Monde

Merkel et Sarkozy, le couple de la panne

Daniel Vernet, mis à jour le 24.10.2011 à 9 h 25

L'Europe s'enfonce dans les crises politiques, économiques, institutionnelles... La faute à qui?

Le 11 octobre 2008, à Colombey. REUTERS/Jeff Pachoud/Pool

Le 11 octobre 2008, à Colombey. REUTERS/Jeff Pachoud/Pool

Ils ne se quittent pratiquement plus. Après le calamiteux conseil européen de Nice en décembre 2000, Jacques Chirac et Gerhard Schröder avaient institué le «processus de Blesheim» (du nom d’une petite bourgade alsacienne). Ils devaient se rencontrer au moins toutes les six semaines pour éviter que les désaccords franco-allemands ne dégénèrent en fiasco européen.

Nicolas Sarkozy et Angela Merkel font mieux encore. Ils ont accéléré le rythme de leurs retrouvailles périodiques. Crise de l’euro oblige. Pour Chirac et Schröder, il s’agissait de dédramatiser les malentendus franco-allemands. Pour le président français et la chancelière allemande, il s’agit d’éviter que le drame ne se produise. Qu’en l’absence d’un accord minimal entre Paris et Berlin, la situation n’échappe aux dirigeants politiques pour laisser les marchés décider du sort de la monnaie unique.

Les relations entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel n’ont jamais été au beau fixe. Leurs caractères sont trop différents pour que puisse s’établir entre eux la complicité, même parfois conflictuelle, qu’avaient su créer Mitterrand et Kohl, et auparavant, Schmidt et Giscard d’Estaing.

Dès le début de leur collaboration, la chancelière a été agacée par l’agitation permanente de son interlocuteur français. De son côté, le président avait du mal à comprendre la propension d’Angela Merkel à réfléchir avant de décider. «Elle pense, moi j’agis», disait-il.

Fondamentalement, leur appréhension de la crise des dettes souveraines est différente. Nicolas Sarkozy veut régler un problème politique et technique. Angela Merkel veut infliger une leçon de morale aux pays dépensiers. D’où cette insistance allemande à durcir les sanctions, à les imposer automatiquement, sans laisser de marge d’appréciation aux dirigeants politiques, porte ouverte, pense-t-elle, à toutes les faiblesses coupables, à édicter une règle d’or pour tous les membres de la zone euro et à punir les acteurs financiers qui ont spéculé sur les dettes des plus vulnérables.

La France n’a d’autre choix que de suivre tout en essayant d’adoucir la raideur de Berlin. Elle le doit pour des raisons à la fois financières et politiques. En collant dans la rhétorique à la ligne allemande, elle espère rester dans le club des pays vertueux auxquels le «triple A» accordé par les agences de notation garantit des taux d’intérêt raisonnables.

Après avoir présidé à une augmentation sans précédent de la dette publique, Nicolas Sarkozy a voulu introduire la règle d’or  (interdiction du déficit budgétaire) dans la Constitution, sous prétexte de suivre l’exemple allemand. Pour les mêmes raisons, il a annoncé une «convergence» des fiscalités des deux côtés du Rhin.

Dans le meilleur des cas, cette convergence se traduira par un alignement de la France sur l’Allemagne, les Allemands n’ayant nullement l’intention d’imiter le système fiscal français. Les différences institutionnelles, notamment la place des Länder dans la collecte des impôts, rend d’ailleurs difficile une telle harmonisation.  L’important est de laisser croire que la France évolue vers le modèle allemand.

Cependant, le président français ne peut pas adhérer complètement aux exigences venues d’outre-Rhin sans se renier, sans ignorer les différences de situation, sans renoncer à quelques éléments de base de la politique européenne de la France depuis des décennies, par exemple la création d’un véritable gouvernement économique qui soit l’interlocuteur des autorités monétaires et pas seulement un gendarme chargé de mettre des amendes aux Etats contrevenants.

Le résultat de cette contradiction est une suite de compromis boiteux, adoptés trop tardivement sous la pression des circonstances et générateurs d’espoirs immédiatement déçus. Depuis le début de la crise en 2008, ils ont permis de colmater quelques brèches. Ils n’ont pas réussi à masquer l’absence d’accord de fond sur les remèdes à court terme et encore moins sur une conception partagée de l’avenir communautaire.

Sans semblant d’entente franco-allemande, l’Europe court à la catastrophe. Mais ces accords a minima prolongent la crise plutôt qu’ils ne la résolvent.

Avant le Conseil européen du dimanche 23 octobre, le bruit a couru à Berlin que, nonobstant leurs désaccords, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel s’étaient entendus pour sortir «par le haut» de l’impasse européenne en proposant la convocation d’une nouvelle Convention chargée de réformer les traités européens dans les douze prochains mois.

C’était aussi l’expédient que les dirigeants de l’UE – ils étaient alors quinze – avaient trouvé, en décembre 2000, pour régler la crise institutionnelle. On sait comment l’affaire s’est terminée. Un traité constitutionnel, élaboré par les représentants des gouvernements, des parlements nationaux, de la Commission de Bruxelles et du parlement européen, sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, et rejeté par deux référendums, en France et aux Pays-Bas. Remplacé trois ans plus tard par un «traité simplifié» (en réalité encore plus complexe).

Ce devait être le dernier mot du débat institutionnel pour une dizaine d’années. Dixit Nicolas Sarkozy qui, au grand déplaisir d’Angela Merkel, s’est accaparé la paternité d’une idée qu’elle avait, elle, négociée.

Si la boîte de Pandore de la réforme des traités est ouverte, personne ne sait comment se terminera l’aventure. L’autre voie serait la création d’une sorte de noyau dur sur la base de la zone euro, avec des règles établies en dehors des traités actuels. De quoi se mettre à dos tous les Etats membres de l’UE qui n’ont pas adopté la monnaie unique.

Alors, pourquoi pas une nouvelle Convention qui a l’avantage de présenter un vernis démocratique? A une condition : que son seul objectif ne soit pas seulement répressif; qu’elle produise la vision ambitieuse de l’avenir d’une Europe, de plus en plus intégrée et de plus en plis solidaire. Mais qui a entendu, à Paris ou à Berlin, un discours sur l’Europe à la mesure des défis auxquels elle est confrontée? Personne.

Daniel Vernet

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Journaliste
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