Le 27 octobre, le jour où l'Europe n'est pas morte
Les membres de l'Union ont réussi à arracher un accord sur un plan anticrise devant lui assurer sa survie. Néanmoins, la crise ne se règlera pas soudainement après l'annonce d'un certain nombre de mesures même cohérentes et spectaculaires.
- Jean-Claude Juncker, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, le 26 octobre 2011 à Bruxelles. REUTERS/Yves Herman -
Après un nouveau psychodrame et un suspens habilement entretenu, la zone euro est donc parvenue à boucler jeudi 27 octobre au petit matin un plan anticrise devant lui assurer sa survie. Il est censé rétablir la confiance des marchés et donc des prêteurs dans la capacité des pays et des banques de la zone à faire face à leurs obligations.
Le plan passe notamment par une forte réduction de la dette de la Grèce et la mobilisation de 1.000 milliards d'euros pour empêcher la contagion.
Les marchés en Asie comme en Europe ont salué cet accord en affichant des hausses liées notamment au rebond des valeurs bancaires.
«Je crois que le résultat sera accueilli avec soulagement par le monde entier qui attendait des réponses fortes de la zone euro», a déclaré Nicolas Sarkozy. Sans cela, il y aurait eu «une possible catastrophe», a-t-il estimé. «Je pense que nous avons pu être à la hauteur des attentes et que nous avons fait ce qu'il fallait faire» pour l'euro, a renchéri Angela Merkel.
Il faut plutôt se réjouir, même si contrairement à ce qu'on cherche à nous faire croire la crise ne se règlera pas soudainement après l'annonce d'un certain nombre de mesures même cohérentes et spectaculaires.
La remise en ordre politique, financière, budgétaire et économique de la zone euro est un processus de longue haleine, à commencer par retrouver des moteurs de croissance, clé principale du futur européen dont l’accord de Bruxelles ne dit rien.
On peut en tout cas se féliciter d'abord de ce qui a été décidé pour la Grèce. Un accord a été trouvé pour réduire sa dette de 100 milliards d’euros et d’abaisser le taux d’intérêt pour ce qui reste.
Bonne nouvelle pour la Grèce
Cette fois-ci, normalement, Athènes se retrouve avec une dette supportable, sous bénéfice d’inventaire. C’était l’objectif des Allemands, ils avaient raison.
Ensuite les autres pays à risques: l’Espagne devra faire un effort supplémentaire et l’Italie s'est engagée à vraiment relancer ses réformes.
Tous les pays enfin devront adopter des règles d’or budgétaire, ce qui posera, par parenthèse, un délicat problème en France où les socialistes font la grimace sur le projet de Nicolas Sarkozy.
Du côté des banques, les progrès sont aussi tangibles. Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont dû payer de leur personne tard dans la nuit, c’était un point d’achoppement.
Un accord a été trouvé, elles acceptent d’annuler plus de 50% la dette grecque, comme le voulaient les Allemands. Pour supporter le choc, elles seront recapitalisées de 100 milliards sans que les contribuables mettent la main à la poche, seulement en transformant leurs profits.
Reste le Fonds de sauvetage, et là c'est clairement moins convaincant. Les dirigeants européens parlent d’un Fonds de 1.000 milliards, chiffre du bas de la fourchette envisagée. Ce serait un mécanisme d’assurance des obligations des pays du sud européen, mécanisme dont on peut douter de l’efficacité.
En revanche, point positif: la BCE n’est pas officiellement impliquée dans l’accord pour préserver son indépendance, mais les gouvernement se sont prononcé pour «l’encourager» à racheter des dettes comme elle le fait depuis quelques mois et la BCE, bienveillante, a indiqué qu’elle allait le faire «provisoirement» sans doute avant que le Fonds de stabilité soit prêt.
C’est un point encore flou mais essentiel. Et c’est ce dernier point qu’attendaient les marchés.
L'appel à la Chine
On a aussi parlé d’un apport de capitaux de la Chine ou des pays émergents dans le Fonds de stabilité ou dans un autre fonds, créé à côté.
La forme fait débat: faut-il que cet apport soit direct ou passe par le FMI, auquel cas les pays émergents demandent davantage de pouvoir dans cette institution. Les Etats-Unis sont contre.
Rien n’est annoncé de précis, mais le débat porte aussi sur le principe: l’Europe peut-elle s’en remettre aux Chinois? N’est-ce pas faire comme les Etats-Unis dont la Chine possède une part de la dette, limitant forcément l’indépendance du pays, au moins sa liberté de ton face au yuan, la monnaie chinoise totalement sous-évaluée qui fausse le commerce international?
