Dix questions pour les cent prochaines années
Imaginer quel pourrait être le monde en 2100 est sûrement illusoire. En revanche, on peut se poser et réfléchir aux points-clé qui, de toute façon, joueront sur notre avenir.
- A Téhéran. REUTERS/Raheb Homavandi -
Ces derniers temps, le futur est comme asphyxié par les diverses situations d’urgence. L’angoisse provoquée par la crise économique européenne, les batailles politiques aux Etats-Unis, les convulsions sociales simultanées dans de nombreux pays et la possible décélération de la croissance chinoise ne sont que quelques-uns des sujets préoccupants à propos du futur immédiat, qui nous empêchent de nous projeter au-delà des prochaines semaines ou mois.
C’est quelque chose de naturel, d’inévitable et de très humain. La Fondation Carnegie pour la paix internationale, le think tank pour lequel je travaille, vient de fêter ses 100 ans. Ce centenaire était l’occasion d’imaginer les différents scénarios qui modèleraient le monde sur les cent prochaines années. Le genre d’exercice que beaucoup considèrent comme banal, et ils n’ont pas tout à fait tort: il est peu probable que nos analyses s’avèrent exactes. Par ailleurs, nous ne serons plus ici-bas pour confirmer ou infirmer ces scénarios –ni pour en vivre les conséquences.
Dans ces circonstances, pourquoi se livrer à cet exercice? Eh bien, parce qu’il favorise une réflexion constructive faisant la synthèse des choix qui s’offrent à nous dans divers domaines d’une importance cruciale. Le seul fait d’envisager des scénarios plausibles à l’avenir, et les facteurs qui les déterminent, nous permet de mieux cerner notre situation, la direction que nous pouvons prendre et de préciser les efforts nécessaires pour nous rapprocher davantage des scénarios positifs. En tout état de cause, il s’agit de questions qui méritent notre attention et notre réflexion –en tant qu’humanité. Nous devrions nous y pencher bien plus que nous le faisons pour la crise grecque ou les frasques sexuelles de Silvio Berlusconi.
Voici ces dix questions, qui ne sont pas classées par ordre d’importance et dont plusieurs sont bien évidemment interconnectées.
1 Réussirons-nous à empêcher une hausse de la température du globe supérieure à 3 degrés Celsius? Ou cette température augmentera-t-elle de 8°C ou plus? Si la température moyenne mondiale atteint ou dépasse les 8°C, la planète et ses habitants seront confrontés à des réalités climatiques sans précédent. Et ce n’est plus un débat. Ces 50 dernières années, la température moyenne à la surface de la Terre a augmenté de 0,911°C.
Une hausse supplémentaire de 3°C est désormais inévitable. Il s’agit maintenant de nous efforcer à ne pas dépasser ce seuil critique.
2 La Terre abritera-t-elle 16 milliards d’humains ou seulement 6 milliards?
Selon l’ONU, la population mondiale devrait se situer quelque part dans cette fourchette en 2100, en fonction des taux de fécondité et d’autres facteurs.

Danica Camacho, le bébé choisi par les Philippines comme symbolique sept-milliardième être humain, à la maternité de Manille le 31 octobre 2011. REUTERS/Erik De Castro
3 Combien de pays seront-ils dotés de l’arme nucléaire en 2100? Aucun? 25? Les experts estiment que pas moins de 25 pays pourraient posséder des bombes atomiques ces prochaines décennies, s’ils s’obstinent à mener à terme un programme d’armement nucléaire. Et si le reste de la communauté internationale le permet. Aujourd’hui, le monde compte neuf puissances nucléaires.
4 Quel sera le modèle de gouvernement le plus répandu à l’avenir: les démocraties, à l’image de l’Europe, des Etats-Unis, de l’Inde ou du Brésil?
Ou des régimes autoritaires qui ressemblent davantage à celui de Pékin ou de Moscou?

Une parade militaire à Moscou en 2010. Denis Sinyakov / Reuters
5 L’expansion rapide qu’ont connue les classes moyennes ces dix dernières années va-t-elle se poursuivre dans les pays les plus pauvres et les plus peuplés du monde? Ou, au contraire, pauvreté, inégalité économique et exclusion sociale seront-elles les tendances dominantes?
6 L’islam se renforcera-t-il en tant que source de tensions et de conflits? Ou se rénovera-t-il pour devenir une force agissant en faveur de la paix et du développement? En outre, cette religion offrira-t-elle une meilleure place à la femme?
7 Internet et l’espace cybernétique se développeront-ils comme force bénéfique?
Ou s’avéreront-ils au contraire une source constante de déstabilisation et de nouvelles menaces?

