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Quel est le moyen le plus écolo de regarder la télé?

Assemblage d'écrans de télévision à Hanoï, REUTERS/Nguyen Huy Kham

Assemblage d'écrans de télévision à Hanoï, REUTERS/Nguyen Huy Kham

Par satellite, par câble ou par Internet? Un journaliste américain a mené l'enquête.

Je viens d’emménager dans un nouvel appartement et je n’arrive pas à me décider sur mon abonnement télé. Serai-je plus respectueux de l’environnement en regardant la télé via le câble, par satellite ou en streaming par Internet?

L’heure est venue d’examiner le passe-temps préféré d’une grande partie de la population. Le Bureau of Labor Statistic [agence du ministère américain du travail] indique que les Américains passent 2,7 heures par jour devant leur poste de télévision. C’est la moitié de leur temps de loisir. Rapporté à une année, c’est comme s’ils regardaient la télé pendant 6 semaines non-stop.

Toutes choses égales par ailleurs, la taille a son importance: on consomme plus d’énergie en regardant la télé sur l’immense écran plat de son salon qu’en le faisant sur le petit écran de son smartphone. Aux fins de cette étude, par conséquent, admettons qu’on utilise toujours le même type d’écran, quel que soit le mode de diffusion choisi.

Pour le consommateur

Côté consommateur, le résultat est sans équivoque: votre box (boîtier décodeur) est un vrai gaspillage d’énergie – qu’elle soit connectée au câble ou reçoive des signaux satellitaires. Vous devriez la bazarder sur le champ et passer à un système Internet utilisant une box basse consommation d’énergie. Ou pas de box du tout.

Selon des données [PDF] compilées par l’ONG environnementale Natural Resources Defense Council (NRDC) et Ecos Consulting, sur une année, une «cable box» haute définition couplée à un enregistreur vidéo numérique consomme 446 kilowatts/heure, soit 31 kilowatts/heure de plus qu’un frigo Energy Star. Près de deux tiers de la consommation a lieu lorsque la télévision n’est même pas allumée: les boxes pompent presque autant d’énergie quand elles sont en veille.

Quant aux différences entre les boxes, celles qui fonctionnent avec le câble consomment, en marche, environ 34 watts, ce qui est un peu mieux que les boîtiers satellite. Les matériels prévus pour diffuser en streaming des films/séries par Internet, tels qu’Apple TV ou la Roku box, affichent en général de bien meilleures performances énergétiques, avec moins de 7 watts en fonctionnement. Le boîtier d’Apple ne consomme que 0,5 watt en mode veille, ce qui constitue une immense amélioration par rapport aux boxes de transmission par satellite ou par câble.

Une solution encore plus efficace: la vidéo en miroir d’émissions téléchargées à partir de votre ordinateur portable ou d’un autre appareil (avec un adaptateur). Beaucoup moins énergophages que n’importe quel boîtier TV standard, l’iPad, l’iPhone et les téléphones Android consomment tous entre 3 et 6 watts. (Un ordinateur de bureau classique ne serait guère un bon choix. Même inactif et écran éteint, il consomme plus de 30 watts [PDF].) Votre routeur Wi-Fi ajoute 5 watts supplémentaires à la facture. Quant à votre modem câble ou ADSL, il peut en consommer encore 4 – quoiqu’on aurait tendance à les laisser tourner malgré tout.

Côté fournisseurs

A l’autre bout de l’équation, il y a l’énergie consommée par les fournisseurs de contenus diffusés par satellite ou par câble, qui transmettent le signal à votre box. On ne dispose malheureusement pas de données fiables sur la consommation d’énergie de ces entreprises.

Nous nous sommes entretenus avec quelques spécialistes du sujet. Ils ont le sentiment que, s’agissant de la télévision uniquement, le satellite est probablement moins gourmand en énergie que le câble. Les fournisseurs du câble doivent en effet alimenter et gérer des milliers d’infrastructures dédiées dans les coins de rue de tout le pays. Ils doivent faire courir des câbles souterrains entre chaque maison. Or ces câbles renferment une grande quantité d’énergie grise, par exemple celle nécessaire pour l’extraction de cuivre. Un problème que ne posent pas les satellites solaires.

D’un autre côté, la plupart des foyers ont un abonnement Internet haut débit, dont beaucoup d’infrastructures sont communes à celles du câble. Certains fournisseurs de télévision par satellite proposent même la vidéo à la demande par Internet.

Mais le flou qui règne à ce niveau n’est pas si important. Finalement, ce qui compte, c’est la consommation énergétique des ménages. Aux Etats-Unis, on dénombre plus de 112 millions de foyers avec une moyenne de 2,24 téléviseurs par maison. Sur 250 millions de postes de télévision, environ 116 millions sont équipés d’une box. Nous arrivons donc à une consommation d’énergie cumulée d’à peu près 4 milliards de watts.

Si tout le monde passait au système de vidéo en miroir sur tablette, on pourrait économiser jusqu’à 2,6 milliards de watts. A titre de comparaison, Google avait choqué l’opinion internationale au mois de septembre en révélant que l’ensemble de ses centres de données dans le monde dévorait en permanence 260 millions de watts. Leur consommation totale est inférieure à l’énergie qui pourrait être économisée à l’échelle des Etats-Unis… si tout le monde coupait sa box.

Les professionnels ont leur rôle à jouer

Câble ou satellite, les fournisseurs d’accès ont aussi un rôle à jouer. Plusieurs mesures pourraient permettre de diminuer la consommation d’énergie. A commencer par la mise à disposition de boxes moins gourmandes en énergies, puisqu’aux Etats-Unis, les consommateurs n’ont pas vraiment le choix en la matière. (Selon le rapport de la NRDC, les boxes TV européennes sont plus écologiques.)

En outre, l’enregistreur numérique est très inefficace. La plupart des gens enregistrent bien plus de films/émissions qu’ils n’en regardent. Et le système d’enregistrement qui vous permet de «rembobiner» pour revoir des programmes «en cours» est en permanence activé, que votre télé soit allumée ou non. Ce qui signifie que le disque dur de l’enregistreur ne s’arrête jamais de tourner, consommant plusieurs kilowatts au passage.

Il serait beaucoup plus efficace de transformer l’enregistreur numérique en système de type vidéo à la demande; le fournisseur hébergerait les données à distance. De cette façon, de nombreux téléspectateurs partageraient la même copie d’une émission. Malheureusement, les complexités juridiques rendent difficile la mise en œuvre de cette solution pourtant évidente. Les fournisseurs expliquent que cela s’apparenterait davantage à un système d’émission/séance payante qu’aux enregistreurs personnels avec, par conséquent, un paiement effectué à chaque visionnage.

Alors, jusqu’à ce que les géants du secteur se mettent d’accord, les Américains risquent d’avoir beaucoup de mal à maîtriser un compteur d’électricité qui tourne à plein régime.

Merci à Gregg Hardy, d’Ecos Consulting, et à Noah Horowitz, de l’ONG Natural Resources Defense Council. 

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