Oui, une autre démondialisation est possible...
Trois millions d'emplois devraient être relocalisées de Chine vers les Etats-Unis d'ici à 2020. L'inversion de balancier de l'économie mondiale est en cours, la mondialisation aborde une phase nouvelle. Tout va bien, alors? Non.
- Des ouvriers du BTP chinois, lors d'une cérémonie à Huaxi, connu pour être la ville la plus riche de Chine. Octobre 2011. REUTERS/Carlos Barria -
Le plus comique chez les matamores de la politique est quand ils arrivent en général d'opérette pour nous promettre, pompeux, une victoire déjà acquise. Ainsi d'Arnaud Montebourg qui veut «démondialiser». Il ne dit pas d'ailleurs comment le faire sauf de s'entendre avec les Allemands: bonne chance!
Que n'a-t-il été en Chine récemment ou lu la dernière étude du Boston Consulting Group (BCG) qui prévoit une «relocalisation» de 3 millions d'emplois de Chine vers les Etats-Unis d'ici à 2020 en raison des coûts du travail qui vont s'équilibrer. Inversion de tendance vraie pour tous les secteurs ou presque, dit le BCG: l'électronique comme les meubles, le métal comme les pneus. Du coup, le déficit commercial américain vis-à-vis du grand dragon va naturellement se réduire de 360 milliards de dollars en 2010 à 260 milliards à la fin de la décennie. Point n'est besoin d'élever des barrières douanières pour ça...
Le PIB par tête en Chine ne s'élève encore qu'à 25% du niveau des Etats-Unis en moyenne. Mais les régions industrialisées, à commencer par la plus avancée, Shanghai, donnent l'impression d'être déjà «plus développées» que nombre d'Etats américains ou de régions d'Europe. Les autoroutes sont neuves, le train aussi, les tours sont plus belles, tout fonctionne; bref, l'infrastructure est en Chine bien «plus moderne» que sur les rives de l'Atlantique. Un top manager y gagne désormais 250.000 euros par an, autant qu'ici. Le «rattrapage» de l'économie chinoise sur l'occidentale est, vu de Shanghai, déjà achevé. Il est normal que le mouvement de «délocalisation» des emplois vers la Chine se ralentisse, puis, en effet, commence à s'inverser.
L'inversion de balancier de l'économie mondiale est en cours, la mondialisation aborde une phase nouvelle. Tout va bien, alors? Non. Le mouvement devrait en réalité aller beaucoup plus vite et c'est ce qui inquiète. En clair, la Chine n'arrive pas à aborder cette nouvelle phase où son moteur sera moins l'exportation que la consommation intérieure. L'ensemble des mécanismes de pouvoir freine la transformation.
Un bon ouvrier gagne en moyenne 2.500 euros par an, le centième de ce que gagne son patron. L'évolution est rapide, 15% par an, ce qui accroît le turnover: l'augmentation est obtenue souvent en allant voir l'usine d'en face. Pourtant, paradoxe, ces revenus en hausse ne se transforment pas en boom de consommation.
Pékin doit se réorienter
Le manque de systèmes de retraite et de sécurité santé impose aux Chinois d'épargner une large part de leur paie (40% en moyenne, quatre fois plus qu'en France). Pour offrir aussi à leur enfant unique les cours du soir complémentaires devenus quasi-obligatoires (comme ici!). Le tour de passe-passe est que cette épargne est placée dans les banques d'Etat et rémunérée à 3% quand l'inflation est à 6% (au moins).
Les banques survivent grâce à ce gain facile et elles prêtent l'argent aux organismes publics ou aux villes pour construire des infrastructures ou bien encore aux promoteurs immobiliers. Lesquels, corruption aidant, obtiennent des terrains, en expulsent les habitants, et construisent des tours à perte de vue. Tours souvent assez vides.
