Economie

Plus de temps partiel, moins de chômage?

Stéphanie Villers, mis à jour le 15.10.2011 à 9 h 09

L'équation est difficile. En France, le travail à temps réduit souligne surtout les inégalités hommes-femmes. Mais l'exemple des pays du Nord laisse penser que c'est une solution pour réduire le chômage.

Clocks / blue2likeyou via FlickrCC License by

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5 millions de Français travaillent à temps partiel.  Depuis vingt-cinq ans, la part de l’emploi à temps partiel augmente graduellement –en phase avec l’augmentation de la participation des femmes dans la population active. Cette forme d’emploi représente aujourd’hui près de 18% de l’emploi total. 83% des employés à temps partiel sont des femmes. Cette flexibilité du temps de travail permet de concilier les exigences de la vie professionnelle avec les impératifs de la vie familiale. Plus d’un tiers des femmes actives travaillent à temps partiel.

Les mères de famille ont, au fil des années, été nombreuses à avoir retrouvé le chemin de l’emploi grâce à cette alternative. Les statistiques de l’Insee le démontrent, la proportion de temps partiel chez les femmes actives vivant seules n’excède pas 20% mais elle passe à 35% chez les femmes en couple avec des enfants. Elle atteint même plus de 45% chez les mères de trois enfants. Le temps partiel constitue donc sans équivoque une solution pour les femmes avec enfants désirant à la fois prendre soin de leur famille et conserver un pied dans l’entreprise.

L’envers du décor

Pour autant, les actifs à temps partiel ne constituent pas une population homogène. Pour l’économiste Rachel Silvera, «le travail à temps partiel est loin d’être homogène, entre la caissière à temps très réduit et la fonctionnaire à 80%, on sait que les logiques sont différentes: d’un côté, un emploi créé à la demande d’une entreprise, de l’autre à la demande du salarié. Il existe toutefois des caractéristiques communes: un salaire partiel, des promotions partielles, des évolutions de carrière ralenties et des retraites partielles». Pour de nombreux «bénéficiaires», ce type de contrat reste une solution précaire.

Selon l’Insee, la moitié des salariées à temps partiel percevait, en 2006, un salaire mensuel net inférieur à 764 euros. Ainsi, d’après un rapport du Conseil économique et social (CES) sur «les femmes face au travail à temps partiel», un tiers environ des femmes concernées subissent plus qu’elles ne choisissent ce mode d’activité, le «choix  étant souvent contraint par le partage inégal des tâches dans la famille et l’insuffisance des dispositifs permettant l’articulation entre vie professionnelle et vie familiale». Et Marie-Jo Zimmermann, députée UMP, d’ajouter, «en 20 ans, le temps accordé par les hommes aux tâches ménagères a augmenté de huit minutes».

Nombreux sont ceux qui dénoncent cette inégalité empêchant les femmes de s’investir pleinement dans leur vie professionnelle. C’est d’ailleurs un des thèmes de campagne de Martine Aubry qui vise à s’engager vers l’égalité professionnelle: «Entre le plancher collant de la précarité, des temps partiels et le plafond de verre, les femmes restent très largement discriminées dans le monde du travail. Les chiffres sont effarants. L’absence de volonté politique également. L’égalité professionnelle sera une priorité de 2012: c’est une des conditions pour atteindre l’égalité dans tous les autres domaines.» (François Hollande a de son côté également signé le «Pacte pour l'égalité», NDLE)

Car les conclusions du rapport du CES sont sans équivoque sur cette forme de travail:

«Le travail à temps partiel alimente les inégalités entre les femmes et les hommes: inégalités de revenus présents, donc de retraites futures, aggravées en cas de divorce ou de veuvage, moindres carrières...»

Le résultat des politiques passées

Sur les deux dernières décennies, en France, le travail à temps partiel a été considéré comme  la solution à la crise de l’emploi et s’est fortement développé sous l’impulsion de politiques incitatives. C’est pour répondre aux besoins des entreprises qui réclamaient davantage de flexibilité de l’emploi que les gouvernements successifs ont pris des mesures visant à encourager la croissance du travail à temps partiel. L’expansion de cette forme d’emploi n’est que la résultante des politiques menées depuis le début des années 1990.

Mais le temps partiel n’est pas a priori la meilleure des solutions, quoiqu’en disent les fervents défenseurs de cette forme d’emploi. On pense bien évidemment aux entreprises du secteur de la distribution et des services. En revanche, comme le fait remarquer justement Paul Mortimer Lee, un économiste anglo-saxon,  «vaut-il mieux un emploi à temps partiel ou un chômage à temps complet?»  La question se pose en effet dans un contexte où le marché de l’emploi reste invariablement atone.   

Copier le modèle scandinave

Au sein de l’Union, le recours au temps partiel reste très variable: de 4,6% en Grèce à 45,6% aux Pays-Bas. Globalement, on distingue les pays du Sud, caractérisés par un taux d’activité féminine inférieur à la moyenne européenne et un taux de temps partiel assez faible, et les pays d’Europe du Nord, notamment la Suède et le Danemark, où les taux d’activité féminine et les taux de temps partiel sont bien supérieurs à la moyenne européenne. Les Pays-Bas, qui affichent une part record du temps partiel dans l’emploi total, enregistrent aussi un taux d’emploi très élevé par rapport à la moyenne européenne (77%) et un taux de chômage très faible (4,3% en février 2011 selon Eurostat). Le modèle de la « flexisécurité » des pays scandinaves, qui ont largement favorisé le développement du temps partiel a, sans aucun doute, porté ses fruits. Il faudrait peut-être s’en inspirer en France plutôt que de jeter l’opprobre sur cette forme indispensable d’emploi, le temps partiel.

Stéphanie Villers

Chronique également parue sur Emploiparlonsnet

Stéphanie Villers
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