Pourquoi la jeunesse française ne s'indigne pas
Occupy Wall Street, les Indignados espagnols, les manifestants grecs... La jeunesse mondiale se mobilise, mais pas la France, patrie de la protestation. Peut-être parce que les conditions ne sont pas réunies.
- Des Indignés à Paris le 15 octobre 2011. REUTERS/Mal Langsdon -
On imagine Stéphane Hessel tout retourné. La patrie des Indignés, titre de son best-seller planétaire depuis près d’un an, n’a guère mobilisé de militants lors du 15 octobre –le D-Day des Indignés dans le monde entier. Autour de 2.000 manifestants, soit beaucoup moins que Francfort (10.000), Rome (plusieurs dizaine de milliers), Bruxelles (autour de 6.000), sans compter évidemment, Madrid (500.000) où ce mouvement a pris racine en mai 2011.
Pourquoi cette singulière atonie dans un pays qui a l’indignation dans le sang, un pays où les passions politiques peuvent s’embraser d’une brindille allumée? Tout bêtement parce que les conditions ne sont pas réunies. Pourquoi?
Cette protestation planétaire comporte des traits communs, qui, sur plusieurs plans, s’inspirent de l’occupation de la Puerta del Sol à Madrid en mai-juin 2011. D’une part, les protestataires sont d’abord issus de la jeunesse éduquée désireuse d’exprimer son indignation contre des sociétés qui, faute d’emplois correspondants, ne lui ouvrent pas de place.
Un déraillement des rapports entre générations
Dans leur sillage, ils agglomèrent des chômeurs, des précaires, des personnes plus âgées, au final une large frange des individus victimes de la mondialisation et de la crise financière. Mais en premier chef, on repère dans ces protestations un enjeu crucial: la difficulté des sociétés développées à intégrer les générations montantes, comme si ce processus, qui paraît dans l’ordre des choses, connaissait un brutal coup d’arrêt.
En d’autres mots, on observe un déraillement des rapports entre générations. Unanimement, c’est l’impéritie des dirigeants qui ont gouverné le monde depuis vingt ans, qui est dénoncée. Cet élan pacifique, qui n’en appelle ni à la révolution, ni aux partis politiques, même pas ceux de l’extrême gauche, se nourrit de plusieurs sentiments, entre rage et ironie, entre indignation et dérision. Et il s’appuie sur un levier puissant: les outils de communication modernes, les smartphones et le web.
De même, les différentes coordinations opèrent sur un modèle identique: occupation de lieux symboliques sur une durée plus ou moins longue (Puerta del Sol à Madrid, Place Syntagma à Athènes, Wall Street à New York, Bastille à Paris, etc), forte visibilité sur les réseaux sociaux pour informer des réunions et rassemblements, absence de leader, à peine quelques porte-parole, participation de tous aux tâches les plus diverses, adoption des décisions à l’unanimité (ou presque).
Ces mobilisations activent une dimension visuelle, comme les sit-in –on est là, et on ne bougera pas. On trouve aussi la mise en application de valeurs fortement présentes dans l’univers du Net et amplifiées par l’expérience des réseaux sociaux: égalitarisme, goût du partage, sacralisation de l’autonomie et du «do-it-yourself».
Le poids du diplôme en France
Toutefois, ces mouvements sont sensiblement différents selon le pays dans lequel ils sont implantés. Selon la situation économique de chaque Etat, les mots d’ordre sont plus ou moins distincts. En Espagne par exemple, où le taux de chômage des moins de 25 ans est de 43%, les manifestants protestent contre leur exclusion du marché du travail. Les Grecs en revanche, s'ils sont eux aussi touchés par le chômage, s’élèvent plutôt contre la troïka (FMI, Union européenne et Banque centrale européenne) qui leur impose, via leur gouvernement, des mesures d’austérité sans précédent. Quant aux manifestants américains, ils se révoltent contre l’emblème du capitalisme financier, à savoir Wall Street, et les 1% qui captent les richesses.
Plusieurs raisons expliquent que les jeunes Français ne soient pas vraiment à l’unisson.
Tout d’abord parce qu’au pays de l’élitisme républicain, bien plus qu’ailleurs encore en Europe, la lutte des places pour l’emploi passe par la munition «diplôme du supérieur». Aujourd’hui, un peu moins de la moitié d’une classe d’âge décroche ce fameux sésame pour la vie d’adulte –diplôme professionnel type BTS ou DUT, licence, master, doctorat, ou diplôme de grandes écoles. Et cette étape franchie, le ciel s’éclaircit, même si avant de trouver un emploi stable, il faut souvent passer par la case stages ou emploi à durée déterminée.
L’enquête «Génération 2007» du Céreq (Centre d’études et de recherche sur les qualifications) le prouve. Cet institut a étudié, en 2010, la situation face à l’emploi des jeunes qui ont fini leur scolarité en 2007. Qu’en est-il? 92% de ceux possédant un doctorat avaient un emploi, ainsi que 88% des diplômés d’une école d’ingénieur ou de commerce et 80% de ceux ayant une licence. En revanche, seulement 48% des jeunes sortis sans diplôme du système scolaire, et 55% ayant seulement le bac avaient un emploi.
