Economie

Le nucléaire de demain, ça vaut le coût?

Catherine Bernard, mis à jour le 25.10.2011 à 16 h 51

Les retards à répétition dans la construction des réacteurs du futur à Flamanville et en Finlande auront un impact lourd sur le prix du mégawattheure. Du coup, les énergies renouvelables deviennent très concurrentielles face au nucléaire et même l'éolien!

Avril 2011, à Flamanville. REUTERS/Benoit Tessier

Avril 2011, à Flamanville. REUTERS/Benoit Tessier

Si le nucléaire a toujours été une énergie controversée, chacun s'accordait jusqu'alors pour lui reconnaître un avantage décisif: son coût peu élevé, du moins en France. Grâce à la construction en série de réacteurs par dizaines, essentiellement dans les années 1980, l'Hexagone s'est en effet assuré d'un prix de l'électricité sensiblement inférieur à celui de ses plus proches voisins, et notamment l'Allemagne.

Mais à Flamanville, où EDF construit le tout premier réacteur nucléaire de nouvelle génération (le fameux EPR), le kilowattheure sera, c'est désormais certain, une denrée de luxe.

Un peu d'histoire. Lors du lancement du projet, en 2005, EDF tablait sur un EPR à 3 milliards d'euros, ce qui valorisait le mégawattheure (l'équivalent à 1.000 kilowattheures) à 43 euros. Six ans plus tard, le budget global a été revu à 6 milliards d'euros. A combien reviendra donc le courant produit par Flamanville 3?

Depuis fin 2008, EDF n'a publié aucune estimation officielle du prix prévisionnel de l'électricité. A l'époque, cependant, et alors que la facture de l'EPR était déjà revue à 4 milliards, l'électricien tablait sur un mégawattheure à 54,08 euros.

Tentons donc de faire nous-mêmes les comptes. Une chose est sûre: le coût de construction du réacteur constitue —et de loin— la partie la plus importante du prix du mégawattheure nucléaire. Fin 2008, Areva, constructeur d'EPR, tout comme le ministère de l'Ecologie, de l'énergie et du développement durable, l'évaluaient à un peu plus de 50% (52% pour Areva) du coût total du mégawattheure. Soit, à l'époque, environ 28 euros du mégawattheure. L'exploitation, la maintenance, le combustible, et les charges de démantèlement et de retraitement des déchets, revenaient donc à quelque 26 euros par Mw/h.

L'effet Fukushima

En appliquant une simple règle de trois, le renchérissement de 50% de la facture de la centrale ferait donc passer le prix du mégawattheure à 68,18 euros (42,18 pour la construction, 26 pour les autres coûts). Cette estimation est très prudente: elle suppose en effet qu'aucun autre coût n'a entre temps augmenté et que les dérapages de budget sont terminés.

Rien n'est moins sûr: ainsi, le coût de l'EPR finlandais, qui devrait fonctionner en 2013 —contre 2016 pour Flamanville, est désormais estimé à 6,6 milliards d'euros par le député Marc Goua. Un tel glissement supplémentaire des coûts de 10% (portant le prix d'un mégawattheure à 72 euros) sur les quatre années à venir n'a évidemment rien d'improbable.

D'autant que l'accident de Fukushima pourrait contraindre EDF à prévoir des mesures de sécurité supplémentaires. L'électricien a déjà rendu un rapport à l'ASN (autorité de sûreté nucléaire) sur les «évaluations complémentaires de sécurité sur son parc de production», et des instructions en la matière devraient être décidées fin 2011.

En s'en tenant aux éléments certains et vraisemblables, le prix du mégawattheure produit à Flamanville 3 pourrait donc avoisiner les 70 euros. Sans même parler des coûts que les mouvements anti-nucléaires jugent sous-évalués: coûts des primes d'assurance à acquitter pour couvrir un accident du type Fukushima, prix jugé sous-évalué du démantèlement des centrales et de la fin de vie des déchets nucléaires, coûts des investissement sécurité supplémentaires.

En attendant la production en série

En les intégrant, Benjamin Dessus, président de Global Chance, association d'experts dans le domaine de l'environnement, de l'énergie et du développement, arrive à une fourchette comprise entre 80 et 120 euros par Mw/h.

Si ces dernières évaluations sont sujettes à débat, le prix de 70 euros lui, ne fait sursauter aucun analyste spécialisé, au contraire. Mais bien entendu, une tête de série reste une tête de série, par définition plus coûteuse que les réalisations suivante: il faut tester les process, le dialogue avec les autorités de sûreté confrontées à un nouveau type de réacteur, réapprendre à construire du nucléaire, etc...

Pas de miracle cependant à attendre pour l'avenir. Areva évalue ainsi le prix «normatif» de l'électricité produite par un EPR qui serait construit en série —sans autres précisions sur la définition des séries— entre 50 et 60 euros du mégawattheure. Pour l'instant cependant, aucune «série» digne de ce nom n'est en préparation.

Concurrence de l'éolien

Reste la seule question vraiment importante: à 70 euros du Mw/h, l'électricité produite par Flamanville sera-t-elle vraiment rentable? A court terme, non: le prix sur le marché de l'électricité (Powernext) s'établit à environ 60 euros Mw/h. Une somme qui correspond à peu près aux coûts des centrales thermiques à gaz. A terme, celui-ci devrait cependant augmenter avec le renchérissement du gaz et celui, vraisemblable, du prix de la tonne de carbone, actuellement très bas. Mais l'EPR n'a de chance d'être compétitif que s'il tourne vraiment à plein régime (91% de ses capacités), hypothèse prise pour le calcul de ce coût.

Plus intéressante est la comparaison avec les renouvelables: si le solaire reste coûteux (220 euros le Mw/h pour des panneaux en toiture, sans doute 150 dans deux à trois ans), l'éolien revient lui à (seulement?) 80 euros. La production d'électricité par incinération des déchets coûte elle 50 euros du Mw/h. «Et, pour le chauffage et l'eau chaude, les réseaux de chaleur fonctionnant à la biomasse sont très compétitifs, à 20 ou 30 euros le Mw/h», relève Jean-Philippe Roudil, délégué général du syndicat des énergies renouvelables.

Catherine Bernard

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