France

Hollande, Aubry, des europhiles au milieu d'eurosceptiques

Daniel Vernet, mis à jour le 20.10.2011 à 9 h 04

Au PS, François Hollande, le candidat, et Martine Aubry, la première secrétaire, sont des Européens convaincus. Mais au sein de leur parti, et à leur gauche, la construction européenne ne va pas de soi.

Dimanche 16 octobre, au siège du PS à Paris. REUTERS/Thomas Samson/Pool

Dimanche 16 octobre, au siège du PS à Paris. REUTERS/Thomas Samson/Pool

Dans le débat d’entre-deux-tours où les candidats à la primaire socialiste ont, enfin, parlé de l’Europe, Martine Aubry s’est targuée d’avoir réconcilié, au sein du parti, ceux qui avaient voté «non» et ceux qui avaient prôné le «oui»  à la Constitution européenne. La coupure était apparue en 2004-2005 quand le PS a organisé, sous la houlette de François Hollande, un référendum interne pour déterminer la ligne sur le Traité constitutionnel européen que la Convention présidée par Valéry Giscard d’Estaing venait de mettre au point

Le «oui» l’avait emporté. Un résultat qui n’est pas étranger à la décision du président de la République d’alors, Jacques Chirac, de soumettre le traité au vote populaire. Mais les tenants du «non», Laurent Fabius en tête, n’ont eu que faire de la décision majoritaire des socialistes. Ils ont continué leur campagne pour le rejet du texte, contribuant ainsi, avec d’autres forces politiques eurosceptiques, à jeter l’Europe dans une crise institutionnelle dont elle ne s’est pas toujours remise.

De l’histoire ancienne? Pas sûr, si l’on en juge par le score réalisé par Arnaud Montebourg avec son slogan sur la «démondialisation». Certes, le nouveau candidat socialiste appartient à la tradition européiste tout comme la première secrétaire du PS. Ce n’est pas étonnant, puisque tous les deux ont été nourris par le delorisme, Martine Aubry par filiation, François Hollande en tant qu’ancien responsable des clubs créés par Jacques Delors. Mais loin de les rapprocher, cette proximité les divise. 

Une immense majorité du PS aurait donc aujourd’hui dépassé le clivage ravageur des années 2004-2005. Il n’en reste pas moins dans les milieux qu’il est convenu d’appeler «la gauche» du Parti socialiste un vieux fond eurosceptique pour ne pas dire anti-européen qui fait recette.

Une majorité d'eurosceptiques en France

Ses partisans ne le reconnaissent pas volontiers, mais ils font porter à l’Union européenne la responsabilité d’une dérégulation à l’origine de la crise. Ils rejoignent d’autres courants de la vie politique française, les souverainistes de Nicolas Dupont-Aignan à droite, de Jean-Pierre Chevènement à gauche, le Front de gauche de Jean-Luc Mélenchon, et, à l’autre bout du spectre, le Front national de Marine Le Pen.

Arithmétiquement, ces forces ne sont pas majoritaires. Elles représentent tout de même un bon tiers de l’électorat. Politiquement, elles sont hétérogènes, même si l’on a pu récemment constater des porosités entre le Mouvement des citoyens et le Front national.

Elles risquent de peser sur les candidats à l’élection présidentielle de 2012, de gauche comme de droite, et de les lancer dans une surenchère protectrice. Une «Europe qui protège» n’est pas nécessairement une Europe protectionniste. Toutefois, la frontière est ténue et la tentation électoraliste du repli sur soi menaçante. Au moins dans le discours.

Pour le candidat de la gauche, ce serait une erreur fatale. Dans les quelques déclarations qu’il a faites sur l’Europe, François Hollande n’y a heureusement pas succombé. Il a repris le thème –delorien– de l’Europe à deux vitesses, une grande Union à vingt-sept et plus, et un «bloc au milieu», un «premier cercle», organisé autour de la zone euro, avec la France et l’Allemagne en avant-garde. L’alternative, c’est, a-t-il déclaré, «la dissolution du projet européen. Je ne l’accepte pas».

La théorie du «noyau dur»

Une vision somme toute assez classique qui ne diffère guère de la politique suivie par Nicolas Sarkozy, sauf sur les détails dans lesquels ni l’un ni l’autre n’est entré. Il faut convaincre nos partenaires, revoir les traités, organiser la vie démocratique de ce «noyau dur» sans laquelle les peuples rejetteront une démarche trop autoritaire.

On entend déjà les chœurs populistes –ils sont mieux structurés encore ailleurs qu’en France– dénoncer les dérives technocratiques.

Le passé doit aussi servir de leçon. Quand à la fin des années 1990, onze des quinze gouvernements de l’Union européenne d’alors étaient dirigés ou influencés par les sociaux-démocrates, la gauche européenne a été incapable de s’entendre pour corriger les excès du néolibéralisme et pour proposer un modèle de développement européen différent du centre-droit.

L’histoire peut se répéter. Après l’élection présidentielle de 2012 en France, il peut y avoir en 2013 en Allemagne une nouvelle coalition entre le SPD et les Verts. Ce serait une chance pour la coopération franco-allemande et pour l’Europe, à condition que cette échéance soit bien préparée.

Les textes signés par le PS et le SPD ces dernières années sont des pas timides qui doivent résister à l’épreuve du pouvoir. Une chose est de dire qu’il faut «une autre Europe», thème qui réconcilie facilement les partisans du «oui» et ceux du «non». Une autre est de lui donner un contenu. Ni un retour en arrière ni une simple coopération entre gouvernements qui tourne le dos à une véritable union.

Daniel Vernet

Daniel Vernet
Daniel Vernet (438 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte