L'Europe des peuples, enfin
Le fédéralisme budgétaire permettra d'éviter la catastrophe, mais le fédéralisme social est tout aussi indispensable à la survie de l'Europe. Les peuples doivent montrer aux marchés et à leurs dirigeants qu'ils existent.
- Une minute de silence à Athènes le 21 octobre Yiorgos Karahalis / Reuters -
On va sans doute réussir à passer à côté de la catastrophe. Après avoir résisté si longtemps, pour plaire aux lobbys bancaires, on va mettre en place, avec beaucoup de retard, les instruments minimaux pour résister un temps à la crise. Sans rien régler au fond, parce qu’on ne se sera pas attaqué à la racine des problèmes, qui est l’absence d’un Etat de droit mondial.
Pour ce qui est de l’Europe, ce premier acte salvateur minimal posera les premiers fondements de ce qu’on aurait dû faire depuis le début de cette crise: amorcer le mouvement vers la création des instruments d’un fédéralisme budgétaire.
Un tel fédéralisme est absolument nécessaire. Il est une question de survie. Et pour ma part, j’y suis favorable, depuis longtemps, sous sa forme la plus élaborée: l’eurozone reçoit une recette fiscale autonome, qui lui permet d’emprunter, pour investir et reprendre une partie de la dette de chaque Etat membre, qui doivent, en échange, maîtriser leurs déficits ou se voir imposer cette maîtrise, s’ils sont incapables de la décider par eux-mêmes.
Mais dans l’état actuel de déséquilibre politique de l’Europe, un tel fédéralisme ne fera que donner aux pays les moins endettés le pouvoir de contrôler les déficits de ceux qui le sont un peu plus.
Le risque est grand qu’alors cette Europe-là choisisse de réduire la fiscalité du capital et de rechercher les économies nécessaires dans les seuls domaines où triomphe encore le désir de justice sociale; par exemple en généralisant, sous prétexte d’économies de dépenses publiques, l’actuel usage hypocrite, en Allemagne, de la directive Bolkestein, lui permettant de faire travailler des Polonais en Allemagne au tarif polonais. Le fédéralisme budgétaire conduirait alors à harmoniser le droit social sur le moins disant européen.
Eviter le désastre
Si on va dans cette direction, la défense de l’euro aura entraîné le démantèlement des modèles sociaux des pays les plus avancés, pour le seul avantage de l’industrie financière. Ce serait évidemment un désastre.
Pour éviter cet engrenage, si contraire à la logique de l’Europe et absolument pas nécessaire à la survie de l’euro, il faut dès maintenant compléter le projet de fédéralisme budgétaire par celui d’un fédéralisme social, qui ajusterait le modèle social vers le haut.
Malheureusement, dans les circonstances actuelles, les gouvernements ne le proposeront pas. Et on attendra qu’un jour les peuples rejettent toute la construction européenne pour y penser. Il sera alors trop tard.
Pour l’éviter, les peuples devront s’en mêler tout de suite. On pourrait imaginer pour cela qu’ils utilisent l’article 11 du traité de Lisbonne, qui rentrera en vigueur le 1er janvier 2012 et qui prévoit que «des citoyens de l’Union [européenne], au nombre d’un million au moins, ressortissants d’un nombre significatif d’Etats membres, peuvent prendre l’initiative d’inviter la Commission européenne, dans le cadre de ses attributions, à soumettre une proposition appropriée sur des questions pour lesquelles ces citoyens considèrent qu’un acte juridique de l’Union est nécessaire aux fins de l’application des traités».
Alors, imaginons, sans rêver, que plus d’un million de personnes signent le texte suivant:
«Nous, citoyens de l’Union européenne, demandons à la Commission de préparer dès maintenant, dans le cadre de la réforme des processus budgétaires, une réforme visant à l’alignement progressif de chacun des droits sociaux des citoyens de l’Union, sur le droit des pays où les protections sont les plus favorables aux salariés.»
Un tel mouvement n’aurait sans doute aucun impact juridique, mais il changerait tout politiquement. Les peuples, enfin, comprendraient qu’ils peuvent, s’ils sont sérieux, imposer leurs priorités aux marchés.
Jacques Attali
Cet article est également publié par L'Express
Mis à jour le 24/10/2011 à 9h15




















































Allons y !
Je partage vos opinions humanistes, mais quand je lis ceci :
"Le risque est grand qu’alors cette Europe-là choisisse de réduire la fiscalité du capital et de rechercher les économies nécessaires dans les seuls domaines où triomphe encore le désir de justice sociale"
et juste après, encore ceci :
"Si on va dans cette direction, la défense de l’euro aura entraîné le démantèlement des modèles sociaux des pays les plus avancés, pour le seul avantage de l’industrie financière. Ce serait évidemment un désastre"
je m'interroge : Monsieur Attali, dans quel monde vivez-vous ?
L'idée d'une Europe fraternelle et unie est chère à la plupart de ses habitants,dont moi-même, et nous en espérions beaucoup, comme l'a montré le succès du référendum de 1992 pour le Traité de Maastricht.
Nous espérions alors construire l'Europe des peuples, et par la suite qu'avons nous vu ?
Nous avons vu cette "Europe-là choisir de réduire la fiscalité du capital et de rechercher les économies nécessaires dans les seuls domaines où triomphe encore le désir de justice sociale"
Nous avons vu "le démantèlement des modèles sociaux des pays les plus avancés, pour le seul avantage de l’industrie financière."
Nous avons vu aussi, le démantèlement organisé du système de production, la casse en règle des services publics, l'anarchie qui s'étend dans le marché du travail...J'en passe.
"Ce serait évidemment un désastre" ??
Mais c'est déja un désastre, Monsieur Attali.
L'Europe que l'on nous a vendue - et que nous payons fort cher - n'est pas celle que nous désirions : Mais, dans cette Europe, qui écoute les peuples, Monsieur Attali ?
Alors, votre pétition...
En plus, Monsieur Attali oublie quelques détails :
1) si par extraordinaire (après tout le pape pourrait aussi se convertir à l'athéisme) la Commission décidait d'aligner progressivement les droits sociaux des citoyens de l’Union "sur le droit des pays où les protections sont les plus favorables aux salariés" le gouvernement français serait au premier rang de ceux qui opposeraient la résistance la plus acharnée,
2) les europhiles de droite,et même beaucoup qui se disent de gauche, se métamorphoseraient instantanément en intraitables souverainistes,
3) Il est beaucoup plus urgent d'aligner par le haut les droits sociaux des chômeurs que ceux des salariés, avec les mêmes conséquences sur le gouvernement et les europhiles,
4) Justement la situation des salariés ne serait pas tenable si les droits sociaux des chômeurs ne sont pas alignés par le haut : ils ne pourraient pas résister à la pression des chômeurs désespérés prêts à accepter n'importe quelle condition pour trouver du travail.
C'est grâce à la masse de ces chômeurs désespérés que le patronat a toujours réussi à faire passer toutes les régressions depuis des décennies.
Il semble enfin doucement émerger dans cette phase de crise. Il est regrettable que l'anticipation n'est pas étée au rendez vous.
Ne nous trompons pas la solution doit être globale.
Une modeste suggestion pour Monsieur Attali, nous avons connu le "serpent monétaire" avant de créer la zone euro. Pourquoi ne pas envisager un "serpent social" européen dans un premier temps et pourquoi pas mondial dans qq années ou dizaines ou siècles. Les pays s'engageant dans une convergence des droits sociaux. Nous avons le droit de vendre des centrales nucléaires, des métros et toute notre technologie... mais le plombier polonais ou l'ingénieur indien n'a pas le droit de nous vendre sa force de travail...
Les élites quant à eux se prennent pour Dieu et veulent bien plus. On me reproche souvent un discours et une vision plutôt populiste des choses.. c'est vraie j'avoue que j'ai un sérieux problème avec les leaders et élites de tout temps et de tout parts mais je commence à changer d'avis parce que après tout y a que Dieu et les imbéciles (parce qu'ils se prennent pour lui justement) qui ne changent pas d'avis.
J'ai changé parce que je crois qu'il y a aussi des gens bien dans les soit disons hautes sphères du système, des gens altruistes qui ont plus qu'assez de cette piètre, triste et pathétique tragédie. Après tout on vaut bien plus que tout celà non?!
Les langues commencent timidement à se délier M. Attali, mais ce grand effort que vous demandez au dirigeants européens requiert des couilles en argent si vous me permettez l'expression mais requiert aussi et surtout un coeur en Or!
Je vous en prie, ne demandez pas plus ce que vous ne donnez..
Je vous rassure le temps leur est compté et ils sont bien plus vulnérables que vous ne l'imaginiez! Osez bon sang! et rappelez vous que du Sang des anciens camarades à vous en ont versé en résistant aux nazis. Paix et Gloire à tous les hommes de coeur!
Une importante redistribution des revenus par l'impôt et les prestations sociale est donc nécessaire. Il faut donc renforcer notre État providence et lutter contre l'évasion fiscale, c'est à dire revenir sur la libre circulation des capitaux et faire enfin vraiment la guerre aux paradis fiscaux.
Y êtes vous prêt ?
La question classique depuis Platon « Qui doit gouverner ? » est rejetée par Popper comme étant essentialiste (terme qu'il a inventé, pour celui de "réalisme des universaux"). À ce problème, il propose d'en substituer un plus réaliste : « Existe-t-il des formes de gouvernement qu'il nous faille rejeter pour des raisons morales ? Et inversement : existe-t-il des formes de gouvernement qui nous permettent de nous débarrasser d'un gouvernement sans violence ? ».
Sera ainsi qualifié de démocratique, un régime dans lequel les dirigeants peuvent être destitués par les dirigés sans effusion de sang. Tout autre gouvernement dans lequel la destitution des dirigeants ne peut passer que par la violence pourra être qualifié de tyrannique.
Le problème auquel s'attachera Popper sera alors de penser l'organisation de la démocratie de telle sorte que celle-ci permette au mieux la destitution des dirigeants. C'est pourquoi Popper rejette sans appel la démocratie directe et plus tard le scrutin proportionnel. En effet, avec la démocratie directe, le peuple est responsable devant lui-même, ce qui est une contradiction : le peuple ne peut se destituer lui-même. Avec le scrutin proportionnel, la plupart des partis sont nécessairement représentés dans les assemblées dans une plus ou moins grande proportion, quoiqu'il arrive lors des élections, et les partis majoritaires sont alors souvent forcés de devoir gouverner avec eux en créant des coalitions, ce qui signifie en clair que certains partis pourraient toujours participer au pouvoir et ne jamais être destitués.
C'est pourquoi la préférence de Popper va à la démocratie représentative avec scrutin majoritaire, et ce en raison de ce qu’il pense être les faiblesses de la démocratie directe et du scrutin proportionnel. De plus, il semble marquer une nette préférence pour le bipartisme, où le parti opposant a la charge de critiquer les hypothèses formulées par le parti majoritaire, et inversement. Le système des primaires internes aux partis permet de rajouter une autocritique des hypothèses à l'intérieur même des partis.
Ps: Si des bilingues pouvaient créer le pendant de cette pétition dans d'autres langues ...