Life

Qu’est-ce que le «stop and go» qui a causé la mort d’Amy Winehouse?

Clément Guillet, mis à jour le 27.10.2011 à 15 h 33

Selon les conclusions de l’enquête, la diva soul serait finalement morte d’une intoxication alcoolique après une période de sevrage.

Des fleurs et des verres d'alcool, hommage à Amy Winehouse de fans devant son appartement londonien. REUTERS/Stefan Wermuth

Des fleurs et des verres d'alcool, hommage à Amy Winehouse de fans devant son appartement londonien. REUTERS/Stefan Wermuth

Retrouvez tous nos articles de la rubrique L'explication ici

Sa mort avait secoué le monde de la musique le 23 juillet dernier. A 27 ans, connue pour ses excès, la chanteuse Amy Winehouse était retrouvée morte à son domicile londonien sans que la cause de sa mort ne soit élucidée.

Pendant trois mois, le mystère est resté entier autour du décès de la chanteuse qui s’est vu attribuée entre temps le numéro un des meilleures ventes de disques du XXIe siècle en Grande-Bretagne.

Après avoir évoqué une overdose d’héroïne, puis un sevrage alcoolique brutal, la thèse retenue a finalement été celle de l’intoxication alcoolique après un «stop and go», c’est-à-dire une nouvelle alcoolisation à forte dose après une période d’abstinence.

Une première autopsie avait d’abord permis d’écarter l’hypothèse de l’overdose, aucune trace d’héroïne n’ayant été retrouvée dans le sang de la chanteuse. La conclusion de l’enquête publiée mercredi attribue finalement à la boisson la mort de Winehouse qui a été retrouvée avec un taux d’alcool de 4,1 g par litre de sang. A titre de comparaison, la limite légale au volant en France est de 0,5 g d’alcool par litre de sang.

«Avec un taux d’alcoolémie de 4 g/L, une personne qui ne boit pas régulièrement fait un coma éthylique et peut mourir, explique Dr. Claude Caucheteux, addictologue. Mais l’alcoolique chronique supporte beaucoup mieux des doses très fortes: certains sont capables de conduire avec un taux semblable.»

Chez la personne consommant régulièrement de l’alcool en grande quantité, un phénomène d’accoutumance se crée progressivement et finit par «protéger» son cerveau des effets toxiques de l’alcool: il devient très résistant et ne tombe pas dans le coma malgré un taux d’alcoolémie très important. Il est par ailleurs amené à augmenter les doses pour retrouver une sensation d’ivresse.

Ethylique chronique, Amy Winehouse n’a pourtant pas résisté cette fois-ci à une telle dose d’alcool.

Dépendance psychologique

Connue des tabloïds pour son alcoolisme, la chanteuse se débattait aussi avec d’autres problèmes de dépendance, notamment à l’héroïne. Des addictions qu’elle évoquait à travers son tube Rehab.

Selon ses proches, elle tentait pourtant de se soigner et avait fait toute seule une tentative de sevrage alcoolique durant 3 semaines. Mais elle aurait craqué et repris la boisson 2 jours avant son décès: des bouteilles de vodka vides ont été retrouvées à côté de son lit et le Dr. Christina Romete, médecin d’Amy Winehouse, déclare l’avoir vu en état d’ébriété la veille de sa mort et lui avoir prescrit du Librium, un sédatif pour l’aider dans son sevrage.

«C’est le problème de la dépendance psychologique qui fait replonger l’alcoolique qui s’est débarrassé de sa dépendance physique.»

Pour le Dr. Caucheteux, «le sevrage de la dépendance physique prend environ une semaine, mais c’est loin d’être suffisant pour guérir de la maladie alcoolique: il est bien plus difficile de soigner la dépendance psychologique.»

Faire un sevrage physique tout seul est très difficile: c’est pour ça que la prise en charge médicale adjoint des traitements à l’abstinence pour éviter les complications (tremblements, sueurs, delirium tremens…) mais aussi pour que la personne se sente bien psychiquement.

«Sinon l’alcoolique chronique se sent tellement mal qu’un de ses premiers réflexes est de reprendre de l’alcool pour apaiser le manque physique d’abord puis psychologique ensuite», explique le Dr. Caucheteux. La dépendance psychologique dans le cadre de la pathologie alcoolique est même considérée comme une des plus forte, dépassant même celle de l’addiction à l’héroïne.

«Stop and go»: une nouvelle alcoolisation après un sevrage

Après un sevrage de 3 semaines, Amy Winehouse aurait repris brutalement la boisson aux doses importantes qu’elle consommait auparavant. C’est le phénomène que les anglo-saxons appellent le «stop and go»: une consommation massive après une période d’abstinence.

Une habitude chez la chanteuse: selon son père, elle «pouvait boire pendant 2 ou 3 semaines et puis arrêter pendant 2 ou 3 semaines». Mais cette fois, après une période de sevrage, son corps s’est déshabitué et n’a pas supporté une telle charge alcoolique.

«Même si le terme est impropre pour la boisson, elle a fait ce qu’on pourrait appeler une “overdose” d’alcool, précise le Dr. Caucheteux. Pour les overdoses à l’héroïne, deux cas se retrouvent souvent: soit lors d’une première injection, quand la dose est trop importante pour un organisme non habitué, soit lorsque l’héroïnomane reprend après un temps d’arrêt à la dose qu’il prenait avant le sevrage: son organisme qui tolérait de très fortes doses d’héroïne par un phénomène d’accoutumance ne les supporte plus. Le mécanisme pour l’alcool est le même.»

La chanteuse n’étant plus habituée à recevoir une telle dose d’alcool, elle s’est retrouvée dans la même position que si une personne non alcoolique chronique en prenait avec des doses d’alcoolique chronique. Elle a donc sombré dans un coma éthylique. Ce coma a ensuite pu entraîner une crise d’épilepsie, un vomissement dans les bronches ou un refroidissement de sa température corporelle qui ont été la cause de sa mort.

Son père, Mitch Winehouse a l’intention de créer une fondation au nom de sa fille pour aider les alcooliques chroniques et les héroïnomanes à combattre leur addiction. En France, environ 2 millions de personnes sont alcoolo-dépendantes et environ 30.000 personnes par an meurent d’une cause liée à l’alcool. Ce qui en fait le deuxième facteur de décès évitable après le tabac.

Clément Guillet

Vous vous posez une question sur l'actualité? Envoyez un mail à explication @ slate.fr

Clément Guillet
Clément Guillet (19 articles)
Médecin psychiatre et journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte