qu’ensemble ils en regagnent sur les marchés.
Prenez l’Europe. Le drame de la zone euro a une cause limpide: la monnaie unique a été conçue comme un jalon vers plus de fédéralisme. Comme le tablier d’un pont jeté d’une rive et qui doit s’accrocher à l’autre. Sauf que l’autre rive s’est éloignée dans les années 90, le mouvement fédéraliste a été arrêté net sous le couple Chirac-Schröder. Pis même puisque le pouvoir fédéral de la Commission a du s’effacer devant celui du Conseil européen, assemblée des chefs d’Etat et de gouvernement. Une monnaie fédérale dans une Union qui l’était de moins en moins. On comprend que le pont, laissé dans le vide, menace très sérieusement de s’effondrer.
L’issue est bien entendu de reprendre la marche fédérale en avant. Plutôt que regagner du pouvoir sur la Commission, il faut la réarmer. Qu’elle cesse de prendre des directives sur la taille des œufs de poules et s’occupe des vrais sujets: les banques, la surveillance budgétaire, la politique macroéconomique, l’énergie…
L’asymétrie des pays de l’Union, cause de divergences accrues depuis dix ans, doit être combattue avec des budgets du centre. Mais les «transferts» des riches aux pauvres, si redoutés par les Allemands, n’ont de sens que s’ils ont une fin et ils n’auront une fin que quand les pays de la périphérie retrouveront une productivité et une croissance plus fortes. Céder à l’Union pour que le pouvoir européen réexiste: voilà la clef.
Même constat pour le G20. Nous revoici devant une assemblée de chefs d’Etat et de gouvernement. Assemblée impuissante car, comme le Conseil européen, elle ne décide qu’unanimement. Et ses avis n’ont pas force de loi. Il existe pourtant un organe central dont l’objet est de veiller à la bonne marche économique et financière du monde: le Fonds Monétaire International.
Le G20 aurait dû céder du pouvoir au FMI, au lieu de s’y substituer en quelque sorte. Il n’est pas trop tard mais encore faut-il, au préalable, que le FMI soit plus représentatif et plus puissant. Les grandes économies doivent, ici aussi, céder du pouvoir au FMI sur la régulation des banques, sur la coordination des politiques et sur le ménage à trois du dollar, de l’euro et du yuan. Céder de la souveraineté pour en regagner au niveau supérieur: unique chemin pour vraiment réhabiliter la politique face aux marchés.
Eric Le Boucher
Chronique également parue dans Enjeux-Les Echos du 4 novembre 2011.
Mis à jour le 07/11/2011 à 12h38














































je crois que les marchés aujourd'hui n'ont qu'une seule crainte : que la politique retrouve son pouvoir. En leur donnant des facultés outrepassant les territoires nationaux, les états ont eu la sensation de leur donner du pouvoir, mais force est de constater qu'ils n'ont en rélaité qu'un seul pouvoir de nuisance. Ils en usent aujourd'hui pour qu'on leur octroie davantage d'importance et ils divisent, en abusant de la spéculation et des menaces de notation, chacun des états afin d'éviter surtout que le contre pouvoir que leur union, ou leur concertation leur permettrait d'obtenir. La crise de la dette en Europe est ainsi un exemple parfait. A ce jour, seule la Grèce est insolvable, certainement pas l'Italie, et encore moins la France. Mais, comme aux échecs, la menace est plus forte que la prise. Ainsi, en faisant croire à des impossibles clotures pour insuffisance d'actifs de grands états, ils s'autorisent à noter des risques parfaitement artificiels et farfelus, et prêtent plus cher.
La solution est bien la votre. Quand les états cesseront de croire qu'ils peuvent payer les rançons sans conséquence, le chantage cessera. Pour cela, il faut une convergence supra-nationale et une intégration budgétaire.
Il reste à faire accepter que cela ne serait pas des pertes de souveraineté, mais la mise en place d'outils permettant de la conserver.
Bien à vous.
Dévaluations a la pelle, inflation galopante, grèves a gogo.
De Gaulle est bien sur passe par la mais aussi le PAC très favorable a la France pendant tant d'annees (l'Allemagne payait ses dettes a l'Europe qu'elle avait massacre).
Si vous pensez que la solution est l'état independent venez ici en Angleterre d'ou je vous écris. Misère, dettes, coupures de budgets - un peu a la grecque que je connais si bien.
La faute n'est pas au niveau du système pas plus que le Titanic n'étais pas la faute de l'iceberg. C'est la faute des hommes - cupidité, orgueil,incompétence.
Heureusement, aujourd'hui, on a le radar et le GPS sous la forme de l'UE! Un peu d'intelligence a la place des nationalismes puérils et dépasses.
La politique ce n'est pas un cheque en blanc. La politique c'est l'allocation de ressources pour le bien commun. Ca ne veut pas dire que ces ressources sont illimitees. Ces ressources n'ont pas disparu. On a juste rappele qu'il fallait en politique aussi des comptes equilibres. La politique est toujours la.
Pas besoin de new deal pour taxer les transactions speculatives (= courtes), pour retablir une sorte de logique dans les echanges internationaux (= taxes sur les transports) pour compenser les ecarts internationaux, et de re-equilibrer les comptes (pas 3% de deficit mais -3%) pour retablir la confiance des pays ou entites qui ont de quoi investir.
Personne ne va investir dans un fruit pourri, demander au politique d'y investir plus alors qu'il est insolvable cela ne peut faire que fuir les investisseurs, on ne donne pas du gras au cochon...