La première leçon, c'est que les jeunes diplômés français, en gros, finissent (pour le moment) par intégrer le marché du travail, même s’ils prennent plus de temps qu’avant, ce qui n’est pas le cas en Espagne, en Grèce ou en Italie du sud. Au total, même si le taux de chômage moyen des moins de 25 ans est assez élevé en France (22,9% en 2009 contre 16,7% dans les pays de l’OCDE dont 11% en Allemagne, 18,9% au Royaume-Uni et 25,4% en Italie), ce fléau touche d’abord les jeunes à très faible qualification qui risquent de rester longtemps à naviguer entre chômage et jobs précaires. C’est auprès d’eux que le slogan du «no future» peut faire résonnance.
En contraste, dans certains pays, le diplôme ne joue plus du tout son rôle protecteur. L’exclusion des jeunes dans la péninsule ibérique est un phénomène massif: sur une population de 11 millions de jeunes de 16-35 ans, 4 millions font des études, 5,7 sont sur le marché de l’emploi mais pour la majorité dans une situation précaire, et 1,5 million de jeunes ne sont ni en emploi ni étudiants (données portant sur le premier trimestre 2011, issus d’un travail du sociologue espagnol José Felix Tezanos). La situation des jeunes diplômés est semblable en Grèce et a donné lieu au mouvement des «700» (euros mensuels), ceux qui, bien que diplômés, perçoivent un salaire qui permet difficilement de vivre.
La colère passe par la gauche
L’indignation est ainsi à son comble lorsque on a effectué des efforts et des sacrifices financiers pour obtenir un diplôme et que celui-ci ne procure pas de débouché. Elle entremêle la stupéfaction, le sentiment d’un énorme gâchis, l’angoisse du déclassement, et pire encore, l’effroi devant ce qui s’esquisse comme un «no future». Articulée aux effets des politiques d’austérité, cette protestation entraîne beaucoup de monde et en premier lieu les familles accablées de voir leur progéniture confrontée à une telle situation.
Autre explication. Si les jeunes Français ne se reconnaissent que mollement dans les mouvements des Indignés, c’est que ceux-ci brassent des mots d’ordre plutôt vastes: sentiment d’injustice, indignation contre des dirigeants économiques prédateurs et des gouvernants impuissants, appel à une société meilleure, à un autre modèle de croissance, une autre organisation sociale. Entre protestation morale et front du refus, ils sont éloignés de la scène partisane classique, et en outre, n’envisagent pas de s’y tailler une place. Ils ont souvent quelques affinités avec les altermondialistes, mais cette connotation varie d’un pays à l’autre.
Or, la colère sociale est canalisée en France par des partis d’extrême gauche, le parti écologiste ou des mouvances étudiantes assez radicales, sans doute plus en phase avec la sensibilité de la jeunesse française. Cette dernière s’est d’ailleurs souvent engagée ces dernières années sur des enjeux concrets qui la concernent directement: mouvements contre le CPE, contre la réforme Pécresse des universités... Même une partie des lycéens a été solidaire des manifestations contre la réforme des retraites. Il est possible que dans une société très politisée, la posture un peu floue et hors système politique des Indignés ait du mal à galvaniser les ardeurs.
Néanmoins, si le nombre de manifestants est modeste dans l’Hexagone, la mobilisation planétaire des Indignés, à l’aune de son retentissement dans les médias et les conversations, gagne en popularité. Cette émotion mondiale, qui probablement adoptera des tournures politiques différentes selon chaque société, s’ajuste parfaitement au ressenti et à l’opinion majoritaires. Comme le livre de Stéphane Hessel, ces mouvements constituent des cris du cœur plutôt que des manuels précis pour l’action.
Monique Dagnaud
Mis à jour le 22/10/2011 à 9h08






















































Méfiez vous de cette distinction fallacieuse entre secteur public et secteur productif que la propagande néolibérale nous enfonce sans cesse dans le crâne depuis les années 1980.
Dans le secteur public vous trouvez des fonctionnaires qui produisent des services utiles, et même si indispensables que vous vous résignerez à les payer très cher, si vous en avez les moyens, si par malheur ils sont un jour privatisés : sécurité (policiers), santé (infirmières) ou encore instruction (instituteurs) Ce sont des gens productifs et utiles.
Tandis que dans le privé vous trouverez de nombreux employés qui ne produisent rien d'utile pour leurs concitoyens, voire dont le travail est éminemment nuisible : spéculateurs, traders...
Et ce ne sont pas les moins bien payés, contrairement aux infirmières et aux instituteurs !
Malheureusement la propagande néolibérale a été tellement bien matraquée, et depuis si longtemps déjà, que les français considèrent désormais comme productifs tous ceux qui travaillent aux ordres d'un capitaliste et lui permettent d'amasser des profits, et comme improductifs tous ceux qui travaillent au service des citoyens, même quand ils font exactement le même travail !
