Economie

Daniel Bouton droit dans ses bottes

Dominique Mariette, mis à jour le 30.04.2009 à 9 h 17

Le patron de la banque française depuis 1997 a traversé la tempête sans se remettre en cause.

Daniel Bouton quitte la Société Générale comme il y a vécu: fier de lui. Dans son message d'adieu diffusé par la banque comme dans la longue interview accordée au Figaro, le président sortant défend son bilan. Grâce à lui, la Société Générale a vécu dix années de «croissance forte et harmonieuse (....), avec un bon équilibre entre les activités de banque de détail en France et à l'étranger et une banque de financement et d'investissement de grande qualité» peut-on lire dans son message.

Daniel Bouton reconnaît avoir fait certaines erreurs mais défend mordicus sa stratégie qui permet à la Société Générale «de compter parmi les banques les plus belles de la zone euro». Il admet avoir eu tort d'accepter en mars dernier l'attribution de 70.000 stock-options auxquelles il a du finalement renoncer très vite, comme les trois autres mandataires sociaux de la Société Générale. Daniel Bouton se retire, car dit-il, les attaques répétées dont il fait l'objet risquent de nuire à la banque et à ses 163.000 collaborateurs. Il se sacrifie en quelque sorte pour le bien de tous ceux qui travaillent sous la bannière de la Société Générale.

Après la série de catastrophes et de bévues qui ont fragilisé la banque et son top management depuis le début de la crise en août 2007, Daniel Bouton aurait pu faire un mea culpa. Pour qui connaît le personnage, ce tombé de rideau, orchestré par un coup de communication où Daniel Bouton s'exprime dans un seul journal le jour même de l'annonce de son départ, colle plutôt bien à l'homme, qui a une haute idée de lui-même.

Persuadé de sa justesse de vue et d'analyse, il a toujours répondu par l'arrogance à ceux qui avaient l'audace d'émettre une opinion contraire à la sienne. Un côté psychorigide qui est devenu au fil des ans sa marque de fabrique. Jusqu'au bout, Daniel Bouton, aux commandes de la Société Générale depuis 1997, aura traversé la tempête sans se remettre en cause. Son message d'adieu sonne comme une auto-absolution.

Pourtant l'histoire récente de la banque aurait pu lui donner matière à introspection. En 2007, les investissements à outrance dans les crédits immobiliers à haut risque américains (subprime) ou leurs dérivés coûtent à la Société Générale 2 milliards d'euros, auxquels s'ajoutent 4,9 milliards de pertes du trader Jérôme Kerviel. Qualifiés de frauduleux par les dirigeants de la banque, les agissements du trader révèlent le dysfonctionnement et la faiblesse des procédures de contrôle au sein de l'établissement.

Quant au fleuron de la Société Générale, le pôle de banque de financement et d'investissement, il a fini par devenir un canard boiteux à coup de milliards de dépréciations d'actifs et de pertes. La culture du rendement maximum l'a conduit sur la voie des prises de risque non maîtrisées. On a ainsi appris au début de cette année, que le risque de contrepartie de la Société Générale sur les dérivés de crédit de l'assureur américain en faillite, AIG, atteignait  11,9 milliards de dollars. Sans le remboursement de cette somme à la fin 2008 par la compagnie d'assurance, le résultat de la Société Générale pour cet exercice aurait fait un plongeon.

L'autre symbole de réussite du groupe, la filiale spécialisée dans la gestion d'actifs, Société Générale Asset Management (SGAM), s'est égarée dans les produits structurés et la gestion alternative. Pour assurer la liquidité des fonds d'investissement, la Société Générale a rapatrié dans son bilan 11,2 milliards d'euros d'actifs toxiques et a déjà perdu 1,2 milliards d'euros. Mais personne ne peut dire aujourd'hui quel sera le montant total de la facture alors que SGAM passera bientôt sous le contrôle (à 65%) du Crédit Agricole.

Ce triste bilan aurait exigé au moins un peu de repentance. Daniel Bouton préfère rester sur ses acquis. Il est vrai qu'il en a. Sous son égide la Société Générale a réalisé un beau parcours dans la banque de détail tout comme dans les services spécialisés.

Mais comme les trois tours de la Société Générale à La Défense qui en imposent par leur taille et leur architecture écrasante, Daniel Bouton s'est cru longtemps indéboulonnable, lui qui était devenu l'une des figures incontournables de la finance. L'hostilité de Nicolas Sarkozy, qui a maints reprises s'est prononcé en faveur de sa démission, l'effarement de l'opinion publique sur les bonus, les stocks-options et les retraites chapeau, la défiance grandissante à l'égard de la Société Générale sur de vraies ou fausses rumeurs, ont fait vaciller la statut du commandeur. Tout comme l'opposition de l'ensemble des syndicats et d'une partie du personnel à l'attribution de stock-options aux dirigeants de la banque.

Pour la première fois, le corps social de la banque, qui a toujours soutenu son président dans les moments difficiles y compris lors de l'affaire Kerviel, s'est rebellé. La solidarité s'est fendillée alors que la Société Générale s'appuyait sur un esprit d'entreprise fort, cimenté par une culture de la résistance aux envahisseurs. La banque a du faire front à une première tentative d'offre publique d'achat hostile en 1988 par Georges Pébereau puis dix ans plus tard par son frère Michel Pébereau, qui voulait faire grossir la BNP en prenant le contrôle de la Société Générale et de Paribas. Dans un tel climat, Daniel Bouton a été contraint à la sortie sans les honneurs. Une fin de carrière symbolique de la finance incontrôlée et incontrôlable.

Dominique Mariette

Photo: Daniel Bouton, président démissionnaire de la Société Générale  Benoit Tessier / Reuters

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