Le mouvement des indignés est-il antidémocratique?
Occupy Wall Street, Occupy London, les Indignados... Les manifestations qui se multiplient un peu partout dans le monde pourraient davantage ébranler la démocratie que la renforcer.
- Un homme se photographie devant le campement des indignés de Londres, le 17 octobre 2011. REUTERS/Luke MacGregor -
A l'écrit, rendre toute la bizarrerie du mouvement «Occupy the London Stock Exchange», installé depuis le week-end dernier sur les marches de la cathédrale Saint Paul (à Londres), n'est pas chose facile. Tout en étant foncièrement britannique –on y voit des gens touiller des casseroles de porridge sur le trottoir– l'hommage rendu à l'«Occupy Wall Street» original est lui aussi très net. Les manifestants londoniens ont même adopté le «micro humain» utilisé dans le Zucotti Park de New York –ceux de devant répètent tous les dires de l'orateur pour que ceux de derrière puissent entendre– bien que les mégaphones et les micros n'aient pas été interdits à Londres. Ce qui, comme on peut le voir dans une vidéo postée sur le site du Guardian, donnait ce genre de résultat:
«Nous avons besoin d'une manière de procéder» (Nous avons besoin d'une manière de procéder!)
«Ce rassemblement ne s'est pas fait par hasard!» (Ce rassemblement ne s'est pas fait par hasard!)
«Nous savons que vous êtes là!» (Nous savons que vous êtes là!)
«Et nous sommes solidaires avec vous» (Nous sommes solidaires avec vous!)
Involontairement, on se serait cru dans une scène du film des Monty Python, La vie de Brian, où Brian, que tout le monde prend à tort pour le messie, hurle à la foule, «Vous êtes tous des individus!». Et la foule de lui répondre: «Nous sommes tous des individus!».
A mon oreille américaine, l'effet de ressemblance est accentué par l'accent britannique des orateurs qui, quoi qu'il en soit, donnent l'impression de jouer dans un film des Monty Python. Mais cela n'a rien d'extraordinaire: inévitablement, tous les rassemblements «Occupy» –connus en Europe sous le nom d'Indignados, après les premières manifestations espagnoles du printemps dernier, ont chacun leurs propres saveurs nationales, selon les endroits. Lors de l'Occupy Tokyo, les manifestants ont scandé des slogans sur l'énergie nucléaire. Les rassemblements d'Occupy Sydney ont tourné en jus de boudin car, comme un porte-parole l'a concédé à regret, «la crise ne se fait pas autant sentir ici, en Australie». A Rome, où la radicalité politique possède historiquement une frange violente, les manifestations se sont d'ores et déjà transformées en émeutes, causant plusieurs millions d'euros de dégâts.
Ces mouvements de protestation internationaux ont bien sûr quelques points communs, les uns avec les autres, mais aussi avec les mouvements antimondialistes qui les ont précédés. Ils se retrouvent sur leur manque de ligne directrice, leur nature brouillonne, et avant tout sur leur refus d'en passer par des institutions démocratiques existantes.
La démocratie n'est pas la liberté d'expression
A New York, les manifestants scandaient, «Voici à quoi ressemble la démocratie», mais en réalité, ce n'est pas à ça que la démocratie ressemble. C'est à quoi ressemble la liberté d'expression. La démocratie est d'un abord bien plus ennuyeux. La démocratie demande des institutions, des élections, des partis politiques, des règles, des lois, une justice, et des actions nombreuses, fastidieuses et rébarbatives, loin d'être aussi rigolotes qu'un camping à la belle étoile sur le parvis de la cathédrale Saint Paul, ou que des slogans repris à tue-tête dans la rue Saint-Martin, à Paris.
Et pourtant, en un sens, il est tout à fait compréhensible que les Indignés du monde entier n'aient pas réussi à émettre des propositions législatives solides: l'origine de la crise économique mondiale, comme ses solutions, dépassent par définition les compétences des politiciens locaux et nationaux.
Comme je l'avais écrit au moment des premières émeutes grecques, il y a quelques années, personne n'admire les dirigeants impuissants. Personne ne voit l’intérêt de voter pour des gens qui ne pourront pas empêcher qu'une nouvelle vague de souffrance économique s'abatte sur Pékin, Bruxelles ou New York. Si l'on est affecté par le programme d'austérité imposé à son pays par les banques auprès desquelles il s'est endetté, à l'autre bout de la planète, il ne paraît pas logique d'aller se plaindre au maire de Séville.
