Life

Le twit'style des People

Jessica Winter, mis à jour le 28.04.2009 à 21 h 23

Comment savoir quelles stars suivre sur twitter?

Twitter a basculé à tout jamais lorsqu'Ashton Kutcher a battu CNN dans la course au million de followers et qu'Oprah Winfrey en a elle gagné 40.000 entre le moment où elle a ouvert un compte et le moment où elle a posté son tout premier tweet. (Et pour jouer la transparence : j'écris pour O, The Oprah Magazine). Twitter est maintenant officiellement un centre névralgique pour les stars, comme n'importe quelle ville où Us Weekly aurait un bureau d'investigation - un endroit où ceux qui y traînent peuvent tomber sur une rupture pas jolie-jolie, ou arracher un autographe personnalisé version Twitter. Ceci dit, la plupart du temps, la plèbe aura plutôt l'impression d'espionner des gens qui échangent des banalités, mais version Twitter : les mêmes humeurs en 140 caractères que les gens non riches et non célèbres, avec des «live reports» sur le contenu de leur assiette, l'atterrissage de leur avion ou cette sieste qui vaut vraiment le coup d'en parler.

Comme c'est souvent le cas offline, le succès commercial - qu'on mesure ici en nombre de followers - n'est pas forcément une preuve de talent. (Miley Cyrus! Tes 300,000 et quelques fans méritent mieux que ça ! Ou ça !) En fait, toutes ces stars tombent à un moment ou un autre dans les pièges typiques de Twitter (nous avons sélectionné quatre exemples). Si certaines le font avec plus de classe que d'autres, comme nous allons le voir, un très petit nombre a réussi à transcender toutes ces embûches et est parvenu à une maîtrise quasi parfaite des 140 caractères, un format plutôt risqué.

Cas n°1 : Le name dropping

C'est plutôt explicite : Lance Armstrong remercie Takashi Murakami pour les fleurs que celui-ci a envoyées. John Lithgow recopie son agenda («90 minutes avec Bill Moyers [mon voisin !] pour son émission, et ensuite, Denzel et Pauletta»). Paula Abdul nous livre en toute sincérité ce qui la pousse à aller voir «17 ans encore» (« Zack [sic] Efron est un ami, il faut absolument que j'aille voir ça »).

Mais il y a plus amusant: les tweets qui suggèrent une relation dominant/dominé parmi les célébrités. Jane Fonda a l'air d'une lycéenne qui aurait été invitée à s'asseoir à la table des gens cools lorsqu'elle tweet «C'est trop génial!! Jeff Daniels m'a invitée à les rejoindre lui, Dianne West, et ses amis pour dîner après nos pièces.» Courtney Love aussi aime beaucoup le name dropping - mais c'est beaucoup moins mignon que Jane Fonda - puisqu'elle s'en sert pour réaffirmer sa position plutôt bancale de star. Il est cependant difficile de démêler le vrai du faux parmi tous ses tweets qui fleurent bon la diffamation et la délation, ou bien la solidarité «nous contre le reste du monde» (elle et Sean « P. Diddy » Combs sont des habitués des «poursuites judiciaires abusives», et elle a en commun avec Sharon Stone les femmes de ménage kleptomanes).

Cas n°2 : Le «status update» trop littéral

Vanessa Hudgens est réveillée. Lance Armstrong s'entraîne. Lindsay Lohan n'est pas dans son assiette («j'ai perdu mon téléphone... dans ma propre maison. Pas cool»). Nicole Richie a envie d'un burrito. Non qu'on ne ressente pas une certaine émotion en lisant que Nicole Richie a envie d'un burrito, un peu comme ce frisson de plaisir qui nous traverse malgré nous alors qu'on est plongé dans la lecture de Stars: They're Just Like Us! (ndlt : une rubrique people du magazine américain Us Weekly) dans la queue du supermarché. Et alors que Nicole Richie vous informe pour la troisième fois qu'elle a envie d'un burrito, vous commencez à vous demander pourquoi elle vous raconte ça, et pourquoi vous lisez, et pourquoi vous êtes en train de vous demander pourquoi vous lisez, et ce qui vous a poussé - parmi tout ce qui a jamais été écrit depuis la nuit des temps - à choisir le RSS du Twitter de Nicole Richie, et soudain vous vous rendez compte que Nicole Richie a déclenché une crise existentielle en ouvrant votre boîte de Pandore perso - votre burrito de Pandore.

