France

Reports de voix, participation: le second tour à la carte

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 18.10.2011 à 12 h 32

Dimanche soir, François Hollande a bénéficié de bons reports, notamment de la part des électeurs de Ségolène Royal, et la poussée de participation espérée par l'équipe Aubry n'a pas eu lieu.

Ce n’était ni le scénario rêvé pour Martine Aubry… ni pour la droite: la victoire de François Hollande lors du second tour de la primaire socialiste, dimanche 16 octobre, a été incontestable et vite annoncée. Peu après 19h30, alors que s’apprêtaient à tomber les premières estimations sur plusieurs centaines de milliers de bulletins donnant plus de dix points d’avance au député de Corrèze, les quelques aubrystes venus en éclaireurs rue de Solférino, comme la sénatrice de Paris Marie-Noëlle Lienemann, reconnaissaient que le surcroît de participation serait sans doute insuffisant pour assurer la victoire de leur championne, qui a reconnu sa défaite dès 20h45 depuis le siège du parti.

Le PS n’a pas revécu le psychodrame de l’élection de sa première secrétaire le 22 novembre 2008, qui avait vu le parti se coucher sur un écart contesté de 42 voix pour Martine Aubry face à Ségolène Royal. En ce week-end de dernier carré de la Coupe du monde de rugby, l’écart final a davantage ressemblé à Nouvelle-Zélande-Australie (20-6) qu’à France-Galles (9-8), avec un résultat définitif de 56,57% pour Hollande et 43,43% pour Aubry. Cette dernière ne remporte que cinq départements et le vote des Français de l’étranger, et manque de peu s’incliner dans les fiefs de ses lieutenants Laurent Fabius (500 voix d’écart en Seine-Maritime) et Bertrand Delanoë (800 voix d’écart à Paris).

«Jusqu'à 65% ou 70%»

Les ralliements successifs, entre les deux tours, de Manuel Valls, Jean-Michel Baylet, Ségolène Royal et, «à titre exclusivement personnel», d’Arnaud Montebourg, plaçaient évidemment Hollande en position très favorable face à sa rivale, même s’il n’y avait que Jean-François Copé, désireux de minimiser la victoire du futur challenger dimanche soir, pour affirmer qu’il aurait pu «aller jusqu'à 65% ou 70%». Souvenir de l’élection de 2008, où les ralliements successifs de Bertrand Delanoë (25%) et Benoît Hamon (23%) n’avaient permis à Aubry que d’atteindre de justesse les 50%.

Avant le second tour, l’équipe de la première secrétaire misait sur deux facteurs pouvant conduire à une nouvelle courte victoire: des reports de voix favorables des candidats éliminés et un afflux au second tour d’électeurs n’ayant pas voté au premier, et qui se prononceraient majoritairement en faveur de la maire de Lille.

Le premier espoir était par exemple entretenu par un sondage OpinionWay du 14 octobre [PDF] sur les reports de voix: ses chiffres, à prendre avec des pincettes car portant sur l’ensemble des sympathisants de gauche et non pas seulement sur les personnes ayant voté au premier tour, attribuaient deux tiers des voix Royal, la moitié des voix Montebourg et un tiers des voix Valls à Aubry. Le second espoir était attisé par l’espoir d’une dynamique amorcée par le dernier débat, qui avait attiré 5,9 millions de téléspectateurs, et les nombreux commentaires favorables à Aubry du côté d’Europe Ecologie-Les Verts, le nouveau sénateur Jean-Vincent Placé affirmant samedi, après avoir regardé France-Galles en sa compagnie, que l’électorat vert se «mobilisait beaucoup» en sa faveur.

Logique mathématique

Des espoirs qui ont donc été démentis par le résultat final, d’une logique presque mathématique par rapport à celui du premier: transposé sur 100 voix, le rapport de forces 39/30 du 9 octobre donne déjà 56/44 et, selon nos estimations, François Hollande a justement recueilli plus de 57% des voix des électeurs qui avaient voté pour les éliminés du premier tour ou n’avaient pas voté. [1]

Du côté des reports de voix, ceux des électeurs de Montebourg sur Hollande semblent avoir été légèrement moins bons que ceux des électeurs de Royal, qui elle avait donné une consigne de vote collective en appelant à «amplifier» le résultat du premier tour. Outre-mer et dans les départements de la région Poitou-Charentes, ou son ex-compagne faisait ses meilleurs scores au premier tour, Hollande réussit des progressions importantes: de 44% à 72% dans les Deux-Sèvres, de 41% à 67% dans la Vienne, de 44% à 68% en Charente, de 40% à 66% en Charentes-Maritimes…

En revanche, il reste sous la barre des 60% dans les départements des vallées de la Saône et du Rhône, là où Arnaud Montebourg a réalisé ses meilleurs scores. Même si, dans sa croisade pour le vote personnel, le député de Saône-et-Loire a convaincu, si l’on en croit un sondage BVA, la majorité de ses électeurs (50% contre 45%, pour 47% contre 41% pour Royal)… et ceux de son bureau de vote: dans la petite ville de Montret, où il avait réalisé un score quasi-soviétique au premier tour (113 voix sur 118), Hollande recueille 71 voix et Aubry 32…

Pour chaque département, le chiffre obtenu est égal au nombre de voix supplémentaires obtenu par Hollande au second tour divisé par celui du nombre de votants auquel on a retranché les voix Hollande et Aubry du premier tour (cliquer sur la carte pour l'agrandir).

«Leur nombre n'a pas suffi»

En ce qui concerne les nouveaux électeurs du second tour, que la plupart des remontées des fédérations et des bureaux de vote situaient entre 10% et 20%, une analyse détaillée de la carte électorale permet de se rendre compte qu’ils ont probablement évité une défaite plus large à Martine Aubry: sur les zones où la participation a augmenté de plus de 10% au second tour (Outre-mer, Normandie, Nord-Pas-de-Calais, Champagne-Ardennes, Franche-Comté, Picardie…), Hollande est sur une dynamique et un score moyen inférieurs à sa dynamique nationale, même s'il y conquiert toujours légèrement plus de voix entre les deux tours qu'Aubry.

Hausse de la participation entre les deux tours, en % (cliquer sur la carte pour l'agrandir)

Mais ces nouveaux électeurs étaient de toute façon loin d’être assez nombreux pour renverser la situation au profit d’Aubry: si la participation globale a augmenté de 195.000 votants (+7%) entre les deux tours —la Saône-et-Loire de Montebourg est le seul département où elle est en baisse (-4%)—, le chiffre des nouveaux électeurs, supérieur en tenant compte des votants du premier tour réfugiés dans l’abstention, est bien inférieur à l’objectif que s’était fixé son équipe de campagne. Un phénomène qui a donné lieu à une des rares piques de la soirée de Hollande, lors de son discours à ses militants à la Maison de l’Amérique Latine: «J'ai compris qu'ils [les électeurs écologistes, ndlr] voulaient s'immiscer dans nos débats... Leur nombre n'a pas suffi.»

Jean-Marie Pottier

[1] Pour arriver à ce chiffre, nous avons divisé le nombre de voix supplémentaires obtenu par Hollande au second tour (569.601) par celui du nombre de votants auquel on a retranché les voix Hollande et Aubry du premier tour (996.771). Cette statistique ne tient en revanche pas compte de la possibilité, évoquée par les sondages, de votants passant de Hollande à Aubry ou vice-versa entre les deux tours. Revenir à l'article

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (944 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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