Ce que la libération de Gilad Shalit change dans le processus israélo-palestien
Place du Hamas, poids de Mahmoud Abbas, position de Benjamin Netanyahou: le paysage politique a évolué depuis l'échange de prisonniers palestiniens contre le caporal israélien.
- A côté de Ramallah, le 19 octobre 2011. REUTERS/Eric Gaillard -
La libération de Gilad Shalit aura eu deux conséquences notables au Proche-Orient. Le dialogue direct s’est installé entre les Israéliens et les islamistes tandis que le Hamas voit la porte du processus de paix moribond s’ouvrir à lui.
Les islamistes, en perte de vitesse dans la bande de Gaza, ont exploité l’opération d’échange du caporal alors qu’ils étaient marginalisés par l’offensive diplomatique menée par Mahmoud Abbas dans sa quête de déclaration unilatérale d’indépendance de la Palestine. Mais en fait, le président de l’Autorité paie cher son entêtement à vouloir s’adresser à l’ONU, malgré les faibles chances de réussite, puisqu’il a été mis à l’écart de toutes les négociations.
La carte du Hamas
En effet, les sondages publiés par l'institut du politologue Khalil Shikaki sont éloquents. En cas d’élections, le Hamas recueillerait aujourd’hui 29% de suffrages contre 44,6% pour le Fatah tandis que Marwan Bargouti, le prisonnier le plus célèbre des prisons israéliennes, emporterait l’élection présidentielle avec 65% des voix contre 29,6% à Ismaël Haniyeh.
Le jeu politique des Israéliens a toujours été de monter l’une des factions contre l’autre pour éviter une cohésion du peuple palestinien capable de s’opposer efficacement à l’État juif.
Un rapport de la DGSE, les services français, daté d’avril 2002 et intitulé «Mouvements islamistes radicaux palestiniens», précise que les Israéliens avaient sorti de l’ombre le Hamas en lui donnant une stature internationale pour affaiblir Yasser Arafat. Issu de la mouvance des Frères Musulmans, le Mouvement de la Résistance islamique (Hamas) s’est implanté en 1973 à Gaza, à l’origine sous la forme d’une association cultuelle dirigée par Cheikh Ahmed Yassine, reconnue et autorisée par Israël en 1979. Les Israéliens avaient trouvé cet antidote à la montée du nationalisme palestinien incarné par leur pire ennemi, Yasser Arafat.
Il semble qu’aujourd’hui la détérioration des relations avec l’Autorité palestinienne conduise Netanyahou à jouer à nouveau la carte d’Ismaël Haniyeh, lui-même en difficulté face aux coups de butoir du Djihad islamique et d’al-Qaida, en appliquant la théorie consistant à favoriser l’organisation la plus faible du moment.
Implication russe
Les Russes se sont aussitôt engouffrés dans cette brèche en quittant leur rôle ambigu face aux occidentaux qui ne comprenaient pas le soutien apporté à l’Iran et à la Syrie. Ils ont trouvé la parade en s’appuyant sur la position des Israéliens qui avaient entamé des négociations directes avec le Hamas à l’occasion de la libération de Gilad Shalit.
A cette occasion, les alliés du Hamas au Liban ont pris du galon puisqu’une délégation du Hezbollah a été reçue le 19 octobre à Moscou. Un précédent vient donc d’être établi puisqu’il s’agit de la première visite européenne d’une organisation classée par les Européens parmi les organisations terroristes.
Conduite par le chef du Bloc parlementaire de la fidélité à la Résistance, Mohammad Raad, la délégation comprend également le président de la commission parlementaire de l'Information, Hassan Fadlallah, et un membre de la commission de l'Administration et de la Justice, Naouar Sahili.
La négociation directe entre Israël et le Hamas a ainsi ouvert la porte à la crédibilité et à l’internationalisation de la position du Hezbollah, allié des islamistes et membre à part entière du gouvernement libanais. Cette visite est interprétée par les Israéliens comme une reconnaissance de fait du Hezbollah et comme une victoire indirecte de son suzerain l’Iran.
Pour justifier leur attitude, les Russes ont trahi des secrets en révélant que Benjamin Netanyahou avait utilisé –pour la libération de Gilad Shalit–, les services de Gershon Baskin, directeur de IPCRI (Institut israélo-palestinien pour la recherche et l’information), lui-même en contact étroit avec Ahmed Ghazi, vice-ministre des Affaires étrangères et conseiller d’Ismaël Haniyeh. Ces deux personnalités ont permis le contact direct avec Mohamed Jabry, chef de la banche militaire du Hamas qui a négocié au Caire, ligne à ligne, les noms des prisonniers libérables.
Le Hamas a le vent en poupe
Moscou semble accréditer l’idée que l’accord avec le Hamas préfigure une négociation de plus grande ampleur au Proche-Orient.