 

Cas n°3 : La grande question

La fenêtre «statut» de Twitter est toujours, toujours vide, n'en a jamais, jamais assez, et son curseur qui clignote donne à certaines stars le sentiment trompeur qu'elles peuvent se prendre pour Andy Rooney et copier ses fameuses associations libres. «Qui a décidé que les slips roses étaient roses?», a récemment demandé Ashton Kutcher. «Pourquoi pas les slips oranges ou les slips bleus?» Lorsqu'un passionné de théâtre a été surpris sur Twitter en train d'affirmer qu'il «connaissait» Jane Fonda, l'actrice s'est arrêtée pile au croisement entre la sémantique et l'épistémologie, et a posé la question suivante «C'est génial dis donc, sauf que, que veut réellement dire connaître de nos jours?»

D'autres célébrités utilisent Twitter comme un service de crowdsourcing. Ludacris refait le rapport Kinsley («qui préfère faire l'amour la journée?»). Le gourmand Shaquille O'Neal cherche l'approbation, et du soutien moral : «S'il vous plaît, est-ce que je peux faire une entorse à mon régime et aller à la crèmerie. Queen steuplaît steuplaît steuplaît». P. Diddy fait des sondages sur la réincarnation («Ptwitty question du jour !!!!! si vous deviez vous réincarner en animal, lequel aimeriez-vous que ce soit ? Et pourquoi ??»). Ces bouteilles jetées à la mer sonnent parfois faux - est-ce que P. Diddy se soucie vraiment des animaux-totems de ses followers? L'exception c'est Shaq, qui s'applique à entretenir une correspondance assidue avec ses fans sur Twitter - une caractéristique qu'il partage avec Ashton et Demi, les tweeters les plus acharnés de tout le show business - et c'est plutôt convaincant, et touchant.

Cas n°4 : Le discours de motivation

Parce que le nombre de signes limité est parfaitement adéquat aux aphorismes et autres affirmations qui finiraient autrement brodées sur un coussin, Twitter réveille des vocations bien cachées chez certaines stars, comme celle de coach de vie pour P. Diddy qui exhorte ses lecteurs à «LOCK IN !!» (sa version perso du slogan « Just Do It »). La technique de Demi Moore, ce sont plutôt les devises  («il est primordial de toujours avancer, d'apprendre du passé, de saisir les belles opportunités et créer vous-même ce que vous désirez tout de suite!») mais aussi montrer l'exemple : elle est toujours tellement gentille même avec ses détracteurs les plus insultants que son feed est le symbole même d'une personnalité passive-agressive mais joyeuse. John Mayer, lui, a l'air d'être en permanence à la recherche de nouveaux slogans pour ses posters de motivation, comme cette fois où il a tweeté «Je viens de boire une bière avec l'inconnu, et en fait c'est vraiment cool si vous la fermez et que vous écoutez ce qu'il a à dire». Ou encore : «1. Prenez votre peur entre quatre yeux. 2. Demandez-lui si ce serait si terrible qu'elle existe vraiment. 3. Demandez-lui 'et ALORS ?' Il y a des chances pour que vous lui ayiez coupé le sifflet, à votre peur.» Et après, M. Mayer dément fumer de l'herbe.

De toute évidence, faire partie du club des meilleurs tweeters célèbres dépend de votre réussite à vous détacher ou non de ces quatre cas typiques - en gros, éviter de devenir M. Motivation ou Le Name Dropper, ou Celui qui prend tout le temps l'avion. La star qui a accompli cet exploit de manière totalement inédite n'est en fait pas du tout une star. Le compte du faux-Christopher Walken offrait non seulement la fraîcheur du néophyte venant tout juste de débarquer sur Twitter, mais avec cela de plus que chaque tweet réussissait à traduire parfaitement la Ding an sich de la Walken-attitude à travers des haïkus célébrant des épiphanies quotidiennes. («Alors que je remplissais les mangeoires des oiseaux, un écureuil m'observait et attendait patiemment. Ce sentiment que tout leur est dû, dans ce jardin, découle de ma propre attitude.»)