Par exemple une infirmière sera considérée comme productive quand elle travaille dans une clinique privée et comme improductive quand elle travaille dans un hôpital public, même si elle fait deux fois plus de piqures dans sa journée ! N'est-ce pas absurde ?
Même chose pour les enseignants, ou encore les cantonniers selon qu'il entretiennent une nationale ouverte à tous ou une autoroute privée à péage, les électriciens, gaziers et hydrauliciens selon que l'électricité, le gaz ou l'eau ont ou non déjà été privatisés, etc.
Conclusion : ne vous abandonnez pas à la paresse intellectuelle consistant à classer les travailleurs en productifs ou improductifs en vous basant sur les seuls critères des capitalistes qui sucent le sang du peuple français !
Posez vous la seule question vraiment pertinente : le travail effectué est il utile ou nuisible pour l'ensemble des citoyens ? Alors vous saurez distinguer sans vous tromper entre les productifs et les improductifs.
Quand à l'idée selon laquelle la fonction publique absorbe "la population la moins encline à se frotter à la dureté du marché du travail" : là encore, un contresens aussi énorme ne peut s'expliquer que par des décennies de grossière propagande néolibérale matraquée sans relâche.
En réalité, pour intégrer la fonction publique il faut bien au contraire affronter avec succès les plus dures épreuves que vous trouverez jamais sur le marché du travail : les concours de la fonction publique !
Et à chaque fois que vous voudrez monter en grade, il faudra à nouveau les affronter.
Et avec succès, sous peine d'assister impuissant à l'érosion continuelle de votre pouvoir d'achat.
En effet, le point d'indice étant soit gelé pendant des années, soit revalorisé au lance-pierre, seuls ceux qui gravissent les échelons et les grades réussissent à préserver leur pouvoir d'achat.
Cordialement
Lors d'un rassemblement pendant l'été sur la place de la Bastille, un leader NPA ou CNT (je n'ai pas retrouver son nom), haranguait la foule sans qu'aucun organisateur n'intervienne pour lui dire de se taire.
Dans les appels au rassemblement sur les réseaux sociaux, il n'est pas rare de lire des incitations à "bruler la défense", "détruire le capitalisme".
Le mouvement est totalement décrédibilisé par ces rêveurs utopistes et colérique par nature.
En France on attend que ça se soulève pour agir, alors que la force de ce mouvement est défini par le "Do it yourself". Nous devons absolument nous affranchir des mouvements politiques pour qu'il y ai un réel impact en France. Ce n'est pourtant pas les raisons qui manquent : http://www.tikky.fr/occupyfrance-le-manifeste-dun-blogueur/
Pour s'indigner il faut être convaincu des capacité "d'empêchement" qu'on peut avoir, et d'une certaine manière compter sur la réaction positive des autorités*Si les jeunes français de la génération "y" n'éprouvent pas le besoin de s'indigner c'est qu'il ne veulent pas passer leur temps à brasser des slogans généraux alors qu'ils sont persuadé qu'en pratique rien ne viendra dans le contexte social laissé par la génération "X" Branchés à leur ordinateurs leur smartphone, et autres ipod ... il se sont débranchés de la vie politique et on peut les comprendre... Les plus intelligents et les plus actifs , les futurs managers de la génération "Y" ne comptent que sur eux, les autres restent aux stade "d'adulescents" le plus longtemps possible quelques geeks ne s'intéressent qu'aux gadgets et le reste ou erre en n'attendant rien , ou en volant ou en "dealant" Ils ne sont pas dans la rue car leur esprit est "ailleurs" et l'idée de battre le pavé pour rien les fatigue d'avance...De plus contrairement à leurs parents et grands-parents ils ne vivent pas dans l'illusion de contrôle la méthode Coué et les incantations politiques creuses...ENTRE LES BONNES INTENTIONS qui pavent l'enfer ET LES RESULTATS IL YA LES SYSTEMES ET LES METHODES AUXQUELS IL NE CROIENT PLUS Cela s'appelle le DESINTERËT et je ne suis pas loin de penser comme eux Dans un tel contexte il est possible que les extrêmes trouvent un terrain pour prospérer...
Les français ne s'imagine pas la chance que nous avons de connaitre la crise actuelle. Le système capitalisme est un non sens et une grosse crise est la seule façon de faire bouger les lignes, pour peut être avoir un monde plus juste. Les indignés, s'indigne des 1% de la population qui possède les richesses. Mais se rende t-ils compte que la france est le 4ème pays le plus riche du monde. Ces indignés font partis dans 5% de la population mondiale qui concentre toute les richesses. De plus la France est le pays où la qualité de vie est la meilleure: http://internationalliving.com/2010/02/quality-of-life-2010/ Arrêtons de faire de la contestation pour de la contestation. La jeunesse d'aujourd'hui à une liberté que nos parents n'avaient pas et ce malgré mai 68.
Alors oui la vie est dur ! Mais allez dire aux peuples qui vivent dans la misère que vous êtes indigné parce-que vous êtes sans emploi et que vous touchez 410€ de RSA, parce-que vous êtes malade et que la sécurité sociale prend en charge quasiment tout les frais ...
http://www.youtube.com/watch?v=6Mb8tp_mkiI