La légitimité des démocraties ébranlées
L'émergence d'un mouvement de contestation mondiale sans programme cohérent n'est pas non plus un hasard: il est le reflet d'une crise profonde, une crise qui n'a pas de solution évidente. La démocratie repose sur l'état de droit. La démocratie ne fonctionne qu'à l'intérieur de frontières précises et parmi des individus ayant le sentiment d'appartenir à une seule et même nation. Une «communauté globale» ne peut être une démocratie nationale. Et une démocratie nationale ne peut commander l'allégeance d'un hedge fund à plusieurs milliards de dollars, avec son siège social dans un paradis fiscal et ses employés dispersés aux quatre coins de la planète.
Contrairement aux Égyptiens de la place Tahrir, auxquels les manifestants de Londres comme ceux de New York se comparent ouvertement (et ridiculement), nous avons des institutions démocratiques dans le monde occidental. Elles sont faites pour refléter, ne serait-ce que grossièrement, le désir d'un changement politique au sein d'une nation donnée.
Mais elles ne peuvent rien faire pour un désir de changement politique planétaire, et elles ne peuvent pas non plus contrôler ce qui se passe au-delà de leurs frontières. Même si je crois toujours aux bénéfices économiques et intellectuels de la mondialisation –avec ses frontières ouvertes, sa liberté de mouvement et son libre-échange– la mondialisation s'est clairement mise à ébranler la légitimité des démocraties occidentales.
Les activistes «internationaux», s'ils n'y prennent pas garde, pourraient accélérer ce déclin. Les manifestants londoniens hurlent que «nous avons besoin d'une manière de procéder». Mais ils en ont déjà une: elle s'appelle le système politique britannique. Et s'ils n'arrivent pas à comprendre comment on s'en sert, alors ils l'affaibliront davantage, tout simplement.
Anne Applebaum
Traduit par Peggy Sastre
Mis à jour le 21/10/2011 à 9h06
















































Certes la démocratie aujourd'hui bat de l'aile et les failles d'une démocratie nationale dans un contexte économique international sont évidentes: les grandes entreprises (et leur argent) contrôlent aujourd'hui la population et laissent les Etats et leur souveraineté dans un rôle contemplatif, impuissants face à la crise économique et incapables d'arrêter une machine qu'ils ont crées. Le mouvement des Indignés est certes justifiable mais la façon dont il se fait n'est pas correcte.
Le manque de revendications précises font qu'il est difficile de prendre ces gens au sérieux. Au mieux ces manifestations sont l'expression d'un ras le bol général, pas d'une volonté politique.
Pour ce qui est de l'anti-démocratie de ce mouvement, certes la démocratie c'est donner la voix au peuple, mais via les représentants politiques. C'est pour ça que l'on vote, afin d'élire les représentants du peuple français qui parleront au nom des français. Le problème c'est qu'aujourd'hui lesdits représentants politiques n'en ont rien à faire des français.
Je placerais le mouvement des indignés plus du côté de l'anarchie, c'est à dire qu'il n'y a pas de dirigeant particulier (personellement je n'ai vu personne parler au nom de tout le mouvement, ce qui est respectable) et que les avis de tous sont pris en compte et remontent de communautés en communautés.
Le problème avec l'anarchie c'est que c'est un système qui s'affaiblit grandement lorsqu'appliqué à une large population: la base de cette idéologie c'est l'absence d'UN dirigeant mais plutôt une répartition en sous-couche décisionelles, chacune étant représenté par une communauté au sein de laquelle chacun va faire remonter ses requêtes, qui seront ensuite classées, triées par la communauté pour être remontées à la communauté au dessus etc etc...
Donc oui le mouvement des indignés est anti-démocratique, ça ne le rend pas forcément injustifié.
Avant d'écrire des articles, révisez vos définitions, et vous comprendrez que vous avez totalement tort.
http://www.lepost.fr/article/2011/10/21/2619629_le-mouvement-des-indignes-est-il-contre-l-oligarchie.html
A ceci près que nos sociétés plus contemporaines ne fabriquent plus des ouvriers qui à l'époque n'avaient rien à perdre à se jeter dans la lutte ! Elles fabriquent au contraire des individus qui, actuellement, se sentent mal à l'aise avec le pouvoir et les hommes incompétents qui le représentent, disent-ils. Soit !
Pourtant ces "nouveaux combattants" de la liberté semblent rejeter l'idée du collectif comme le souligne l'intervention d'"ignigoweb" qui déplore que l'on ne s'intéresse pas à "lui". Mais c'est aussi cela la démocratie, le fait de savoir déléguer afin de jouer collectif, et surtout en amont de s'informer afin d'exprimer une voix juste. La démocratie n'est pas un jeu, et malheureusement, les hommes au pouvoir en place ne le savent que trop bien. Ils savent surtout que leur concitoyens, que leurs administrés ont bien plus à perdre à contester que leur arrière-grands-parents il y a 70 ans !
