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Hollande vainqueur, l'élan avant la bataille

Jean-Marie Colombani, mis à jour le 28.10.2011 à 15 h 01

La victoire de François Hollande à la primaire socialiste n'est pas une bonne nouvelle pour Nicolas Sarkozy. Mais il reste 200 jours avant le 6 mai 2012.

Devant le siège du PS rue de Solférino à Paris, le 16 octobre 2011. REUTERS/Gonz

Devant le siège du PS rue de Solférino à Paris, le 16 octobre 2011. REUTERS/Gonzalo Fuentes

Il n’était pas dit que la primaire remplirait son office, à savoir donner de l’élan à celui ou celle qui porterait les couleurs de la gauche, face à Nicolas Sarkozy. Le premier tour avait certes été salué comme un succès, grâce au nombre de participants (2,6 millions) et par la qualité des débats qui avaient vu les 6 candidats porter, au-devant des Français, l’énoncé des problèmes du pays et les solutions qu’ils proposaient.

Mais on avait un peu vite déduit des résultats du premier tour que le résultat final serait serré. Le risque était donc grand que le vainqueur soit privé de l’élan nécessaire et de cette légitimité que le Parti socialiste avait choisi de remettre entre les mains de celles et ceux qui voudraient, à cette occasion, se reconnaître «dans les valeurs de la gauche»

Le succès de François Hollande clôt le débat par la netteté de l’écart qui le sépare de Martine Aubry. Les concepteurs de ce processus, et notamment Olivier Ferrand et son think tank Terra Nova auquel s’était associé Arnaud Montebourg, peuvent donc dire: mission accomplie! Et ce, au-delà même de leurs espérances, tant l’organisation et le succès de cette primaire ont perturbé la droite.

Processus moderne applicable à la droite

On est en effet passé d’une dominante où la primaire était censée semer le désordre à gauche et profiter à la droite, à une séquence majoritairement appréciée par les Français et qui a semé le désordre à droite. A aucun moment, en effet, les partisans de Nicolas Sarkozy n’ont su adopter une ligne claire entre Jean-François Copé qui persiste à minimiser la portée de cette consultation, et François Fillon qui, au contraire, a aussitôt jugé le processus moderne et donc digne, dans l’avenir, d’être appliqué par une UMP qui avait prévu ce type de consultation dans ses statuts.

Et pour finir, Nicolas Sarkozy lui-même qui invoque les mânes du général De Gaulle au nom de la condamnation du «régime des partis», alors même que cette primaire permet aux électeurs de se substituer au parti, dans une démarche que l’on pourrait très bien qualifier de gaullienne.

L’élan donc est d’autant plus nécessaire que la vraie bataille va pouvoir commencer. Et que l’adversaire se nomme Nicolas Sarkozy, lequel n’est jamais plus à l’aise que le dos au mur. Ce dernier, il est vrai, aurait préféré affronter Martine Aubry. Parce que le clivage eût été plus facile à dessiner et les arguments, pensait-il, plus aisés à élaborer. Ne serait-ce que parce que Martine Aubry s’étant positionnée comme l’adepte d’une gauche dure, elle pouvait détourner l’électorat du centre de sa tentation d’abandonner Nicolas Sarkozy et de se rallier à l’idée de l’alternance.

Or, c’est bien l’électorat du centre qui, comme toujours en France, fera la différence. A priori donc, le succès de François Hollande et sa clarté sont une mauvaise nouvelle pour Nicolas Sarkozy. Il interrompt une série de bonnes nouvelles qui avaient nom Nicolas Hulot, Jean-Louis Borloo et, croyait-on aussi, Arnaud Montebourg. En fait, ce dernier était réputé pouvoir décentrer le PS vers des positions maximalistes qui auraient constitué, après les retraits de Nicolas Hulot et Jean-Louis Borloo, autant de bonnes nouvelles pour le Président.

Expérience de laboratoire

Or, Arnaud Montebourg n’a pas été l’arbitre de ce second tour. En revanche, le ralliement de Ségolène Royal et les arguments qu’elle a utilisés –donner de la force au vainqueur du premier tour– ont été plus importants et plus efficaces.

