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- Par Jean-Yves Nau
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Journaliste et docteur en médecine, Jean-Yves Nau a été en charge des questions de médecine, de biologie et de bioéthique au Monde pendant 30 ans. Il est notamment le co-auteur de «Bioéthique, Avis de tempête».
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Jean-Yves Nau
Journaliste et docteur en médecine, Jean-Yves Nau a été en charge des questions de médecine, de biologie et de bioéthique au Monde pendant 30 ans. Il est notamment le co-auteur de «Bioéthique, Avis de tempête».
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«Porcine», «mexicaine» ou «américaine»?
La qualification d'un mal contagieux a des conséquences dont on mesure souvent peu la portée.
Après les premiers chiffres, les mots. Comment donc faudra-t-il nommer cette épidémie d'un nouveau genre?
Face à la menace pandémique on pourrait certes trouver le propos quelque peu déplacé. Et l'on aurait grand tort. Car la qualification de l'origine d'un mal contagieux a des conséquences dont on mesure souvent mal l'ampleur et la portée. De ce point de vue il n'est pas inintéressant d'observer, en ce 29 avril la tendance croissante à qualifier de «mexicaine» une épidémie qui jusqu'alors était désignée comme «porcine».
Ce n'est sans doute pas l'effet du hasard si cette tendance coïncide avec la multiplication des initiatives gouvernementales ou commerciales visant à tout mettre en œuvre pour inciter les voyageurs à ne plus se rendre au Mexique. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a beau soutenir que rien ne justifie les mesures de restriction dans le domaine des transports aériens tout se passe comme si la Mexique et les Etats américains touchés- commençaient à être de facto victimes d'une forme de début de quarantaine.
Grippe «porcine» ou grippe «mexicaine»? La question vient officiellement d'être soulevée en Israël dont le gouvernement a décidé que l'on continuerait à parler de «grippe porcine». Cette décision sémantique fait suite à des protestations diplomatiques mexicaines, les autorités de ce pays refusant mordicus l'appellation «grippe du Mexique». «Je préfère parler de grippe du Mexique, pour ne pas avoir à prononcer le mot «porc»» avait déclaré lundi 27 avril le vice-ministre israélien de la Santé, l'utra-orthodoxe Yaakov Litzman, le porc étant considéré comme un animal impur par le judaïsme. Cette déclaration, rapporte l'Agence France Presse (AFP) a aussitôt suscité une protestation officielle de l'ambassadeur du Mexique en Israël, Frederico Salas. Elle a également été critiquée par l'ambassadeur d'Israël au Mexique à Mexico.
«L'ambassadeur du Mexique nous a déclaré qu'il s'était senti offensé lorsque le vice-ministre de la Santé l'a appelée grippe du Mexique» a précisé le porte-parole du ministère israélien des affaires étrangères. Israël n'a pas l'intention de donner à la grippe de nouveau nom. Ce n'était rien de plus qu'un dérapage verbal. » L'AFP rappelle à cette occasion que la consommation de viande de porc est interdite dans le judaïsme cet animal étant, dans la tradition juive, un symbole de l'impureté. Pour l'heure la grippe porcine se traduit en hébreu par «grippe des porcs». Deux cas de grippe des porcs» ont été confirmés le 28 avril en Israël -les premiers au Proche-Orient- chez deux hommes âgés de 26 et 49 ans, récemment de retour du Mexique.
Il faut aussi compter avec une autre initiative, radicalement opposée à celle du vice-ministre israélien de la Santé. Il s'agit de celle des producteurs brésiliens de porcs qui viennent de faires avoir qu'ils avaient écrit aux responsables de l'OMS pour réclamer que l'on ne parle plus jamais de «grippe porcine» mais, désormais, et pour l'éternité, de «grippe mexicaine» voire, mieux, de «grippe nord-américaine». La sémantique renvoit ici non pas au diplomatique mais à l'économique.
«La dénomination utilisée par l'OMS pour le foyer de grippe A/H1N1 porte préjudice aux producteurs de porc du monde entier et pourra entraîner de sérieuses pertes» peut-on lire dans la lettre de l'Association brésilienne de l'industrie productrice et exportatrice de viande de porc. «Il ne s'agit pas d'une grippe porcine mais d'une grippe mexicaine» martèle Pedro Camargo Neto, président de cette association. La sémantique n'est pas sans importance: le Brésil est le quatrième pays producteur et exportateur mondial de viande de porc. Il exporte vers 76 pays - en particulier en Russie - pour un montant qui a atteint un milliard de dollars l'an dernier. C'est dire si les mots peuvent jouer sur les chiffres.
