Economie

G20: La Chine en position de force

Daniel Vernet, mis à jour le 03.11.2011 à 10 h 07

Un chiffre résume tout: 3.200 milliards de dollars. C’est le montant des réserves chinoises en devises qui place la Chine au premier rang des pays créditeurs. Ni les Américains, ni les Européens ne sont aujourd’hui en position d’exiger grand-chose de Pékin.

Hu Jintao et Nicolas Sarkozy, le 2 novembre 2011 à Cannes. REUTERS/Yves Herman

Hu Jintao et Nicolas Sarkozy, le 2 novembre 2011 à Cannes. REUTERS/Yves Herman

Hu Jintao a connu des G20 plus difficiles. A Cannes, le président chinois est l’objet de toutes les attentions. Alors que les dirigeants des pays développés et émergents qui représentent quelque 80% de la richesse mondiale se retrouvent sous la présidence de Nicolas Sarkozy, il est dans le rôle du grand argentier. Celui qu’on vient solliciter pour obtenir une aide.

D’autres années, la Chine était montrée du doigt, pour ses exportations bon marché, sa monnaie sous-évaluée, son respect laxiste des normes sociales et environnementales.

Aucun de ces griefs n’a disparu. Mais il y a fort à parier que personne n’osera les exprimer trop lourdement. Car ni les Américains, ni les Européens ne sont aujourd’hui en position d’exiger grand-chose de la Chine. Ils sont en position de faiblesse vis-à-vis d’une puissance qui certes n’est pas épargnée par les problèmes mais qui peut se présenter sur la scène internationale comme ayant traversé sans trop de dégâts la crise économique mondiale.

Un chiffre résume tout: 3.200 milliards de dollars. C’est le montant des réserves chinoises en devises qui place la Chine au premier rang des pays créditeurs.

Les Américains en profitent depuis de nombreuses années. La moitié environ de ces réserves est investie en bons du Trésor des Etats-Unis ou en obligations parapubliques. En réalité, la proportion est plutôt d’un tiers si l’on compte les interventions des banques chinoises situées hors de Chine.

Les Etats-Unis dépendants de la Chine, et vice-versa

Dans une large mesure, les Chinois financent la consommation américaine, directement et indirectement, en achetant sa dette et en exportant des produits vendus à bas prix sur le marché américain. Cette situation n’a pas que des avantages pour Pékin. La dépendance américaine vis-à-vis de la Chine crée une dépendance chinoise vis-à-vis des Etats-Unis.

Si la Banque de Chine a placé la moitié de ses réserves en dollars, c’est qu’elle n’a pas beaucoup d’autre choix.

Pour sortir de ce face-à-face, la solution radicale consisterait à rendre le yuan convertible et à réformer en profondeur le système économique en l’orientant vers la satisfaction de la demande intérieure.

Les dirigeants communistes chinois parlent beaucoup de la priorité qu’il faut accorder à la consommation, par rapport à l’exportation, mais ils n’avancent que très prudemment sur cette voie.

Du côté américain, on brandit périodiquement la menace de représailles si Pékin ne met pas fin à la sous-évaluation supposée du yuan, mais on hésite à passer à l’acte.

D’une part, rien ne prouve que la perte d’emplois industriels au cours des dernières années soit directement liée au niveau de la monnaie chinoise. D’autre part, le yuan a été réévalué de quelque 35% depuis 2005, ce qui correspond peu ou prou aux demandes américaines formulées alors.

Le Sénat, au cours d’un vote bipartisan, a récemment pesté contre la «manipulation» de sa monnaie par la Chine et brandit la menace de mesure de rétorsion. Si la Chambre des représentants se rallie à ce texte, le président Obama se trouvera dans une situation délicate: ou mettre son veto au risque de déplaire aux électeurs sensibles à la théorie du bouc émissaire ou laisser passer le texte au risque de troubler les relations avec Pékin.

Allô, Hu Jintao?

Les Européens, eux, n’ont pas le choix. Ils sont dans une position de demandeurs et ils ne s’en cachent pas. Le premier geste de Nicolas Sarkozy au lendemain du Conseil européen du 26 octobre qui a adopté le énième plan de sauvetage de l’euro, a été de téléphoner à Hu Jintao pour l’«informer» des résultats du sommet.

Un euphémisme qui cache en fait un appel pressant du président de la République française à son collègue de Pékin pour que la Chine investisse dans le Fonds européens de stabilisation financière (FESF). Elle le fera. Les dirigeants chinois ont manifesté à maintes reprises leur souhait de voir l’Europe sortir de ses difficultés. Ils lui ont même donné des leçons de bonne gestion. Pas par philanthropie. Parce que c’est son intérêt bien compris. L’Europe est en effet le premier marché pour les produits chinois et il doit rester solvable. Elle aidera donc, mais pas à n’importe quel prix.

C’est l’occasion pour la Banque de Chine de diversifier ses engagements en devises. Elle a déjà commencé. On estime à un quart les réserves de la Chine libellées en euros. Elles auraient augmenté au cours des dernières années, bien que certains experts soient sceptiques. Aucun chiffre officiel n’est publié.

C’est aussi l’opportunité pour le fond souverain chinois d’investir en Europe et Pékin n’hésitera pas à demander une ouverture plus grande du marché européen, notamment des adjudications publiques.

Une de ses revendications est la reconnaissance de la Chine comme économie de marché, qui la protégerait d’éventuelles mesures protectionnistes de la part de l’Union européenne. Jusqu’à maintenant, les Européens ont hésité à accéder à la demande chinoise bien que cette reconnaissance sera automatique à partir de 2016, selon les règles de l’OMC, l’Organisation mondiale du commerce.

Mais les Chinois sont prudents. Ils veulent s’engager sur un terrain sûr et obtenir des avantages qui ne soient pas seulement à court terme.

Lever l'embargo sur les ventes d'armes

D’où l’idée de faire transiter l’aide au plan de sauvetage européen par le Fond monétaire international. La Chine pourrait augmenter sa part et donc son poids politique, jusqu’à y obtenir un droit de veto, comme celui dont bénéficient les Etats-Unis, et les Européens s’ils parlent d’une seule voix.

La Chine a vis-à-vis de l’Europe une autre revendication: la levée de l’embargo sur les ventes d’armes en vigueur, dans la foulée des Etats-Unis, depuis le massacre de Tien Anmen, en juin 1989. Les Chinois sont particulièrement touchés par l’exclusion des produits mixtes, c’est-à-dire à usage militaire et civil.

Les Européens, qui sont divisés sur le sujet, se laisseront-ils fléchir afin d’obtenir l’aide financière de Pékin? Montrer trop ouvertement leur faiblesse serait de mauvaise politique.

Les grandes envolées sur la nécessaire réévaluation du yuan ne sont en tous cas plus de saison, tout comme les plaidoyers en faveur d’un traitement plus juste des entreprises étrangères en Chine ou l’ouverture des marchés publics.

S’ils peuvent encore refuser quelques faveurs au président Hu Jintao, les dirigeants européens, Nicolas Sarkozy en tête, ne sont pas en mesure de se montrer exigeants.

Daniel Vernet

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