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«Autopartage affinitaire»: les lascars des cités montrent la voie

Hugues Serraf, mis à jour le 01.11.2011 à 10 h 09

Partager son auto? OK, mais pas avec n’importe qui. Si l’univers de la rencontre amoureuse a su segmenter son offre pour la rendre plus attractive, l’autopartage peut apprendre de ce succès.

Une autolib à Paris. Benoit Tessier / Reuters

Une autolib à Paris. Benoit Tessier / Reuters

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Je viens de tomber sur un article tout à fait extraordinaire dans Le Parisien, dont j’espère qu’il sera repéré par un comique de talent à la recherche de matériel inédit pour un sketch (j’ai bien sûr pensé aux Inconnus, mais ils se sont malheureusement débandés).

Du coup, j’abandonne provisoirement la rédaction d’une chronique sur la première incursion de Groupon dans la vente de voitures (oui, on peut apparemment acheter une auto à moins 40% sur ce site de commandes collectives mais «c’est une arnaque», estiment certains professionnels ―on en parle la prochaine fois) pour me concentrer sur ce petit bijou.

Le quotidien spécialiste de la Francilie nous apprend ainsi que, pour tout son parfum bobo hype, l’autopartage est largement pratiqué par les lascars des cités, lesquels ont depuis longtemps compris les nombreux avantages du système. En gros, ils se cotisent pour constituer une flotte de véhicules d’occasion de tous types (berline, petite citadine, motos, fourgonnettes…), généralement pour une bouchée de pain, et vogue la galère!

L’atout supplémentaire de la démarche, au-delà de la possibilité de toujours-disposer-du-bon-modèle-au-bon-moment bla bla bla, c’est qu’on n’a pas à s’embêter avec toutes ces formalités administratives que sont l’assurance ou le permis de conduire (on peut d’ailleurs commencer à autopartager dès 16 ans), voire la carte grise (on ne déclare pas systématiquement l’achat d’un nouvelle voiture en préfecture)… Bon, éternelle rabat-joie, la police n’aime pas trop ça et le fait savoir à nos confrères du Parigot, puisqu’un ado qui roule sans permis ni assurance à bord d’une voiture dont on a du mal à identifier le propriétaire, ça peut devenir un problème… Surtout lorsqu’on s’en sert pour un braquage.

Les écolos, qui sont pourtant généralement favorables à la mutualisation automobile, ne sautent pas de joie non plus. Lorsqu’un modèle ne plait plus ou qu’il a été repéré par la maréchaussée, on ne le démonte pas méticuleusement pour en recycler les équipements encore valorisables: on le crame. Du coup, l’empreinte carbone de nos amis autopartageurs explose à nouveau ―littéralement.

Une famille nombreuse de cathos tradis dans un roadster Triumph?

On ne va pas conseiller à l’ensemble de la population de suivre cet exemple à la lettre, évidemment. Rouler sans permis ni assurance ou carte grise et braquer des que-bans, c’est mal, ne tournons pas autour du pot. Mais sur le reste du concept, on sent qu’il y a quelque chose à creuser.

Le premier obstacle à l’autopartage, c’est le sentiment que l’on va devoir socialiser avec des gens trop différents, aux valeurs parfois divergentes. Les voitures proposées peuvent ne pas convenir à son style de vie: vous êtes une famille nombreuse catholique de Versailles, qu’allez-vous faire d’un roadster Triumph? Elles peuvent ne pas être entretenues comme vous le souhaitez: vous êtes un hygiéniste que la vue d’un papier de bonbon sur le tapis de sol rend dingue et les autos sont toujours rendues crades. Elles peuvent également ne pas être au niveau de standing requis par votre statut social: même pour aller chercher un clic-clac chez Ikea, certaines personnes privilégient un Sprinter Mercedes sur un Fiat Ducato.

Bref, vous risquez de vous sentir trop mal à l’aise au sein d’un club dont vous ne partagez rien avec les autres membres au-delà de quelques bagnoles…

De fait, le monde de la rencontre amoureuse a résolu ce problème depuis déjà pas mal de temps, pour le plus grand bonheur de ses promoteurs. Et le nombre d’inscrits aux sites de «matchmaking» n’a jamais été aussi important que depuis qu’il est possible de préserver son entre soi (rencontres entre juifs, rencontres entre catholiques respectant le rite tridentin, rencontres entre cadres supérieurs, rencontres entre top modèles potentiels, etc.) sans se mélanger à un exogénat déstabilisant.

L’autopartage ne passerait-il pas, lui aussi, à la vitesse supérieure en se mettant à discriminer davantage? De fait, la tendance commence à poindre et, à l’autre bout du spectre «flotte de véhicules pour jeunes à capuches», j’ai aussi repéré un club américain de carsharing  pour amateur de sportives de très haut-de-gamme. On y partage des Maserati et de Lamborghini, mais c’est un peu plus cher que dans l’exemple du Parisien ou 20 euros suffisent à s’asseoir au volant d’une Twingo: 250 dollars de droits d’entrée et de 990 à 1.400 dollars par utilisation selon le modèle et la durée d’utilisation.

Que quelques petits malins branchés politique aillent plus loin en créant un cercle d’autopartage UMP (Citroën, Peugeot…), PS (Renault, Lada, Porsche Panamera…) ou Verts (vélos, chaussures, Pass Navigo, Carte 12-25…) et le système décollerait rapidement. On dira ce qu’on voudra, la banlieue, c’est vraiment l’endroit où s’invente l’avenir…

Hugues Serraf


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