Unplugged / photosteve101 via FlickrCC License by
8 Le XXe siècle s’est caractérisé, entre autres, par l’apparition d’un grand nombre de nouvelles nations. Le XXIe siècle sera-t-il marqué par la défaillance des Etats et l’extinction de certaines nations?
9 La mondialisation continuera-t-elle de se renforcer au moyen de technologies permettant de «raccourcir» les distances et de diminuer les coûts des communications et du transport, et de politiques publiques stimulant l’intégration internationale? Ou les déséquilibres et troubles sociaux découlant de la mondialisation nourriront-ils les nationalismes et le protectionnisme –faisant obstacle à la circulation des personnes, des produits, de l’argent et des idées?
10 Le pouvoir économique, politique, militaire et social sera-t-il plus ou moins concentré qu’aujourd’hui?
Bien sûr, il ne s’agit pas d’une liste exhaustive des facteurs qui façonneront notre avenir; certains éléments font défaut. Aussi, je laisse le soin à tout un chacun de répertorier les autres défis que nous devrons relever.
Toujours est-il que ces dix questions doivent figurer sur la liste. Elles constituent le point de départ d’un débat indispensable et peut-être plus urgent qu’il n’en a l’air aujourd’hui.
Moisés Naím
Traduit par Micha Cziffra
Mis à jour le 07/11/2011 à 12h11















































Je crains que la réponse aux deux premières questions et surtout à la seconde, ne conditionne la / les réponses aux autres.
A 16 milliards d'êtres humain, il faudra/ait d'énormes progrès en tous genres pour que les autres réponses aillent dans le bon sens.
12. Question: Allons nous enfin nous débarrasser du mythe absurde de la croissance infinie sur une planète finie et limitée?
13. Question: Allons nous enfin commencer à réduire l´écart quasi monstrueux, obscène et croissant depuis un siècle entre les revenus des pays les plus riches et les "revenus" des pays les plus pauvres.
14. Question: Allons nous changer un système de valeurs dépassé (Individualisme, matérialisme, pouvoir, argent , croissance matérielle infinie, toujours plus vite, plus grand, plus gros), pour un autre plus actuel et plus adapté à la planétarisation du monde(Solidarité, empathie, coopération, servir la planète, croissance intellectuelle, émotionelle, spirituelle...)
Amitiés Edmond Richter (Mosché)
Par contre je peux continuer cette liste qui me parait absurde : quelles sont les réserves de pétrole ? les extra terrestres vont ils nous contacter ? une bombe nucléaire va-t-elle tomber sur Jérusalem ? la Californie va-t-elle faire sécession ? va-t-on tous devoir parler mandarin ? trouvera-t-on de l'or dans le sous sol grec ?
HA HA !! science fiction quand tu nous tiens !! Commençons par revisionner les anticipations fantasmées d'il y a trente ans sur l'an 2000 ; peut être qu'on arrêtera de se poser des questions idiotes...
15/ Nos outils pour la detection d'exoplanetes et de potentielles traces d'exobiologie sont de plus en plus puissants (cf. programme CETI). Comment la decouverte d'exobiologie va influencer la science mais aussi tout le paradigme anthropocentrique?
16/ La viande est devenue un produit de consommation de masse des plus annodins. Cette massification a eu des effets sur les modes de productions (industrialisation) et sur les conditions de vie des animaux d'élevage (entassement, réduction des cycles de vie,...) mais aussi sur la culture culinaire (appauvrisement) et sur l'environnement (pollution azote des ressources en eau). Va t'on continuer dans la meme voie ou au contraire rationaliser la consommation de viande?
Pour le reste, je doute que qui que ce soit se révèle en mesure non seulement d'apporter des réponses mais de poser les bonnes questions vu que celles qu'on se posait il y a cent ans ne doivent plus être tellement d'actualité. La seule constante à travers les époques reste les sentiments humains et parmi ceux-ci, le goût immodéré des idéologies, du profit et du mépris des autres. J'estime que les questions doivent donc se focaliser sur la forme que ces derniers prendront à l'avenir.
Cette précédence est explicite dans les Constitutions, où ces principes sont exposés en préambule ou dans les premiers articles.
Dans les démocraties occidentales, il s'agit des droits humains. Les États islamiques, il s'agit de la charia.
Que ces deux systèmes soient largement antinomiques, personne ne peut en douter sérieusement. Sur les liberté de conscience et d'expression, sur la latitude du gouvernement, sur les relations entre État et religion, ils disent le contraire l'un de l'autre.
Or je ne sache pas qu'il existe une version de l'islam expurgée de ces principes. Il existe certes bien des personnes soi-disant musulmanes et néanmoins libérales, mais leurs explications quant à la possibilité de concilier islam et droits de l'homme m'ont toujours paru parfaitement illusoires - bien plus désespérantes que les pires prédictions des islamo-alarmistes.
L'incompatibilité entre droits humains à l'occidentale est d'ailleura affirmée par l'OCI, au point que l'organisation des pays musulmans a produit une déclaration des droits de l'homme en islam - ôtant par là même tout espoir d'universalité à la déclaration dite "universelle" sur le même sujet.
Dès lors comment croire que l'essor de l'islam en Occident, permis par une pression démographique croissante et une liberté de conscience sans réciproque, sera sans effet ? L'ensemble de la population devra-t-il se plier à des exigences de plus en plus islamiques (déjà la neutralité de l'espace public n'est plus qu'un souvenir) ? Y aura-t-il des partitions territoriales comme dans d'autres pays plus anciennement confrontés à l'islam (Liban, Inde) ? Y aura-t-il des lois distinctes selon l'appartenance religieuse ? Plusieurs États, comme le Hezbollah au Liban ?
Avec une économie mondiale basée sur une énergie bon marché, une crise est inévitable quand surviendra la récession : qui pourra encore faire un plein d'essence avec un baril à 200, 300€ ???