Au final, la volonté politique des dirigeants pour parvenir à un accord sérieux est certaine. Et cela permet dans l'immédiat de rassurer les marchés c'est-à-dire les prêteurs.
Maintenant le diable, comme toujours, se cache dans les détails, notamment du fonds de sauvetage que les marchés pourraient trouver encore bricolé et insuffisant.
Sous la pression des marchés, l’Europe a avancé. Mais ce nollens volens ne fait pas un destin: il est vraiment temps de reprendre le débat sur le sens de l’Union, sa croissance et sur ses ambitions.
Eric Le Boucher
Mis à jour le 27/10/2011 à 12h11
















































Si j'ai bien compris l'accord, la Chine va nous prêter de quoi financer l'indemnisation du chômage provoqué par sa politique monétaire que nous n'aurons plus le droit ou la capacité de critiquer, sans parler du juste échange qui fait sans doute beaucoup rire à Pékin. Mais les emplois seront en Chine. NS, grand pourfendeur des OPA sur les "fleurons du CAC 40", organise une OPA rampante de la Chine sur l'Europe.
La seule issue qui nous laisse notre autonomie est d'aller vers le fédéralisme, ce qui suppose un choix, ou un compromis, entre les "valeurs" du Nord et celles du Sud. Dans cette négociation le Sud a, aujourd'hui, un peu moins de cartes que le Nord.
Il serait temps que ce sujet majeur pour deux ou trois générations devienne un enjeu de la campagne électorale, et que les candidats cessent de le cacher sous le tapis.
http://www.lemonde.fr/politique/article/2011/10/26/pour-valery-giscard-d-estaing-on-exagere-la-gravite-de-la-crise-europeenne_1594247_823448.html
"Quant aux politiques, "ils disent toujours que l'heure est grave parce que si cela va mal, ils l'auront annoncé et si cela tourne bien ils auront le mérite d'avoir résolu les problèmes",
En premier lieu vous dîtes, comme partout, que la dette Grecque se trouve amoindrie de 50%. Ce n’est pas tout à fait exact. En réalité elle est ramenée de 160% du PIB à 120%. Les prêts publics et les rachats par la BCE couvrant aujourd’hui 30% de la dette d’Athènes, le défaut ne porte que sur les 70% restant. J’ajouterai aussi que l’annulation, si elle est conforme à celle de juillet, consistera à une conversion en prêts garantis sur trente ans portant intérêts, que la Grèce devra payer, ce qui amoindri encore l’annulation de la dette.
En second lieu vous précisez que les banques vont devoir se recapitaliser en utilisant leurs « seuls profits ». En réalité nous en sommes encore loin. Les banques ont émis des obligations convertissables en actions et c’est cette conversion qui leur est aujourd’hui demandée. En transformant les obligations en actions, elles transforment leurs créanciers en actionnaires et donc, dans leur bilan, remontent les sommes de « dettes » à « capitaux propres ». Ce faisant, les créanciers deviennent, eux aussi, soumis aux aléas sociaux. Il est probable qu’elles émettent de nouveau des obligations convertibles pour se refinancer. Ce n’est que si les premières conversions, auxquelles on ajoutera les nouvelles émissions ne suffisent pas qu’elles devront capitaliser leurs profits et donc, minimiser les distributions. Comme vous le voyez, nous sommes loin des « seuls profits ».
Enfin, sur l’intervention de la BCE et du FESF, racheter des bons risqués ou garantir les capitaux de ceux qui se risqueront quand même à prêter en Europe évitera sans aucun doute des taux d’intérêts élevés étranglant les capacités de remboursement des états « fragiles ». C’est la raison essentielle de l’accueil favorable par les marchés puisqu’une partie des capitaux est garanti. C’est ce qui est sous-entendu dans les termes « effet de levier ». L’intervention des pays émergents reste à définir, mais leur intérêt est évidemment de maintenir une Europe fortement consommatrice tant ils sont tournés vers l’export. Bien entendu, c’est, ipso facto, la mort de la belle idée nouvelle de « protectionnisme européen ».
Je suis en plein accord avec votre conclusion, ce n’est qu’un début et une intégration budgétaire sera la seule solution durable, mais je crois que ces quelques précisions pouvaient être utiles.
Bien à vous