Un budget à refaire totalement
Le problème n’est pas d’accepter ou de refuser un abandon de souveraineté. Il aura lieu. La question est de choisir si on abandonnera sa souveraineté aux marchés ou à une entité fédérale européenne.
- La BCE à Frankfort. REUTERS/Kai Pfaffenbach -
Pourquoi faut-il que les faits ressemblent tellement à ce qui était prévu? Pourquoi faut-il que les politiques réagissent avec tant de retard aux évidences? Pourquoi faut-il qu’ils continuent de penser qu’il n’est pas de problème qu’une absence de solution ne finisse par résoudre? Pourquoi faut-il qu’ils essaient toujours de régler au dernier moment des problèmes connus depuis des années?
En fait, le cœur des difficultés de la France n’est ni en Grèce, comme on le dit depuis des mois, ni en Italie, comme on le dira bientôt, mais en France; et c’est à la France qu'il appartient de régler ses problèmes.
Et d’abord de repenser totalement le budget 2012, déjà dépassé. Et si on s’obstine à le voter ainsi, il est évident que l’Etat perdra sa notation, entrant dans une spirale négative tres dangereuse.
Certains relativiseront alors la notation de la France: d’abord parce que les agences de notation se sont discréditées par leurs erreurs passés. Et ensuite parce que jamais le gouvernement américain n’a emprunté moins cher que depuis qu’il a perdu son triple A.
Il n’en ira pas de même pour la France, dont la monnaie n’est pas monnaie de référence internationale, pouvant être émise sans limite. Et si l’Etat français perd son triple A, il perdra sa capacité d’emprunter à bon marché, ce qui aggravera encore plus le coût de la dette; de plus, la Facilité spéciale européenne, qu’on essaie de transformer en banque, ne pourra pas utiliser la part de la France dans son capital pour fonder ses prêts, qui en seront réduits d’autant, aggravant les menaces sur la survie de la zone euro.
De fait, le risque du gouvernement français de perdre sa notation ne porte pas seulement sur le montant actuel de la dette publique, qui reste encore relativement tolérable, en comparaison de la valeur des actifs du pays. Et qui ne serait pas grave si l’Etat pouvait dire de façon crédible qu’il allait le faire baisser. Mais ce n’est pas le cas, et sa dynamique est épouvantable et ses engagements à venir sont considérables .
D’abord, la prévision de croissance du PIB en 2012 par le gouvernement (1,75%) est ridiculement optimiste et fausse totalement les prévisions budgétaires. Elle ne sera sûrement pas supérieure à 0,75 et avec le déficit ne décroîtra pas, contrairement à ce que dit le budget. La France sera dès 2012 le premier emprunteur de la zone euro (190 m€ d’emprunt, a minima). Et au rythme actuel, la dette publique atteindra fin 2012 90% du PIB.
Ensuite, il y a des banques à recapitaliser (à commencer par Dexia qui coûtera 33md€), des engagements nouveaux en matière de retraites, de Cades et pour l’Europe, en particulier ce qui est promis à la Facilité européenne (158md€). Au total, ces engagements à venir augmentent la dette de plus de 30% du PIB et dépassera alors les 120% du PIB.
Avant qu'il soit trop tard
Il est donc urgent de repenser totalement le budget 2012. Sinon, les événements y contraindront le gouvernement et le parlement, bien avant l'élection présidentielle.
Au-delà, ce n’est pas en construisant une pyramide d’emprunts sur le socle des dettes de chaque pays européen, en transformant des garanties en fonds propres imaginaires, qu’on résoudra la question de la dette européenne. C’est en reconnaissant que l’eurozone elle-même n’a pas de dette, et qu’elle peut devenir un emprunteur en tant que telle, à condition de devenir un pouvoir fédéral, disposant de recettes fiscales propres et capable de refuser à tous les pays de la zone de faire les pires bêtises budgétaires, et en particulier à la France.
Le problème n’est donc pas d’accepter ou de refuser un abandon de souveraineté. Il aura lieu. La question est de choisir si on abandonnera sa souveraineté aux marchés ou à une entité fédérale européenne. Il est stupéfiant de voir qu’une solution si simple, si positive, si enthousiasmante, ne soit pas décidée depuis longtemps. Et qu’elle finira par l’être quand il sera trop tard.
Jacques Attali
Chronique également parue dans L'Express
Mis à jour le 28/10/2011 à 14h59



































"Pourquoi donc tant d'illusions ? Pourquoi la quasi-totalité de l'oligarchie française et allemande - et du reste de l'Europe à l'exception des Britanniques - s'est-elle aveuglée au point de penser, contre l'avis de la quasi-totalité des prix Nobel d'économie, que l'entreprise aurait une chance de réussite ? Au point de manifester une intolérance inouïe à l'égard de ceux qui ne le pensaient pas. C'est sans doute la question que l'on se posera dans vingt ans, dans trente ans quand les historiens se pencheront sur cette période et essayeront d'en faire le bilan, quand ils chercheront en particulier à expliquer le grave traumatisme qui résultera de l'explosion de l'euro (traumatisme que l'on aurait pu éviter si on ne s'était pas lancé dans cette aventure sans issue)"
Tout ceci ne nous exonèrera évidemment pas, ainsi que l'écrit monsieur Attali de "repenser totalement notre budget 2012 déjà dépassé". Il n'en reste pas moins que la suite de la lecture ne peut que nous confirmer dans l'idée que nous avons déjà perdu notre notation triple A. Monsieur Attali ne voit qu'une solution pour nous, c'est l'abandon de notre souveraineté à "une entité fédérale européenne". Il ne lui reste plus qu'à nous expliquer quelles pourraient en être les modalités et avec le soutien de quelle majorité populaire, au moment où le peuple se détourne de plus en plus de cette Europe technocratique qu'on lui a imposée.
Et quel est ce peuple qui se détourne de plus en plus de cette Europe technocratique qu'on lui a imposée ? Celui qui a voté pour Maastricht et qui s'apprête à élire un président europhile ? Ou vous, du haut de vos certitudes ?
Même si vous feignez de l'ignorer, vous savez pertinemment que les causes du "non" de 2005 ont bien peu à voir avec l'Europe, et beaucoup à voir avec la fin de mandat de ce cher Monsieur Chirac, tout comme vous savez pertinemment que notre futur président est d'ores et déjà un européen convaincu, tant M. Hollande que M. Sarkozy ne cachant pas leur inclination ! Mais les souverainistes ont ceci d'horripilant qu'ils ne cessent de chercher en vain une légitimité "populaire" à leur nationalisme arriéré, envers et contre tout.
Quant à Tartenpion, vous gagnerez à garder pour vous vos leçons de morale pédantes.
Vous n'avez toujours pas répondu à ma question : "Comment la France pourait-elle devenir plus grande en devenant plus petite?"
La GB, que vous citez, ne vous suffit-elle pas comme modèle de ce qui deviennent les pays isolés - crise, endettement massive, dévaluation et inflation (5%+ et grandissante), chômage de masse?
Je suis un passioné de la voile (méthode de propulsion élégante mais aléatoire du 19e siècle). Mais nous sommes à l'époque d'Ariane 5 et de l'Airbus 380. On ne peut foncer vers l'avant la tête tournée vers l'arrière.
Cordialement,
Alors Mr Attali, faites un pas en avant et essayez d'accroitre votre avance sur nos politiques
La France cumule 2 problemes majeurs: - La crise economique qui affecte le Monde capitaliste occidental: une misallocation enorme et grotesque du capital monetaire et humain. Trois exemples: * Une partie croissante du systeme bancaire qui attire les meilleures resources de capital et de travail pour des activites qui ne creent que peu ou pas de richesse mais preleve une part toujours croissante de richesses sur l'economie reelle plombant ainsi sa competitivite * la tendance de fond ( concentration liee aux fusions acquisitions et liberte des prix pour des activites intrinsequement monopolistiques) de creation d'oligopoles/monopoles et abus de positions dominantes qui tuent l'economie de marche et, bien sur, penalise la competitivite des activites (entreprises dans cette environnement) soumises a la competition internationale * l'affectation de resources de capital, de travail, d'energie et de matieres premieres aux activites d'arbitrages de cout du travail sans accroissement de richesses (souvent destruction) - Une degradation des grands equilibres, le plus important etant le deficit de la balance des paiements
La question que je vous pose, compte tenu de votre diagnostic de situation de crise est la suivante: Pensez vous qu'il est plus utile avec les resources limitees dont nous disposons de: - Accompagner la crise actuelle en prenant des mesures financieres visant a retarder l'inevitable comme vous semblez l'indiquer - Prendre des mesures de rejuvenation et de correction de notre economie visant a ameliorer notre competitivite incluant (pas exhaustif): * Diminuer le cout des biens et services dans les secteurs ou le marche ne joue pas bien son role (services bancaires, utilites, telephonie,...) soit par le controle des prix ou soit, quand c'est possible, par la division des entreprises ayant conquis des positions dominantes ou meme par la nationalisation (au moment opportun soit apres periode de controle des prix) * Controler/faire eclater les bulles sur les actifs, en particulier immobilier (de toute facon ineluctable) * Considerer la nationalisation des activites intrinsequement monopolistiques (et probablement des banques car ces petits malins trouveront toujours un moyen de contourner des mesures reglementaires et legislatives. Apres tout, il s'agit de la survie de nos economies et de controler des activites de vol)
Si vous voulez faire baisser le cout du travail en France, il convient de faire baisser le cout des biens et services consommes par les "travailleurs". Il ne s'agit pas seulement de justice mais bien plus d'efficacite.
