Les grands bordeaux n'ont plus la cote en Chine

La dégringolade des prix a surpris les négociants des grands crus classés.

A Shanghai en juin 2011. REUTERS/Carlos Barria

- A Shanghai en juin 2011. REUTERS/Carlos Barria -

Les ventes de crus classés sont en train de subir, de plein fouet, la brutale désaffection chinoise pour les vins stars de Gironde. Lors de la grande vente aux enchères de maîtres Lombrail et Teucquam à la Varenne-Saint-Hilaire (94210) le 7 octobre (1.000 lots), en présence de l’expert auprès des tribunaux Claude Maratier, la décote des rouges du Château Lafite, le Pauillac mythique de la famille Rothschild, a atteint 50% de moins que les prix affichés avant l’été. Une désescalade imprévue, cinglante pour les négociants et revendeurs français en affaires avec des «wine merchants» de Hong Kong, Pékin et Shanghai.

Selon les prix obtenus par les commissaires priseurs, le Lafite 1998, excellente année, est tombé de 1.000 euros à 520 euros, le Lafite 1970 à 310 euros, le 1991 à 410 euros contre 700 euros en juin, le 1988, millésime remarquable à 600 euros n’a pas trouvé preneur, et les Carruades 2000, second vin du premier cru classé, propulsé vers les sommets comme Lafite, a coté 120 euros contre 300 euros: un prix très surfait. Jamais un œnophile européen n’irait jusqu’à cette somme pour un Pauillac sans génie.

De même, les grands crus comme Mouton Rothschild, Margaux, Haut-Brion Latour, Cheval Blanc et Ausone sont revenus à des tarifs décents: le Haut-Brion 1983, année bien constituée, n’a pas dépassé 170 euros, une affaire. Le Pessac Léognan appartenant au prince de Luxembourg qui vit au château cher à Talleyrand, propriétaire en 1800, n’est jamais tombé aussi bas.

Pour nombre de connaisseurs dont François Audouze, le plus important collectionneur français (40.000 bouteilles dans sa cave), Haut-Brion est, sur le temps, le plus majestueux, le plus accompli des grands Bordeaux, rival de Pétrus à Pomerol.

«Cette désaffection inscrite dans les faits et les chiffres d’aujourd’hui s’explique par le vent mauvais de la crise financière, touchant les établissements financiers chinois», explique Claude Maratier, contemplant les bouteilles de Château d’Yquem 1995, cédées à 160 euros le flacon, une aubaine.

«Les Chinois sont très sensibles aux aléas de l’économie. Ils réagissent, ils protègent leurs avoirs et freinent les achats de grands crus. Les revendeurs présents à notre dernière vente aux enchères achetaient pour d’autres pays comme la Suisse, la Grande-Bretagne, les Indes ou le Brésil: les pays émergeants restent présents sur les marchés des vins français, inégalables.»

Seule la légendaire Romanée Conti, 5.400 bouteilles par vendange, tire son épingle du jeu. Le 1973, millésime moyen, coté 3.500 euros, prix habituel, est parti à 2.870 euros, plus 23% de taxes légales –pas de chute. Le très grand rouge, aux arômes de rose fanée, d’une extraordinaire longueur en bouche, demeure un cru de légende, de si faible production que tous les amateurs de la planète en veulent, ce qui fait grimper les prix.

Il reste que le désengagement de la Chine affecte aussi des bordeaux de plus modeste origine: le Château Gruaud Larose 1994 à 40 euros, l’admirable Haut-Bailly 1990 à 70 euros et le Château Figeac 1988, rival de Cheval Blanc en plus charmeur, à 50 euros, et ces vins peuvent évoluer, s’affiner en cave: le temps doit faire son œuvre.

  • Prochaine vente aux enchères Lombrail-Teucquam et Maratier: les 18 et 19 novembre à La Varenne-Saint-Hilaire, 21 avenue de Balzac. Catalogue de l’expert: 01 55 12 01 62.

Foires aux vins (suite et fin)

Monoprix

Première vendange 2010, le gamay fruité, coulant d’Henry Marionnet, pur plaisir, 8,90 euros. Clos des Rocs 2010, le blanc sec de Macon Loché signé d’Olivier Giroux, un chardonnay de classe, 7,50 euros. Château de Fieuzal 2006, un remarquable Pessac Léognan à passer en carafe, 21,90 euros. Château Brane Cantenac 2003, un Margaux mûr, bien constitué, élégant, pour les fêtes, 45 euros. Champagne Gobillard, un excellent blanc de blancs élu par le jury gourmet. 17,90 euros.

Simply Market

Château La Tour Carnet 2009, le cru classé du Haut-Médoc relancé, dynamisé par le patriarche Bernard Magrez, bon prix, à faire vieillir, 24,95 euros. Les Fiefs de Lagrange 2009, le second vin d’un admirable Saint-Julien, beau millésime de garde, 17,50 euros. Château Sociando Mallet 2009, le Haut-Médoc recherché de Jean Gautreau, un as de la vinification, 29,95 euros. Château Haut Marbuzet 2009, le cru bourgeois de Saint-Estèphe élevé, bichonné par Henri Duboscq, propriétaire mythique, pour la garde, 32,95 euros. Champagne Baron-Fuenté, un brut minéral, au bouquet épicé, bon prix, pour les fêtes, 14,84 euros.

Nicolas

Les Tourelles de Longueville 2007, le deuxième vin d’un grand cru Pichon Longueville, finesse et puissance, 30 euros. Fleur de Clinet 2008, le cadet du Château Clinet, un savoureux Pomerol, 31 euros. Château Cantenac Brown 2007, un cru classé de Margaux, agréablement boisé, à carafer, pour les fêtes, 46 euros. Chablis 2009, domaine Long Depaquit, fraîcheur minérale, amande et fleurs blanches, long en bouche, 10,95 euros, une affaire. Côtes de Nuits Village 2008 de Pierre André, arômes de griotte, épicé, fondu, pour du gibier et des viandes rouges. 14 euros.

Nicolas de Rabaudy

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L'AUTEUR
Nicolas de Rabaudy est le critique gastronomique de Slate.fr Ses articles
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Publié le 16/10/2011
Mis à jour le 16/10/2011 à 9h13
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