Économie

Emploi: c'est maintenant qu'il faut agir

Temps de lecture : 3 min

Les conséquences d'une croissance atone risquent d’être très lourdes pour l’emploi. Il faut agir maintenant, particulièrement pour les jeunes.

Dans une agence Pole Emploi de Nice, le 5 mars 2009. REUTERS/Eric Gaillard
Dans une agence Pole Emploi de Nice, le 5 mars 2009. REUTERS/Eric Gaillard

Le ralentissement actuel de la croissance économique aux Etats-Unis, et en Europe depuis le printemps, entraîne un essoufflement dans l’ensemble des pays émergents.

La reprise qui semblait assurée il y a un an s’épuise. L’économie, privée des plans de relance publics, replonge. Sans doute un retour dans la récession devrait être évité.

Mais la croissance semble devoir être atone pendant longtemps, 1,5% aux Etats-Unis, autour de 1% en Europe. Et ce, durant plusieurs années le temps que les ménages américains et les Etats européens se désendettent.

Les conséquences pour l’emploi risquent d’être très lourdes. On compte déjà aujourd’hui 200 millions de sans-emploi dans le monde. Selon une étude commune de l’OCDE et de l’OIT, «il manque encore 20 millions d’emplois dans les pays du G20 pour rétablir le taux d’emploi d’avant la crise».

Cinq des 17 pays du G20 pour lesquels on dispose de données trimestrielles ont vu l’emploi croître de 2% ou plus en 2010, dont la Turquie (6%), le Mexique (3,8%), l’Indonésie (3,2%). Dans six pays, l’emploi n’a pas progressé de plus de 0,6% dont la France (0,1%), l’Italie (0,5%). L’emploi augmente très lentement en Chine (0,7%) et en Inde (0,4%).

Mobilisation urgente

L’étude sonne l’alarme:

«Ce déficit d’emplois pourrait même atteindre 40 millions d’ici à la fin de l’année 2012 si la faible croissance de l’emploi (0,8 %) devait se maintenir l’année prochaine.»

Les deux organismes vont plus loin. Pour renouer, d’ici à 2015, avec les niveaux enregistrés avant la crise, l’emploi doit progresser d’au moins 1,3 % par an, ce qui revient à créer 21 millions d’emplois par an.

Est-ce possible? Juan Somavia, directeur général du Bureau international du Travail (BIT), et Angel Gurría, secrétaire général de l’OCDE, exhortent les gouvernements à se mobiliser:

«C’est maintenant qu’il faut agir. Il est absolument essentiel de donner la priorité au travail décent, d’investir dans l’économie réelle et, pour que cela advienne, nous avons besoin d’une coopération mondiale sans faille.»

Il faudrait en particulier s’occuper du chômage de longue durée qui a augmenté fortement (y compris aux Etats-Unis) et qui frappe comme souvent les jeunes et les femmes.

Les jeunes «ont été parmi les premiers à perdre leur emploi au moment de la récession et, pour de nombreux nouveaux arrivants sur le marché du travail, les possibilités d’emploi sont faibles», déplorent l’OIT et l’OCDE.

Les politiques favorables à l’emploi sont maintenant bien connues. L’éducation en est la première pierre: non seulement pour distribuer des diplômes utiles, mais surtout pour ne laisser aucun élève sans rien, ni métier, ni qualification. Dans un monde technologique, le fossé se creuse entre les jeunes diplômés et les autres, facteur d’inégalités croissantes.

Marché «dual»

Le second volet porte sur le marché du travail lui-même. Dans beaucoup de pays européens, en particulier au sud, le marché du travail sépare encore trop les emplois stables et les emplois instables, ce qui a pour effet «d’aggraver les inégalités produites dans le système scolaire», comme le relèvent justement quatre économistes spécialisés sur les questions du travail dans leur ouvrage, La machine à trier: comment la France divise sa jeunesse.

Cette coupure d’un marché du travail «dual» est injuste et inefficace. La rupture d’un CDI étant toujours complexe d’un point de vue juridique, les entreprises continuent de faire appel aux CDD pour faire face aux fluctuations de leur activité.

Beaucoup de personnes, dont les jeunes, «tournent» ainsi sur des CDD de plus en plus courts et s’inscrivent à Pôle emploi entre deux. L’OCDE constate:

«Dans dix pays, la proportion des emplois temporaires se situe entre 10 et 25% avec une proportion élevée de jeunes et de femmes. Avant la crise, en France et surtout en Espagne, près de 55% des salarié jeunes (15- 24 ans) avaient un contrat à durée déterminée ou travaillaient pour une agence de travail temporaire.»

«Le recours aux CDD gonfle ainsi les chiffres du chômage et, accessoirement, les dépenses d’assurance chômage», soulignent les quatre économistes, qui sont favorables à un contrat unique de travail.

La crise des dettes qui prive les gouvernements de moyens et leur interdit d’ouvrir sans compter les caisses d’allocations chômage rend encore plus nécessaire ces réformes structurelles de l’éducation et du marché du travail.

Eric Le Boucher

Chronique également parue dans Emploiparlonsnet

Eric Le Boucher Cofondateur de Slate.fr

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