Par ailleurs, pour pereniser l'euro, une mesure de reequilibrage des balances commerciales a l'interieur de la zone euro pourrait etre une partie variable du taux de TVA correle a la balance des paiements intra euro du pays concerne (taux positif si deficit, taux negatif si excedent). Les recettes supplementaires (considerees hors budget) en cas de deficit de la balance des paiements seraient partagees entre le systeme social (pour compenser le deficit d'activite), la diminution de la dette de l'Etat (correlation avec le deficit d'activite) et la recherche/investissement (generateur d'activites futures). En cas d'excedent de la balance des paiements, la baisse de la TVA stimulerait la demande donc aiderait aussi la convergence. L'explosion (tres probable) de la zone Euro ne peut etre evitee qu'en prenant des mesures efficaces de convergence comme celle ci... et pas en faisant un sommet toute les semaines ou en prenant dees mesures pour financer l'infinancable.
(cette mesure augmenterait les injustices sociales? On critique en effet la TVA car elle est antiredistributive. Bien sur, il est possible de mitiger l'impact antiredistributif de la TVA par des hausses d'impots sur le revenu et sur la capital (elles aussi variables et correlees au deficit/excedent?) suivant la sensibilite politique)
Ah oui, j'oubliais les mesures pour s'assurer que les salaires et bonus de nos dirigeants de grandes entreprises soient bien soumis a la "loi du marche" et s'alignent (comme ceux des autres) sur les emoluments des pays les plus competitifs (a savoir ou les salaires et bonus sont les plus bas...pas les plus eleves en fonction de leur performance). Apres tout l'indice CAC 40 est celui qui a le plus mal performe, et de loin, de tous les indices des bourses des pays developpes sur les 10 dernieres annees. Les salaires de nos dirigeants devraient etre adaptes a cette "performance". On retrouverait un peu de meritocratie!
Entre les sondages vieillots et le bulletin de vote (compte tenu du facteur vitesse de l'information et lenteur du politique)il y a sûrement à porter de souris une manière contemporaine d'actualiser en permanence la lisibilité de l’opinion. Ce type de réseaux monter avec une mise en scène efficace(façon facebook ou google ) aiguillonnerait les politiques ,le plus souvent encalaminés entre plan de carrière, autisme et incompétence .
Allons-nous enfin diminuer les prestations SS, CMU, APL, durée chômage, retraite publique ... ? et n'accepter de verser des allocations uniquement à ceux qui ont déjà payé des impôts et cotisations en France dans les cinq dernières années comme cela se fait dans d'autres pays.
C’est pourquoi rien ne sera vraiment possible sans un minimum de probité, de sens de l’intérêt général et de transparence de la part des dirigeants. Je suis donc pessimiste, et si par bonheur progrès il y a, ce dont je doute, il se fera de manière chaotique et encore une fois sous la pression des évènements.
Il y a bien quelques chiffres, mais ils ne sont là qu'à titre purement décoratifs : pour le lecteur moyen, ils sont abstraits et invérifiables... Non, ce qui compte, c'est cette tenaille qui nous étreindrait : "la Loi du Marché ou celle de la Commission Européenne" Un choix "Cornélien" entre la peste ou le choléra, la guerre ou le déshonneur...
Calmons nous un instant, et remarquons d'abord que ce n'est même pas une alternative : ce que Mr Attali nous dit c'est : il faut impérativement vous soumettre à la loi (d'Arain) du marché, telle que vous l'imposent les hommes et femmes, non élus, qui sont actuellement aux commandes d'institutions telles que la Commission Européenne, le FMI, l'OMC...
