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Hollande dans le texte

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 14.11.2011 à 9 h 07

Depuis deux ans et demi, le candidat socialiste à la présidentielle a écrit une quarantaine de chroniques pour Slate. Petit florilège sous forme d'abécédaire.

François Hollande lors d'une session du Conseil général de Corrèze, le 31 mars 2011. REUTERS/Régis Duvignau.

François Hollande lors d'une session du Conseil général de Corrèze, le 31 mars 2011. REUTERS/Régis Duvignau.

Investi candidat à la présidentielle le 22 octobre après avoir battu Martine Aubry lors de la primaire socialiste le 16, François Hollande fait aussi partie, depuis deux ans et demi, des chroniqueurs de Slate. Petit abécédaire des opinions qu'il a exprimées sur le site au long d'une quarantaine de chroniques, sous forme de verbatim ou de synthèse de propos selon les sujets, éclairés, éventuellement, de déclarations plus récentes.

A comme… Allemagne

Dans une de ses premières chroniques, en mars 2009, le dirigeant socialiste estimait que «c'est elle qui peut disposer de la force d'entraînement et de la mobilité indispensable dans la gestion des conflits» et qu'elle occupe une «place éminente [qui] donne des droits, mais impose aussi des devoirs», car ses «succès commerciaux n'ont d'avenir que dans une économie européenne en croissance».

B comme… Banques

«Partout où les banques sont en grave difficulté, la nationalisation temporaire s'impose et le système de la "banque poubelle" doit être érigé. Ce sont les conditions pour assainir, une fois pour toutes, le système financier et pour abaisser le coût du crédit.»

François Hollande tenait ces propos dans une chronique de mars 2009, six mois après la chute de Lehman Brothers. Pendant la campagne de 2011, son lieutenant Michel Sapin a jugé «à côté de la plaque» le slogan des nationalisations bancaires.

C comme… Centre

«François Bayrou n'est pas un ennemi de la gauche, il peut même indirectement travailler pour elle, il n'en est qu'un ersatz. Une apparence, une illusion.» (9 février 2009)

S'exprimant devant ses supporters au soir du 16 octobre, le candidat a expliqué qu'il existe «des gens qui ne savent pas s'ils sont de gauche, qui savent qu'ils ne sont plus de droite, ce qui est déjà pas mal, et qu'il faudra bien accueillir le moment venu, s'ils le décident».

D comme… Dialogue social

Dans une chronique publiée pendant le mouvement social de Continental, François Hollande notait que même «en temps de relative prospérité, la grève, le blocage, le conflit sont les formes les plus courantes —alors qu'elles devraient être les recours ultimes— de la confrontation sociale» et avançait quelques pistes de réforme syndicale: financement public des grandes confédérations et recomposition du paysage syndical français «autour des plus grandes centrales».

E comme… Euro

En juillet 2011, François Hollande estimait que «la crise de l’euro est avant tout une crise politique», sous forme d’une «absence de stratégie commune de désendettement, et ce dès avant la crise de 2008». «Paradoxalement, ce qui peut faire éclater l’euro, ce n’est pas le "défaut" d’un pays de la zone, en l’occurrence la Grèce, mais le "défaut" de direction de l’Europe», qui se manifeste selon lui sous deux formes: «Manque de solidarité, car finalement les Européens ne veulent plus payer pour les autres» et «manque d’autorité, car les marchés ont parfaitement compris que devant la faiblesse de l’Europe, ils étaient les plus forts et qu’ils gagneraient à tous les coups».

La solution passerait selon lui par «l’affirmation d’un gouvernement économique», confié à un poste fusionnant «le président du Conseil européen avec le président de la Commission» et se traduisant notamment par la levée d’impôts au niveau européen, comme la taxe sur les transactions financières, l’émission d’eurobonds et le rachat d’obligations par la BCE.

F comme… Fiscalité

«Je souhaite que les socialistes, plutôt que de dire "Impôts! impôts! impôts!" face à tout problème de financement et devant l’ampleur des déficits, disent clairement quelle réforme globale des impôts directs et du prélèvement social ils préconisent aujourd’hui.» (5 octobre 2010)

Dans une tribune publiée par le Nouvel Observateur mi-août, le candidat a avancé plusieurs pistes: fusion impôt sur le revenu-CSG, assiette large pour toutes les impositions, abaissement de l'impôt sur les sociétés pour les plus petites d'entre elles, basculement des cotisations patronales de la branche famille vers des prélèvements d'Etat...

G comme… Gauche

«La social démocratie n'assume nulle part son identité: la critique du marché, le réformisme comme instrument, une volonté de préserver les biens publics, le compromis social comme contribution à l'intérêt général, une stratégie de croissance solidaire, un système de prélèvements qui incite aux bons comportements et dissuade les prédateurs, un internationalisme qui n'oublie pas les nations et surtout une unité dans l'action et dans la proposition à l'échelle du continent. Celle qui a manqué depuis trop d'années.» (12 juin 2009)

H comme… Hauts salaires

Dans nos pages, François Hollande a appelé à l’édiction d’une «limitation des hautes rémunérations» par l’Etat:

«Il ne s'agit pas de stigmatiser —sur le mode outragé— ou de punir —sur le mode inquisitorial— mais de remettre l'échelle des revenus sur des bases saines économiquement, justifiées socialement et acceptables politiquement. Il est vain d'attendre une auto régulation de la part structures patronales qui sont dans un lien de consanguinité et de complicité pour perpétuer le système de cooptation et de captation. »

I comme… Identité nationale

François Hollande est intervenu à plusieurs reprises sur le débat sur l’identité nationale pour affirmer qu’elle «ne peut pas se définir par rapport à l'immigration»:

«Nous ne sommes pas Français contre les étrangers. Nous sommes Français et ouverts au monde. Et la nationalité ne s'acquiert pas seulement par le sang, mais par le sol. […] La France ne se constate pas. Elle se bâtit. »

K comme… Keynes

Analysant en 2009 le creusement des déficits et de la dette sous l’impact de la crise, l’ancien premier secrétaire du PS estimait que celui-ci avait peu à voir avec les relances «keynésiennes» classiques et l’attribuait essentiellement à la conjoncture et aux «décisions clientélistes» comme la baisse de la TVA dans la restauration:

«C'est le déficit subi. C'est la drogue du crédit. C'est la dette boule de neige. C'est le mistigri de l'impasse budgétaire transmis non pas aux générations futures mais à l'élection suivante. C'est "Courage creusons"! Du keynésianisme, cette non gestion camouflée en activisme, cette négligence travestie en pragmatisme. Cette impuissance maquillée en volontarisme? Non, tout simplement du laxisme.»

M comme… Mobilité sociale

Face à une France «insécure», François Hollande esquissait plusieurs leviers de «la lutte contre le déclassement» et de la «démocratie de la réussite»: rapprochement des grandes écoles et des universités, développement de la formation continue, accession à la propriété facilitée par des mécanismes de prêts à taux zéro et des politiques locales de réserves foncières et d'offres de logements, solidarité intergénérationnelle notamment de la part de la génération favorisée du baby boom…

N comme… NPA

Abordant la question des alliances à gauche, François Hollande estimait que «chercher à séduire le NPA relèverait de la part du PS d'une désarmante naïveté» car ce dernier est en rupture avec le «front ouvrier» et est retourné à la stratégie «classe contre classe». Dans son discours de victoire du 16 octobre, il a appelé au rassemblement de la gauche, mais sans mentionner le NPA, au contraire de Jean-Luc Mélenchon.

P comme… Plans d’action

«La priorité n'est pas quelques milliards d'euros de plus ou un nouveau plan pour les jeunes, les seniors, les banlieues ou les campagnes, la restauration ou l'immobilier. Je ne veux pas dire que ces mesures n'ont pas de valeur, d'intérêt et même d'effets. Mais contre la peur, cette agitation désordonnée est regardée comme une fuite en avant, cette escalade de dispositifs de toute nature, comme un fragile château de cartes, cette rhétorique comme l'expression d'une panique.» (24 mars 2009)

S comme… Sarkozy

Petit florilège des piques assénées au fil des chroniques à son futur adversaire de 2012: il «est comme ces chanteurs d'opéra comique qui prétendent marcher, courir et voler mais qui font du surplace», il «a fait tellement tourner les têtes que le vertige a saisi jusqu'aux plus sages, […] a supprimé les étalons, les références ou les normes», s’est montré surtout «protecteur de lui-même, de ses intérêts, de sa famille politique, de son pouvoir». S’est éloigné de ses concitoyens comme ses prédécesseurs, y compris François Mitterrand, mais de pire façon:

«Il n'est pas le premier chef d'Etat à se hausser sur un piédestal. Mais il est le premier à le faire avec la certitude sur son bon droit, lequel en l'occurrence se confond avec son bon plaisir. »

T comme… Turquie

Concernant l’attitude de Nicolas Sarkozy sur la Turquie, François Hollande lui a reproché d’avoir «agité le chiffon ottoman» lors de plusieurs campagnes et d’avoir manqué de cohérence sur le dossier. Sur le fond, s’il peut comprendre qu’on soit «hostile à la perspective de l'adhésion turque» mais réclame que la position française sur le sujet, à Paris et à Bruxelles, soit véritablement clarifiée afin que la Turquie ne soit pas réduite «au rôle peu reluisant d'épouvantail à électeur». Lors du débat de l'entre-deux tours avec Martine Aubry, il a estimé que les négociations seraient «très longues», notamment en raison des dossiers du génocide arménien et de Chypre.

V comme… Verts

A quatre mois des élections européennes, en février 2009, François Hollande estimait que les Verts, en se rassemblant en vue des européennes avec «les amis de Nicolas Hulot» et «ceux de José Bové», revenaient à «une logique d'autonomie et donc de compétition avec le Parti socialiste» et qu’il «serait bien imprudent» d’estimer que «sans effort majeur sur le plan programmatique et sans contrepartie en matière de circonscriptions législatives, un accord de gouvernement avec les écologistes irait nécessairement de soi».

Le 17 octobre sur TF1, puis le 18 octobre à Madrid, le candidat a répondu qu'il était candidat «sur la ligne de ce qu'[il a] présenté, pas sur la ligne du Parti écologiste». Le porte-parole d'EELV, Pascal Durand, a lui dénoncé les attaques de proches du candidat, estimaient qu'elles installaient une «ambiance dommageable à l'esprit de rassemblement et de travail en commun».

Jean-Marie Pottier

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (944 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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