Pour les lecteurs qui préfèrent la fiction, Brent Spiner (un acteur un peu culte, il jouait Data dans Star Trek: The Next Generation) raconte ses séances de thérapie à la clinique fictive «Betty White», qui ont pour but de relancer sa carrière d'acteur. Plus récemment, Spiner (ou plutôt son personnage sur Twitter) a entamé une relation énigmatique et vaguement glauque avec sa voisine de palier, la mystérieuse (et garce) Amber. Spiner a un vrai don pour les détails (et le name dropping - il a repéré James Woods dans la salle de jeu de la clinique Betty White, et ensuite ils ont regardé «Girl, Interrupted» ensemble), et ses tweets ont parfois le doux parfum de l'illogisme serein Walkenesque.

D'autres tweeters célèbres se sont contraints eux à ne pas dépasser les limites de la taxinomie, et réussissent pourtant à se renouveler. Bien que David Lynch ne renierait pas un «Je me prépare à partir pour l'aéroport» de temps en temps, à l'inverse de ses camarades, il a compris qu'on pouvait tout à fait poster des tweets un peu bizarres, drôles, poétiques. En plus des fréquentes prévisions météos et autre vidéo souvenir étrange, il arrive que le réalisateur et professeur de méditation poste par exemple une citation extraite du Bhagavad Gita ou une très spontanée «Pensée du jour», comme «On ne peut pas se battre contre la mairie» ou «Un lac ancien. Des grenouilles sautent. Plouf !» (La puissance transcendantale des «Pensée du jour» de Lynch est démultipliée dès lors qu'on l'imagine les réciter en agent du FBI malentendant, rôle qu'il incarnait dans Twin Peaks.)

De même, il est techniquement aisé de ranger Russell Brand dans un des stéréotypes Twitter. Sauf que ces stéréotypes, il les retourne, les déshabille, et leur met un boa et une tenue SM. Voici par exemple le name dropping façon Brand: « @jimmyfallon Maintenant que je t'ai trouvé, je vais te suivre. Partout. Imagine le film Ne vous retournez pas, sauf que le nain aurait une érection.» Et voici un Twitter autographe façon Brand : «@Rebbecasaurus C'est comme si tu faisais de la plongée sous-marine dans du miel rose.»  Et quand il boit une bière avec l'inconnu, ça donne ça : «Si nous nous détachons du matériel nous deviendrons des êtres éclairés et nous vivrons alors dans un éternel et perpétuel orgasme - imaginez un peu le bordel.» Et enfin, Russel Brand qui va se coucher : «Je m'en vais me gargariser aux oestrogènes jusqu'à devenir un cyborg du troisième sexe - et nous verrons à ce moment-là qui devra quitter le pays. BONNE NUIT. »

Qu'il soit en train de méditer sur Morrissey, son chat «ultra autoritaire» (dont il compare les problèmes à ceux d'une «danseuse exotique accro à la meth»), ou faire un pacte avec ses collègues tweeters («Ceux d'entre que je ne suis pas sur Twitter, je les suivrai dans la vraie vie, je resterai planté devant votre fenêtre et je prendrai vos selles en photos»), Brand a parfaitement saisi que Twitter pouvait être plus qu'un outil de promo, un journal intime, ou une façon d'interagir-mais-pas-trop avec la plèbe. Il est conscient que tout ceci est un show - donc une occasion pour lui d'être créatif - qui se suffit à lui-même. En d'autres termes, comme ses autres compères stars, Brand tweete à propos de ses projets en cours, de ses fans, de ses amis célèbres, poste même de sages conseils à notre attention. Et il tweete aussi pour dire qu'il va se coucher. Mais - et c'est bien ce qui le distingue de tous - il est le seul à faire tout ça en invoquant l'image mentale de Noam Chomsky en bikini couleur chair.

Jessica Winter

Cet article, traduit par Nora Bouazzouni, a été publié sur Slate.com le 22/04/2009

crédit: Reuters, Ashton Kutcher face à Cameron Diaz, Los Angeles, mars 2009
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