Sports

Galles-France: une décision, deux poteaux et des demis

Slate.fr, mis à jour le 16.10.2011 à 0 h 22

Quelques réflexions sur la demi-finale Galles-France...

A Auckland, le 15 octobre 2011. Mike Hutchings / Reuters

A Auckland, le 15 octobre 2011. Mike Hutchings / Reuters

«A tough decision»

En voilà une qui devrait faire date. 18e  minute de la première demi-finale de la Coupe du Monde 2011. Touche française, Julien Bonnaire en 3e sauteur dévie le ballon sur son demi de mêlée qui donne  hauteur à Vincent Clerc. Sam Warburton se dresse sur sa route pour sanctionner la naïveté de l’initiative française: plaquage cathédrale, Alain Rolland sort le carton rouge.

Le  «plus français des arbitres irlandais» vient de prendre une décision décisive. Selon la règle officielle, «soulever (lifting) un joueur du sol et le laisser tomber ou le pousser vers le sol alors que ledit joueur a toujours les pieds en l’air de telle sorte que sa tête et/ou le haut de son corps heurte le sol est un acte de jeu dangereux».

Un acte de jeu dangereux peut-être sanctionné d’une pénalité, d’un carton jaune ou rouge. L’arbitre doit donc interpréter la règle, juger du degré de gravité de la faute commise. Au regard des images, Alain Rolland ne consulte pas son arbitre assistant, et exclut le capitaine gallois, sûr de son fait.  Depuis février 2010, l’IRB a insisté sur la nécessité de sanctionner avec sévérité ce genre de comportements dangereux, ce qui valide la décision de l’arbitre.

Expérimenté, il connait  la conséquence de son choix privant certainement les Gallois d’une finale de Coupe du Monde. Alain Rolland a suivi les indications de sa hiérarchie. Ont-elles joué un rôle dans le pire match de l’histoire d’une phase finale de coupe du monde? Ou était-ce le panache et la maladresse d’un pays de Galles qui l’ont empêché de vulgairement gagner «à l’anglaise» face à une équipe de France d’une fébrilité adolescente mais remarquable en défense dans les dernières minutes.

Simon Battaglia

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Alcool

On pourrait commenter  court. Du genre parole d’ivrogne. Ou encore: Qui a bu boira. Sans oublier le sempiternel des gagne petits: qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse. C’est que ce match avait une dimension expérimentale historique: il s’agissait de la première confrontation mondiale entre l’abstinence et la tradition de l’alcoolisation récurrente qui colle tant à la peau du rugby.

Le camp gallois avait eu le cran d’afficher son vœu de sobriété collective. Soudain déguisé en Jean Dujardin le sélectionneur français n’avait, nous dit-on, trouvé d’autre remède que celui de réunir ses troupes déboussolées autour de trois packs de bière.

L’affaire ne pouvait pas manquer de faire jaser. Côté français on s’était amplement gaussé des «porteurs d’eau gallois» et L’Equipe pouvait titrer «Sans modération!» sur sa Une de la veille. C’était donc bien une première d’alcoologie collective organisée sur le pré (Temps: frais; terrain: gras; spectateurs: 58.629).

Que consigner en urgence sur les carnets de la paillasse encore chaude?  D’abord observer un fait majeur: le sevrage  aura eu des effets étrangement ambivalents chez les rouges. Stimulant leur agressivité, elle leur valu l’exclusion (d’ores et déjà affaire d’Etat, voir ci-dessus) du jeune prodige Sam Warburton. 

Puis elle générera un solide appétit collectif de vaincre; fringale grevée par de graves troubles identitaires de la fonction de buteur chez Hook. Au final, tout se passa comme si ces privés volontaires de bière oublièrent qu’ils étaient privés l’un des leurs.

Côté français, la poursuite de la consommation eut pour effet de maintenir le groupe dans une léthargie marquée associée à des symptômes confusionnels récurrents. On attend désormais le pire. Reste ce qui demeurera comme un biais expérimental de taille. Il concerne l’arbitre Alain Rolland, sage courtier de Dublin que tout le monde avait oublié. Ce francophone soudain francophile avait-il ou abusé de la boisson? Sans doute. On ne peut raisonnablement expliquer autrement ce comportement inapproprié qui, à la 18e minute, lui fit sortir de son pantalon un sale carton sanguin en lieu et place d’un autre, anisé.

Jean-Yves Nau

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Poteaux

Il se pourrait que dans les jours qui viennent, David Douillet tente de faire du 15 octobre un jour férié, une fête républicaine en l’honneur du miracle d’Eden Park. Le mythique stade d’Auckland deviendrait alors un lieu de pèlerinage et l’on viendrait embrasser la base de ses poteaux d’acier de 18 mètres de haut qui ont sauvé notre Bleusaille désormais finaliste.

A leur façon, les poteaux de l’Eden Park font partie de l’histoire du rugby. Ceux qui étaient en place en 1979 virent le XV de France triompher des All Blacks. Ils virent les hommes en noir laver l’affront et remporter face aux Français la première coupe du monde, en 1987. L’an dernier, l’ancien joueur et entrepreneur français Frank Mesnel, fondateur de la marque de vêtements Eden Park, a acquis les fameux poteaux, pour le souvenir et pour le symbole, pour en faire des œuvres d’art.

Et leurs remplaçants sont désormais eux aussi dans l’histoire. Car ce sont eux qui ont véritablement sauvé les Français ce samedi, témoignant de l’échec du jeu au pied gallois de James Hook, Stephen Jones et Leigh Halfpenny. À la 59e minute du match, l’ouvreur Stephen Jones a été incapable d’atteindre sa cible, tout comme l’arrière Halfpenny dont la tentative échouait quelques centimètres sous la barre horizontale, cinq minutes avant la fin du temps réglementaire. Les poteaux de l’Eden Park dessinent une fenêtre de 560 centimètres de large, montant entre la barre transversale située à 3mètre de haut, et l’infini.

C’est à ce genre de détails que se joue une finale de coupe du monde, plutôt que des «et si» rétrospectifs imaginant un autre arbitrage. Alors ce n’était peut être pas très joli, mais cela fait désormais partie de l’histoire du rugby. Et encore une fois, les poteaux de l’Eden Park étaient aux premières loges...

Félix de Montéty

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