Elargissons la focale: pourquoi désigner ici à tout prix une origine animale? Les autres phénomènes pandémiques ou épidémiques grippaux furent, au siècle précédent, associés à une provenance géographique sinon nationale. Souvenons-nous. Il y eut ainsi la grippe «espagnole», puis la grippe «asiatique» avant la grippe «de Hong Kong». Il est vrai que ces dernières années on était parvenu à faire oublier ceraines responsabilités chinoises en ne parlant plus que de la «grippe du poulet» désignation précédent l'appellation, plus anonymement volatile encore, de «grippe aviaire». Anonymat toujours avec le «Syndrome respiratoire aigu sévère » (SRAS) lui aussi venu de Chine.
«Face au nouveau phémomène auquel nous sommes confrontés la vérité virologique sinon la morale voudrait que l'on abandonne le terme de «grippe porcine» a déclaré à Slate.fr, sous le couvert de l'anonymat, un responsable français en charge de questions sanitaires à l'échelon international. Il conviendrait de ne plus parler, désormais que de «grippe américaine». Non seulement cela correspond à la réalité mais cela permettra de corriger, avec près d'un siècle de retard, cette faute qui a consisté à qualifier d' «espagnole» une pandémie grippale qui, il faut le rappeler, avait vu le jour sur le sol des Etats-Unis.» Â
Jean-Yves Nau
Photo: Cochon dans un enclos  REUTERS/Chaiwat Subprasom
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Comments
"grippe espagnole"
Non seulement cela correspond à la réalité mais cela permettra de corriger, avec près d'un siècle de retard, cette faute qui a consisté à qualifier d' «espagnole» une pandémie grippale qui, il faut le rappeler, avait vu le jour sur le sol des Etats-Unis.»
C'est justement là où je voulais en venir, pourquoi l'avoir appelé "grippe espagnole", alors qu'il s'agissait d'une grippe apparue aux Etats-Unis et au Canada ?
Virus soli
Cette épineuse question s'est déjà posée au sujet de la syphilis dont les différentes appellations en Europe montrent le cheminement de la progression de la première épidémie suivant l'axe du mal tel qu'il est envisagé de son potager.
* Mal de Naples ou mal napolitain (pour les Français)
* Mal français (pour les Italiens, les Espagnols, les Allemands, et les Anglais)
* Mal espagnol (pour les Portugais et les Néerlandais)
* Mal anglais (pour les Écossais)
* Mal allemand (pour les Polonais)
* Mal polonais (pour les Russes)
Grippe espagnole
La grippe de 1918 a été appelée "espagnole" car l'Espagne n'était pas en guerre au moment où le virus a commencé à frapper en Europe et c'était donc le seul pays d'où l'on pouvait avoir des informations. Il n'y avait pas de censure militaire.
Je ne sais pas où l'auteur de l'article a été péché qu'en réalité cette grippe "espagnole" est originaire des USA. Même si personne n'en est sûr à 100%, il y a consensus pour dire qu'elle est originaire d'Asie. Et ce sont les soldats US ayant combattu en Europe qui l'auraient ramené sur le sol américain.
ah bon
Moi aussi, j'avais toujours lu que cette grippe était d'origine américaine (j'ai même lu quelque part, que celle-là était principalement "aviaire", justement au moment de la menace de cette grippe). Mais je veux bien vous croire qu'elle venant d'ailleurs quand même :-). L'explication de l'origine "espagnole" de la grippe du fait de l'absence de censure paraît tout à fait convaincante.
Il faudra très peu de jours
Il faudra très peu de jours pour confirmer que cette grippe n'a rien d'un exotisme mexicain ou autre.
Les conditions aberrantes de promiscuité entre volatiles, porcs et humains suffisent en attendant d'éventuelles preuves explosives, à expliquer la situation,
comme plus généralement, à chaque catastrophe sanitaire, écologique, économique ou sociale, on trouvera APRÈS COUP sans peine à l'origine une de ces innombrables « conditions aberrantes » qui ont fait, DANS LEURS FOLLES SYNERGIES (on n'a pas tout vu, c'est sûr) de cette planète une porcherie irrespirable, comme pronostiqué par le vieux Seattle.
Pour la réalisation libertaire de l'évangile.