"Donnons à ces Indignés un salaire plus solide et des promotions professionnelles" se diraient-ils ces hommes politiques, et tous rentrerons dans le rang, dans le confort de ce que la technologie offre de meilleur (d'ailleurs combien ont appelé à descendre dans la rue, sagement assis derrière leurs écrans de PC en 2008 : je me souviens, "on allait voir ce qu'on allait voir", nous allions torde le cou de la crise naissante et pendre les banquiers, foi de bourgeois mécontent ! Et puis les courses de Noël sont arrivées ! Et puis plus personne)
Où ces gens étaient-ils passés lors des vraies entailles données dans la démocratie au moment de l'expulsion des Roms par exemple ? Un acte digne d'un gouvernement type Vichy, et qui aurait donné l'occasion d'une belle contestation là aussi. C'est comme cela que la nationalisme rampant finit par s'installer !
Ce n'est pas pour dire que c'était mieux avant, mais je préférais les Internationales (quels qu'en fussent les moteurs économiques, politiques ou sociaux) car elles ouvraient davantage de perspectives de changement, parcequ'instruites par des hommes et des femmes qui s'étaient fixés un idéal commun, et non guidées par le caprice prétendument militant de quelques gamins privilégiés qui trouvent "que les banques, c'est des méchants" mais qui continuent à leur filer du fric !
Avant de se débarrasser de l'outil Démocratie, peut-être devrait-on apprendre à mieux s'en servir pour guider les intérêts du peuple. J'irai dans le même sens que Anne Applebaum.
Je ne suis pas d'accord avec vous sur ce point, les démocraties occidentales sont tellement inter-dependantes, que l'heure n'est plus aux raisonnements nationaux. La legitimité d'une démocratie a pour socle la volonté de son peuple, et il est naturel que les volontés de peuples issus de differentes nations se rejoignent dans le contexte actuel. Vous raisonnez á une échelle nationale, mais les gouvernements nationaux influent grandement sur le fonctionnement du monde actuel, notamment ceux membres du G20. Ils ne sont pas victimes de causes qui les depassent, ils en sont les acteurs, dés lors il est légitime de se tourner vers eux, vers nos représentants, pour faire entendre ses opinions.
"Contrairement aux Égyptiens de la place Tahrir, auxquels les manifestants de Londres comme ceux de New York se comparent ouvertement (et ridiculement), nous avons des institutions démocratiques dans le monde occidental. Elles sont faites pour refléter, ne serait-ce que grossièrement, le désir d'un changement politique au sein d'une nation donnée. "
Ici encore je ne suis pas d'accord. Il est clair que nos democraties n'en sont plus réellement, le citoyen moyen ne se contente plus de deleguer son pouvoir á des représentants, il a abdiqué. Les citoyens sont exclus de la vie politique, ils n'ent comprennent que grossierement les tenants et les aboutissants, et pourtant ils en sont les premieres victimes.
Je vois ce mouvement d'indignés comme un élan démocratique, au sens large du terme, les citoyens veulent de nouveau etre intégrés aux processus de décisions.
D'une le système démocratique que nous avons en occident se révèle extrêmement bipartisan, proposant souvent un régime économique libéral... ou libéral, le tout servi par une clique médiatique qui continue à orienter idéologiquement ses consommateurs vers des solutions libérales. J'ai participé à ce mouvement en Espagne et le moins que l'on puisse dire c'est qu'il semble bien plus démocratique et représentatif que le système traditionnel en réunissant gens de gauche et de droite, ainsi que toutes les classes d'âge...
Ensuite on a le fameux cliché de l'indigné inutile, brouillon, sans solution, alors que si Mme Applebaum avait fait son travail de journaliste, elle aurait découvert des programmes politiques au moins aussi "détaillés" que celui de Hollande.
Quant à l'échappatoire facile qui consiste à déresponsabiliser les systèmes politiques (en même temps que de dire qu'ils sont l'unique solution légitime ! Paradoxe inepte qu'elle ne semble pas relever !) c'est encore un fois trop facile. Ces institutions financières ne sortent pas de nulle part mais sont bien souvent soit domiciliées en pays occidentaux, soit dans des paradis fiscaux liés aux puissances occidentales, et que ces puissances occidentales maintiennent à dessein ! Elles font bien la guerre pour défendre des intérêts bien plus mineurs comme le pétrole, et là nous serions pieds et poings liés face à des micro-nations dont nous avons déjà le contrôle ? Laissez-moi rire.