La croissance de l'économie chinoise repose encore sur ce modèle: l'exportation (10% de la croissance) mais surtout les investissements en infrastructure et en immobilier (45% de la croissance). La part de la consommation est très faible, 35%, et elle baisse depuis dix ans! Les autorités de Pékin savent leur impuissance. «Il y a un manque d'équilibre, de coordination et de solidité dans la croissance de la Chine», a reconnu le Premier ministre, Wen Jiabao, en septembre. Visiblement, Pékin a du mal à imposer le nécessaire changement de modèle aux villes et aux profiteurs du système.
Jusqu'à quand les épargnants ouvriers et employés vont-ils tolérer de se faire gruger 3% de leurs économies par an? Pourquoi la Chine ne met-elle pas plus vite en place un grand système «socialiste» de santé et de retraite? Sans doute pour ne pas alourdir les coûts du travail et accélérer les «délocalisations» dans les pays du Sud-Est asiatique. Le dilemme pour les pouvoirs en place est, on le devine, considérable.
Le monde entier aurait besoin que Pékin arrive enfin à imposer le virage et réoriente son économie sur une croissance intérieure. Pour paraphraser les altermondialistes qui souhaitaient «une autre mondialisation», il faut aujourd'hui souhaiter «une autre démondialisation» que celle des protectionnistes: celle d'un changement en Chine qui soit, comme disait Mao, «favorable aux masses».
Eric Le Boucher
Chronique également parue dans Les Echos
Mis à jour le 15/10/2011 à 9h09
















































Il y a cependant un aspect du problème que vous négligez : on nous a bien expliqué que notre petite planète ne contient pas suffisament de ressources en matières premières et en énergie pour qu'en tout cas la totalité de la population de la Chine puisse se permettre le "niveau de vie américain".
Toutefois, la télévision nous montre aussi de nombreuses villes (Détroit...) et régions des USA où le mode de vie est descendu au niveau "Tiers-Monde tropical"....
Tout va bien tant que la consommation demeure solide chez nous, et grosso modo, crise ou pas , elle demeure le principal moteur à notre croissance à crédit.
Mais quand la cloche de la carte bleue à tout vent va sonner chez nous, le château de carte Chinois va voler en éclats, et pour reprendre un de leurs délicieux dictons qui résume bien la situation, "quand la mer se retire on y voit que les arêtes du poisson".
Au contraire, même si certains le contestent, il faut réhabiliter la concurrence, la libre entreprise, et replacer au coeur du système l'éthique de la responsabilité qui fait défaut dans notre chère France (et pas seulement. Doit-on rappeler que l'Etat américain est à l'origine de la crise des subprimes de 2008 ?).
Enfin, je vous renvoie à un article de qualité écrit par un universitaire sur le sujet. N'hésitez pas à le diffuser et à commenter. http://www.newsofmarseille.com/lentrepreneur-heros-ou-prophete/#comments
Il s'intitule "L'entrepreneur, héros ou prophète?"
Librement votre, eden13.
Quant à la démondialisation, c'est ce qu'on veut bien y apporter. Certains veulent y voir une tentative de retour de l'économie soviétique, d'autres une glorification de l'économie nord coréenne, ce qui est risible.
La protection sociale en Chine regroupe l’ensemble des mécanismes qui protège les individus des conséquences des risques sociaux et est constituée par les fonds suivants : - Assurance vieillesse ;
- Assurance maladie ;
- Assurance chômage ;
- Assurance accident du travail ;
- Assurance maternité, obligatoire pour tous les employés quel que soit leur sexe.
En plus de ces 5 fonds, il existe un fonds pour le logement obligatoire.
Selon l’article 72 de la loi sur le travail révisée en 2008, les employeurs et les employés sont tenus de payer les cotisations sociales en accord avec les pourcentages définis localement (actualisés tous les ans).
Je vous renvoie vers ce lien qui explique le contenu et les conséquences de ces lois, notamment pour les personnes étrangères. --> http://www.lpalaw.com/newsletters-lpa/CHINA/14/1.html
Je suppose que ce n’est pas le genre d’information qui apparaît jusqu’en France « La Chine adopte un système de protection sociale solide ! »