Benjamin Netanyahou veut s’impliquer totalement dans le processus de paix avec les Palestiniens en incluant éventuellement les islamistes. Le médiateur israélien Gershon Baskin a marqué son euphorie en insistant sur le destin tracé de Netanyahou qui veut être l’homme qui établira la paix dans la région, en négociant avec le Hamas, afin de détruire le lien politique entre Damas et Téhéran. Le but recherché est d’affaiblir Mahmoud Abbas tout en sapant le moral de Bassar el-Assad, allié fidèle du Hamas.
Mais les Russes, qui craignent une implantation accrue des occidentaux au Proche-Orient, ne sont pas prêts à abandonner leur allié syrien. Ils ont voulu utiliser, de manière indirecte, le Hezbollah pour faire comprendre au Hamas qu’il n’était pas question pour eux de brader l’amitié avec l’allié syrien.
Ils ont d’ailleurs convié à Moscou le chef politique du Hamas, Khaled Mechaal, qui a ouvertement réorienté son allégeance au profit des États-Unis. Les Américains avaient exploité la situation précaire à Damas du chef politique du Hamas, désormais au Qatar, en le persuadant d’être partie prenante dans la discussion sur la libération de Gilad Shalit. Les Israéliens voudraient par ailleurs le voir s’installer au Caire, proche de Jérusalem, pour bénéficier de l’aide et de l’arbitrage efficaces des militaires égyptiens.
L’affaire Shalit et la chute définitive du dictateur libyen ouvrent de nouveaux horizons de négociations dans lesquels les faucons d’hier semblent à présent vouloir jouer le rôle de colombes.
La nouvelle stratégie israélienne vient de s’exprimer par un nouveau signe –timide mais significatif– de la part de Benjamin Netanyahou. Il vient d’accepter, de manière unilatérale, de geler partiellement la construction en Cisjordanie dans le but de relancer les pourparlers avec les Palestiniens. Certes, le gel ne s'appliquera uniquement qu’aux «constructions officielles du gouvernement» et non aux projets de promoteurs privés. La balle est à présent dans le camp de Mahmoud Abbas qui n'a pas encore répondu à la proposition.
Jacques Benillouche
Mis à jour le 24/10/2011 à 9h28



















































Je suis loin d’être un fan de Natanyahou mais je reconnais qu’il a des choix difficiles devant lui. Comment apaiser ses supporteurs ultras orthodoxes tout en tenant compte des pressions quasi mondiales qui pèsent sur son pays (même de la part de son grand allié) ?
Comment trouver l’accord - que la marche démographique de la région impose - avec certains de ses adversaires aussi sanguinaires que les pires des colons juifs ?
Il est évident qu’on pourrait croire, comme souligne Jacques Benillouche, que les négociations qui ont amené à la libération de l’otage israélien font partie de la vieille politique israélienne de ‘diviser pour mieux régner’. Il se peut que cet acte de bon sens, et quelque part courageux, n’aille pas plus loin que cela.
Mais il se pourrait aussi qu’il signale un déblocage, même timide, du status quo stérile actuel qui pourrait mener bien plus loin. Dans tous les cas qui pourrait imaginer une négociation fructueuse sans la libération de Gilad Shalit ?
Natanyahou est habile. Si aucune avance dans les pourparlers n’est enregistrée il aurait au moins réussit à embarrasser le Fatah. Si, par contre, un ensemble de progrès finit enfin à apparaître, il pourrait prétendre, non sans raison, qu’il aurait contribué au processus.
La suite nous dira s’il est le De Klerk du Moyen Orient ou simplement un politicien de plus qui préfère le pouvoir à la paix.
Cependant Mahmoud Abbas vient de déclarer à l'ONU qu'il ne visait pas à déligitimer l'Etat d'Israël et, il y a quelque temps déjà, des propositions de paix ont été faite sur la base d'un tracé de frontières suivant la ligne de 1967. Bien entendu, ces déclarations peuvent n'être prises que pour des opérations de propagande et des manoeuvres tactiques...
Mais ce qui n'est pas contestable c'est que les temps changent : . L'Union Soviétique n'existe plus ; . les masses arabes, après avoir rejeté le joug ottoman et le colonialisme européen, se libèrent à présent de leurs régimes dictatoriaux qui envenimaient le conflit israëlo-palestinines au gré de leurs intérêts geostratégiques, de façon criminelle pour l'intérêt du peuple dont ils se prétendaient pourtant les défenseurs. . les masses arabes manifestent une maturité politique qu'elles n'avaient pas jusqu'aujourd'hui. . La société internationale vient de montrer qu'elle pouvait intervenir dans certaines circonstances pour empêcher des massacres de masse. . enfin et surtout, le peuple israëlien et le peuple palestinien, exténués par le conflit qui les oppose depuis 1948, aspirent majoritairement à la paix selon les résultats de plusieurs sondages.
C'est pourquoi il ne semble pas extravagant de prendre au sérieux la volonté de paix des deux peuples toujours en conflit mais qui savent parfaitement, l'un et l'autre, qu'ils devront non seulement s'accepter mais encore collaborer à la résolution de problèmes régionaux communs.