France

François Hollande: Emprunter plus pour payer plus

François Hollande, mis à jour le 30.04.2009 à 14 h 54

«Réveille-toi, J.M. Keynes, ils sont devenus fous». A vouloir éviter la crise des années 30, des gouvernants imprudents laissent filer leur déficit public à des niveaux rarement connus depuis un demi-siècle. Ainsi, le budget fédéral des Etats-Unis affichera, à la fin de l'année, un déséquilibre de plus de 12% du PIB. Il nous fallait au moins ça, nous dit-on, pour financer le plan d'apurement des banques et relancer, au bénéfice du monde entier, la première économie de la planète. Sans doute! Et j'ajoute que les excédents financiers des pays émergents comme la Chine viendront colmater la brèche avec peu de risques de flambée des taux d'intérêt sur les marchés des emprunts d'Etat.

Mais ce que l'économie dominante peut s'autoriser, la plupart des pays industrialisés feignent d'en avoir encore la «liberté». Alors, faute d'organiser une riposte concertée, ordonnée, ciblée à la crise, c'est celle-ci qui vient bouleverser les finances publiques des Etats impécunieux par une majoration des recettes et un alourdissement des dépenses.

La Grande-Bretagne jadis — c'est-à-dire il y a à peine un an — si fière de sa modernité retrouve les errements du «Old Labour», en laissant filer le déficit budgétaire à près de 13%, sans que la récession ne s'en trouve atténuée. Au contraire, il va représenter plus de 4% du PIB. Et que dire de la France! Déjà classée, à juste raison, parmi les mauvais élèves de la zone euro pour l'état de ses comptes publics, la voilà qui transgresse allègrement toutes les menaces de sanction de la Commission européenne. Son déficit atteindra près de 7% du PIB en 2009 et plus de 8% en 2010 selon les estimations les plus récentes de l'OCDE.

Certes, le mouvement est général. Et autour de nous il y a sûrement pire. Puisque c'est désormais le critère du gouvernement pour s'exonérer de ses déconvenues budgétaires. Assurément, le monde affronte un choc provoqué par une insuffisance de la demande globale. Et il n'est donc pas illégitime de recourir aux politiques keynésiennes pour relancer l'activité et stimuler l'emploi. Et pourtant, ce laisser aller des finances publiques n'a que peu à voir avec les enseignements de l'auteur de la Théorie générale. Pour sortir de la crise de 1929, Keynes préconisait des grands travaux et justifiait l'augmentation de la dépense publique pour pallier la défaillance de la dépense privée. Il recommandait d'utiliser l'excédent d'épargne des ménages pour financer, temporairement, le découvert budgétaire dans l'attente d'un retour mécanique d'un supplément de croissance par l'effet d'un multiplicateur plus mathématiquement posé que statistiquement démontré.

Mais, dans le contexte d'aujourd'hui, rien de tel. Les déficits ici, en France, ne proviennent pas d'un programme exceptionnel d'investissement public ou d'un soutien immédiat à la consommation. Pas d'avantage d'allègements d'impôts pour libérer l'initiative privée. Il s'agit d'un assèchement des rentrées fiscales provoquées par la chute de la croissance et d'une réduction brutale de l'assiette des cotisations sociales compte tenu de la montée vertigineuse du chômage conjuguée à la stagnation des salaires. Les décisions clientélistes — par exemple sur la baisse de la TVA dans la restauration — sans véritable contrepartie en termes de prix et d'emplois, comme les improvisations hebdomadaires du chef de l'Etat sur tout sujet, alourdissent encore l'addition sans le moindre impact sur la conjoncture.

C'est le déficit subi. C'est la drogue du crédit. C'est la dette boule de neige. C'est le mistrigri de l'impasse budgétaire transmis non pas aux générations futures mais à l'élection suivante. C'est «courage creusons»! Du keynésianisme, cette non gestion camouflée en activisme, cette négligence travestie en pragmatisme. Cette impuissance maquillée en volontarisme? Non, tout simplement du laxisme, celui qui consiste à reporter les échéances, différer les choix et préserver les situations acquises. Celle des privilégiés.

Mais, tout à une fin. Et la sortie de crise sera aussi douloureuse que la crise elle-même. La fiscalité viendra tôt ou tard corriger ces dérives, couvrir ces impasses, boucher ces trous. Celui de la Sécurité Sociale d'ailleurs ne sera pas le moins profond puisqu'aujourd'hui une partie des retraites et des dépenses d'assurance maladie sont payées par emprunt...

La question majeure, politiquement, devient donc de savoir une nouvelle fois qui paiera! Ce serait un comble que les victimes d'aujourd'hui soient les contribuables de demain.

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