Sports

Kombouaré limogé: à quoi sert un entraîneur?

Yannick Cochennec, mis à jour le 22.12.2011 à 14 h 18

Lièvremont, Kombouaré, Domenech... Les exemples d'entraîneurs ou de sélectionneurs dont l'influence réelle sur les performances de leur équipe est remise en cause ne manquent pas.

Antoine Kombouaré lors de PSG-Dijon le 23 octobre 2011 au Parc des Princes à Paris, REUTERS/Stephane Mahe

Antoine Kombouaré lors de PSG-Dijon le 23 octobre 2011 au Parc des Princes à Paris, REUTERS/Stephane Mahe

A quoi sert un entraîneur ou un sélectionneur? C’est la question que l’on s'est posée au terme de la dernière Coupe du monde de rugby pendant laquelle les joueurs du XV de France auraient pris leur destin en main aux dépens de Marc Lièvremont dans le sillage de la défaite contre les Tongiens. Vraie ou fausse, ce sera la légende de l’autogestion de cette équipe de France qui perdurera et qui fait écho à celle de l’équipe de France de football en 2006. Finalistes de la Coupe du monde cette année-là, les hommes de Raymond Domenech auraient été, paraît-il, davantage cornaqués par Zinedine Zidane, le stratège du groupe qui aurait été dans les faits le véritable ordonnateur du groupe.

De l’utilité d’Antoine Kombouaré, c’est aussi l’histoire racontée sans cesse au sujet du Paris Saint-Germain depuis l’été dernier où sa légitimité de coach a alimenté les commentaires sur tous les médias lors de la première moitié de saison. Après des mois de spéculation, l'AFP a annoncé jeudi 22 décembre que l'entraîneur allait être démis de ses fonctions par le directeur sportif Leonardo, alors que son équipe est en tête du championnat. Bons ou mauvais, ses résultats ne sembleraient lui donner aucune réelle valeur.

Quelle influence réelle?

Aujourd’hui particulièrement exposés, et starifiés à l’image de Jose Mourinho, l’entraîneur du Real de Madrid qui aime tant le feu des projecteurs pour éclairer son indéniable réussite professionnelle, les coaches n’ont peut-être pas, en définitive, l’impact qu’on leur prête volontiers. Ne leur donne-t-on pas trop d’importance ou trop de crédit, si vite dilapidé à l’image de Didier Deschamps adulé sur la Canebière en mai 2009 quand l’Olympique de Marseille devenait champion de France, et désormais complètement  démonétisé? Ont-ils une réelle influence sur le jeu de ceux qu’ils dirigent et dont le talent serait, en réalité, la seule clé du succès?

Dans les sports individuels, nombre de champions n’éprouvent pas la nécessité d’avoir un entraîneur à leurs côtés. En Formule 1, ils sont, par exemple, totalement absents du paysage. Pour conquérir son deuxième titre mondial sans coup férir, Sebastian Vettel n’a pu compter que sur son talent même s’il y a toujours des techniciens et des ordinateurs pour lui donner des indications sur son tour de piste. Une solitude, en revanche, que regrettait Sir Jacky Stewart il y a quelques semaines dans les colonnes de L’Equipe Magazine au sujet de Lewis Hamilton:

«Contrairement à l’athlétisme, le football, le tennis, la boxe, que sais-je, il manque en Formule 1 quelqu’un qui vous prépare, non seulement physiquement, mais mentalement. Quelqu’un qui dirait à Lewis: «Je suis désolé, Lewis, mais tu te trompes d’attitude». Ou bien: «tu as eu beaucoup trop d’accrochages. Pourquoi? Parce que tu ne gères pas l’aspect psychologique».

Au tennis

Avant de plonger au classement et de devoir revoir son swing, Tiger Woods était suffisamment maître de son art pour n’avoir besoin de personne à ses côtés au jour le jour. Au tennis, où les entourages sont pourtant pléthoriques, l’absence d’entraîneur est même devenue tendance au fil du temps.

Roger Federer a gagné des titres du Grand Chelem sans avoir besoin de l’œil d’un technicien avant de concéder l’intrusion de Paul Annacone. «Je me connais suffisamment bien comme cela», avait-il l’habitude de dire. Aujourd’hui, le Britannique Andy Murray, n°3 mondial, continue une sorte de carrière en solo en faisant confiance à un ami, Dani Vallverdu, qui voyage en sa compagnie en plus de son kiné et de son préparateur physique. Séparé d’Eric Winogradsky depuis quelques mois, Jo-Wilfried Tsonga ne l’a pas remplacé et a annoncé qu’il ferait appel à quelques intérimaires au coup par coup en 2012.

Dans le dernier numéro de Tennis Magazine, Patrick Mouratoglou, qui a créé une académie de tennis en région parisienne et qui accompagne des joueurs sur le circuit professionnel, sépare, de manière intéressante, les termes entraîneur et coach qui seraient deux métiers à part.

Selon lui, l’entraîneur est «celui qui possède une mission de développement». «J’ai coutume de dire, souligne-il, qu’il est essentiel à l’entraîneur de posséder une «vision» de son joueur à l’avenir lorsque celui-ci excellera: quel jeu pratiquera-t-il alors? Dans quels domaines jouira-t-il d’une extrême efficacité?»

Eloigné de cette obligation de formation, le coach aurait, d’après Mouratoglou, un double objectif. Permettre d’abord au sportif «de se réaliser en qualité d’être humain, de trouver sa voie, de devenir confiant et sûr de lui». Agir ensuite sur le court terme face aux échéances et pressions continuelles. Selon lui, certains professionnels seraient de grands entraîneurs, mais de piètres coaches et vice-versa.

Le joueur, maître du jeu

Jose Mourinho, quasiment autoproclamé meilleur coach du monde, serait-il aussi efficace s’il était l’entraîneur formateur d’une équipe de jeunes débutants? Le test serait intéressant à suivre comme il serait passionnant, si l’on veut rêver un peu, de confier les rênes du FC Barcelone, le club le plus brillant du moment, ou l’équipe espagnole de football, reine du monde, à un entraîneur qualifié mais lambda. Il est probable que ces équipes continueraient à gagner pour peu que leurs joueurs vedettes, à commencer par Messi, acceptent de jouer le jeu. Car n’en déplaise aux accros des palettes tactiques, c’est le joueur, pour peu qu’il soit un maestro, qui reste le maître du jeu au-delà de certaines mises en place nécessaires, mais peut-être moins essentielles qu’on l’imagine.

Une anecdote pour conclure et qui résume bien la relativité du coach. Le 23 octobre, Gaël Monfils a remporté le tournoi de tennis de Stockholm. Le joueur français, lâché par son entraîneur, Roger Rasheed, en juillet dernier, avait envisagé de faire venir Henri Leconte en Suède afin que l’ancien finaliste de Roland-Garros lui donne un coup de main sur le plan technique. Monfils avait finalement renoncé à son idée. Inutile de préciser que si Leconte avait été à ses côtés lors de son succès dans la capitale suédoise, on aurait aussitôt glosé à longueur de colonne sur l’«impact Leconte». Il est même probable que Monfils aurait cru aux vertus miraculeuses de Riton la foudre et l’aurait embauché sur le champ. Alors que tout dépendait de lui et seulement de lui.

Yannick Cochennec

Mis à jour le 22 décembre avec l'annonce de l'éviction d'Antoine Kombouaré.

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