Personnellement, ce que je considère comme étant la vraie question, c'est plutôt : est il envisageable de ramener le bon sens, la justice et la démocratie "par l'intérieur" dans ces "Machins", ou bien, devons nous en passer par un bref stade de révolution victorieuse, chacun dans notre propre pays (une province de l'Empire...) Ce qui sera, de toutes façons, rapidement suivi d'un effet "domino" dévastateur...
Une question (subséquente ou subsidiaire) serait : qu'est ce qui pourrait vraiment déclencher une guerre ? Effacer toute cette comptabilité, toutes les dettes, non pas physiquement en détruisant les disques durs de quelques ordinateurs, mais plus poétiquement, à l'ancienne, "d'un trait de plume", par une simple déclaration solennelle ?
En pratique, le seul réel "Tabou", la seule action vraiment "sacrilège", serait de toucher à la Suisse et à quelques autres paradis fiscaux, puisque c'est là que se trouvent les avoirs des "puissants de ce monde"...
Et puis, nous ne parlons bien entendu pas ici d'une guerre sanglante, par les armes, mais d'une "simple" menace de guerre économique ! Qu'aurions à y perdre : que Mr Mittal ne nous livre plus son acier, et que les cargos chinois avec leur chargements de smartphones et d'écrans plats soient retenus à quai à Shangai ?
Nous faudrait-il plus que quelques mois pour remettre nos propres usines en production, et résoudre ainsi, d'un "coup de baguette magique", notre chômage ?
Évidemment la France a son électricité nucléaire, mais d'autres pays sont dépendants du pétrole... Ne savez vous pas que l'eau fossile qui était utilisée pour irriguer les champs de blé circulaires d'Arabie Saoudite a été désormais presque entièrement gaspillée et que sans le riz (thaïlandais), la plupart des pays exportateurs de pétrole ressembleraient très vite à la Somalie ?
Élucubrations et fantasmagorie ? Le colonel Kadhafi vous a inspiré la terreur pendant quarante ans, mais hier, il n'était plus qu'un vieillard misérable, sortant d'une bouche d'égout avec son pistolet plaqué or...
Entièrement d'accord avec vous !
D'ailleurs, il n'est même pas besoin de toucher aux paradis fiscaux, après tout ce sont des états souverains qui font ce qu'ils veulent chez eux.
Il nous suffit simplement de redevenir, nous aussi, souverain chez nous et de rétablir le contrôle des changes pour empêcher nos richesses d'être pillées par l'oligarchie et expédiées à l'étranger.
La Chine n'a jamais renoncé à sa propre souveraineté, elle maintiens un strict contrôle des changes en dépit des pressions internationales, notamment américaines, et elle n'a eu jusqu'à présent qu'à s'en féliciter.
Quand à l'idée de Jaques Attali selon laquelle le gouvernement devrait élaborer son budget en se fondant sur des hypothèses de croissance réalistes, elle est confondante de naïveté.
Cela reviendrait pour le gouvernement à avouer qu'il sait très bien lui-même que les sacrifices monstrueux qu'il impose au peuple sous prétexte qu'ils seraient indispensables pour sauver la croissance ont en réalité toujours l'effet inverse !
A chaque fois que le gouvernement imposerait un nouveau sacrifice à notre pauvre peuple, il devrait immédiatement réviser sa prévision de croissance à la baisse pour tenir compte de l'effet réel que produira sa décision sur notre économie !
"Comment la France pourrait-elle devenir plus grande en devenant plus petite?" Et forcément avec une monnaie dévaluée?
La GB ne vous suffit-elle pas comme modèle de ce qui deviennent les pays isolés ? - crise, endettement massive, dévaluation et inflation (5%+ et grandissante), chômage de masse, émeutes même.
On me parle du Norvège et la Suisse comme exemples de pays indépendants – l’un hyper riche grâce au pétrole de la mer du Nord et l’autre grâce à l’argent sale du monde.
La comparaison avec la Chine, avec sa population de plus d'un milliard, en tant que pays souverain est encore plus risible. Effectivement, comme les autres géants dans le monde elle peut compter sur elle-même. A la différence de nos petits pays européens dont la population quand on est tous réunis est à peine 40% de la leur. Arrêtez de prendre vos rêves souverainistes pour des solutions viables à nos problèmes. C'est sympa, c'est romantique mais parfaitement irréaliste.