France

Austérité ou pas? Sarkozy et Hollande en plein désarroi

Thomas Legrand, mis à jour le 21.10.2011 à 16 h 27

Aucun des deux présidentiables ne dira: «Ce sera très dur et ce ne seront pas les plus riches qui seront les plus touchés.» Ce n'est pas juste pour s'assurer l'élection ou la réélection... Ils ne savent tout simplement pas si c'est une cure d'austérité drastique et forcément socialement violente qui rétablirait la situation.

François Hollande et Nicolas Sarkozy, en avril 2011. REUTERS/Philippe Wojazer

François Hollande et Nicolas Sarkozy, en avril 2011. REUTERS/Philippe Wojazer

Lorsque l'on s'entretient –loin des micros– avec les responsables politiques de l'UMP et du PS, on sent bien, ces derniers temps, une sorte de désarroi. Les prévisions de récession pour les prochains mois pèsent sur la campagne présidentielle qui s'ouvre. L'ombre de la crise «systémique» (ce mot effrayant revient de plus en plus souvent), plane au-dessus de nos têtes.

L'agence Moody's étudie le cas de la France avec en perspective une éventuelle dégradation du triple A, érigé en trésor national, ce qui laisse pantois bon nombre de politiques.

Ces sombres prévisions transforment les mesures adoptées par le gouvernement en modeste rafistolage du Titanic. Le budget actuellement en discussion serait basé, selon la Commission européenne, sur une prévision de croissance trop optimiste.

Patrick Devedjian, président du conseil général des Hauts-de-Seine expliquait, dans Libération, que la majorité libérale en France devrait s'appliquer préventivement une partie des mesures que l'on impose à la Grèce socialiste.

A gauche, moins ouvertement, des voix commencent à s'élever pour affirmer que la réforme fiscale, même d'ampleur, promise par François Hollande, n'est pas à la mesure des 100 milliards de déficit et des 1.700 milliards de l'endettement.

La menace sur le triple A sera un argument de campagne des deux côtés et Moody's pourrait devenir l'arbitre d'un match dont la gauche ne peut plus efficacement contester les règles à partir du moment où elle promet aussi de résorber le déficit.

Le PS et l'UMP peuvent-ils promettre «du sang, de la sueur et des larmes» à six mois de l'élection? Le paradoxe, c'est que la posture churchillienne est à la mode. C'était l'ambiance de la convention anti-PS organisée mardi par l'UMP et c'est aussi un peu sur ce thème de la responsabilité budgétaire que François Hollande a remporté la primaire.

Le modèle français est menacé

Mais c'est du Churchill light. Vous verrez que les deux principaux candidats qui promettront, sinon du sang, au moins de la sueur et des larmes, s'empresseront de préciser «pour les plus riches seulement et pour les banques». 99% des Français pourront se sentir à l'abri des conséquences d'une forme d'austérité sélective.

Les candidats diront: «Il y des efforts à faire, des sacrifices à consentir, mais avec moi ce sera plus juste qu'avec mon adversaire.»

Donc, il y aura le discours, la dramatisation, le vocabulaire pour bien faire comprendre qu'ils ont pris la mesure du bouleversement qui vient. Les mines seront graves... Mais il est, pour l'instant, assez improbable que, publiquement Nicolas Sarkozy ou François Hollande affirment tout haut ce que l'on entend déjà tout bas: «Ce sera très dur et ce ne seront pas les plus riches qui seront les plus touchés.»

Et ce n'est pas simplement le fait de vouloir masquer les difficultés pour s'assurer l'élection ou la réélection... Non, Nicolas Sarkozy et François Hollande ne savent tout simplement pas si c'est une cure d'austérité drastique et forcément socialement violente qui rétablirait la situation.

Nous sommes à un moment de grands bouleversements où les certitudes libérales de la droite et sociale-démocrates de la gauche vacillent, où le modèle social français est menacé.

La crise a donc aussi un aspect identitaire pour la France et son mode de fonctionnement depuis 1945. Il serait trop simple d'accuser l'UMP et le PS de simplement nous cacher la vérité. S'ils sont obligés d'être péremptoires (c'est la règle en politique si l'on veut être suivi), en fait, ils doutent. Et en politique, douter est beaucoup plus problématique que mentir.

Thomas Legrand

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