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Un budget à refaire totalement

Jacques Attali, mis à jour le 28.10.2011 à 14 h 59

Le problème n’est pas d’accepter ou de refuser un abandon de souveraineté. Il aura lieu. La question est de choisir si on abandonnera sa souveraineté aux marchés ou à une entité fédérale européenne.

La BCE à Frankfort. REUTERS/Kai Pfaffenbach

La BCE à Frankfort. REUTERS/Kai Pfaffenbach

Pourquoi faut-il que les faits ressemblent tellement à ce qui était prévu? Pourquoi faut-il que les politiques réagissent avec tant de retard aux évidences? Pourquoi faut-il qu’ils continuent de penser qu’il n’est pas de problème qu’une absence de solution ne finisse par résoudre? Pourquoi faut-il qu’ils essaient toujours de régler au dernier moment des problèmes connus depuis des années?

 En fait, le cœur des difficultés de la France n’est ni en Grèce, comme on le dit depuis des mois, ni en Italie, comme on le dira bientôt, mais en France; et c’est à la France qu'il appartient de régler ses problèmes.

Et d’abord de repenser totalement le budget 2012, déjà dépassé. Et si on s’obstine à le voter ainsi, il est évident que l’Etat perdra sa notation, entrant dans une spirale négative tres dangereuse.

Certains relativiseront alors la notation de la France: d’abord parce que les agences de notation se sont discréditées par leurs erreurs passés. Et ensuite parce que jamais le gouvernement américain n’a emprunté moins cher que depuis qu’il a perdu son triple A. 

Il n’en ira pas de même pour la France, dont la monnaie n’est pas monnaie de référence internationale, pouvant être émise sans limite. Et si l’Etat français perd son triple A, il perdra sa capacité d’emprunter à bon marché, ce qui aggravera encore plus le coût de la dette; de plus, la Facilité spéciale européenne, qu’on essaie de transformer en banque, ne pourra pas utiliser la part de la France dans son capital pour fonder ses  prêts, qui en seront réduits d’autant, aggravant les menaces sur la survie de la zone euro.

De fait, le risque du gouvernement français de perdre sa notation ne porte pas seulement sur le montant actuel de la dette publique, qui reste encore relativement tolérable, en comparaison de la valeur des actifs du pays. Et qui ne serait pas grave si l’Etat pouvait dire de façon crédible qu’il allait le faire baisser. Mais ce n’est pas le cas, et sa dynamique est épouvantable et ses engagements à venir sont considérables .

D’abord, la prévision de croissance du PIB en  2012 par le gouvernement (1,75%) est ridiculement optimiste et fausse totalement les prévisions budgétaires. Elle ne sera sûrement pas supérieure à 0,75 et avec  le déficit ne décroîtra pas, contrairement à ce que dit le budget. La France sera dès 2012 le premier emprunteur de la zone euro (190 m€ d’emprunt, a minima). Et au rythme actuel, la dette publique atteindra fin 2012 90% du PIB.

Ensuite, il y a des banques à recapitaliser (à commencer par Dexia qui coûtera 33md€), des engagements nouveaux en matière de retraites, de Cades et pour l’Europe, en particulier ce qui est promis à la Facilité européenne  (158md€). Au total, ces engagements à venir augmentent la dette de plus de 30% du PIB et dépassera alors les 120% du PIB.

Avant qu'il soit trop tard

Il est donc urgent de repenser totalement le budget 2012. Sinon, les événements y contraindront le gouvernement et le parlement, bien avant l'élection présidentielle.

Au-delà, ce n’est pas en construisant une pyramide d’emprunts sur le socle des dettes de chaque pays européen, en transformant des garanties en fonds propres imaginaires, qu’on résoudra la question de la dette européenne. C’est en reconnaissant que l’eurozone elle-même n’a pas de dette, et qu’elle peut devenir un emprunteur en tant que telle, à condition de devenir un pouvoir fédéral, disposant de recettes fiscales propres et capable de refuser à tous les pays de la zone de faire  les pires bêtises budgétaires, et en particulier à la France.

Le problème n’est donc pas d’accepter ou de refuser un abandon de souveraineté. Il aura lieu. La question est de choisir si on abandonnera sa souveraineté aux marchés ou à une entité fédérale européenne. Il est stupéfiant de voir qu’une solution si simple, si positive, si enthousiasmante, ne soit pas décidée depuis longtemps. Et qu’elle finira par l’être quand il sera trop tard.

Jacques Attali

Chronique également parue dans L'Express

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