Il y avait en dans cette primaire une expérience de laboratoire. Par le caractère inédit du processus que seule auparavant la gauche italienne avait expérimenté avec succès. Mais aussi parce que deux stratégies s’affrontaient. L’ironie est que l’une et l’autre se réclamaient d’une même inspiration mitterrandienne. L’une, celle de François Hollande, dont il faut rappeler qu’il l’avait entamée il y a deux ans, alors même que la perspective était celle d’une candidature de DSK, a consisté à jouer sur le couple présidentiabilité/responsabilité.

Il a donc aussitôt pris la posture de celui qui, par delà son propre camp, s’adresse au pays et lui propose une ambition: celle de réconcilier ce pays avec sa jeunesse. D’où l’importance symboliquement forte de la mesure consistant, à travers le contrat de générations, à mêler l’embauche des jeunes avec le maintien des seniors dans l’entreprise.


François Hollande : "Le contrat de génération" par repondreagauche

Mesure contre laquelle Martine Aubry avait cru bon de focaliser sa critique sur le thème «mais ça n’a jamais marché», évoquant ainsi maladroitement la pire des formules qu’ait jamais employée François Mitterrand, lorsqu’il avait dit à propos du chômage: «On a tout essayé»…

Martine Aubry posait une stratégie de parti, à partir de l’alliance qu’elle avait nouée au congrès de Reims avec la gauche du PS, et qu’elle a cru pouvoir dupliquer en élargissant aux écologistes, auxquels elle avait concédé sans discuter leur mot d’ordre («sortir du nucléaire»).

Dans ce face-à-face, le plus mitterrandien, au bon sens du terme, a donc été François Hollande. «La justice, la justice!», a-t-il martelé pour résumer son propos, lors de l’émission l’opposant à une Martine Aubry qui, elle, répondait «une gauche forte»…

«Justice» contre «gauche forte»

L’aspiration à la justice et à l’égalité de traitement, c’est sans doute demain en effet ce que la gauche, si elle revient au pouvoir, pourra offrir de mieux aux Français. Alors que, après 5 années qui auront été vécues comme le mandat d’une droite dure, leur proposer une gauche d’une égale dureté n’était certes pas de nature à séduire le plus grand nombre.

D’autant que les Français savent bien que la crise est là et que chaque jour qui passe réduit les marges de manœuvre des futurs gouvernants. De ce point de vue-là encore, François Hollande a peut-être été le plus prudent mais, ce faisant, il a été le plus proche de ce que sera la vérité des comptes au soir du 6 mai 2012, si c’est lui qui l’emporte.

A ce stade bien sûr le regard est biaisé. Nous sommes encore loin de l’échéance: il reste environ 200 jours avant l’élection présidentielle, et tout peut encore arriver, comme c’est l’usage en politique. Nous regardons donc la situation dans l’instant. Et dans l’instant, il est vrai, une majorité de Français souhaite remercier Nicolas Sarkozy, et une égale majorité aspire à l’alternance et que celle-ci devrait donc favoriser les chances de François Hollande.

Le coup du loup

Néanmoins, ces mêmes Français n’ont guère confiance dans les solutions qui sont proposées par l’un ou l’autre camp, tant l’inquiétude et la peur dominent. François Hollande aura donc besoin de tout son talent politique, qui est grand, pour convaincre qu’il peut apporter du mieux et du consensus face à une crise qui reste d’une extraordinaire gravité.

En attendant, pour la petite histoire, on s’amusera de ceci. Martine Aubry a cru bon, entre les deux tours, d’attaquer avec une rare inélégance son camarade-adversaire: «Il est flou», a-t-elle dit en substance, avant de citer sa grand-mère qui lui disait: «Quand c’est flou, il y a un loup», nous invitant ainsi à chercher le loup, donc les mensonges. 

Au soir du 16 octobre, il lui faudra en tous cas concéder qu’il n’y avait aucun loup dans le verdict des électeurs.

Jean-Marie Colombani

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