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Comment meurt-on de la grippe?

Charlotte Pudlowski, mis à jour le 01.05.2009 à 12 h 14

A lire avant de s'angoisser inutilement.

Pas une discussion sans que le mot grippe ne soit prononcé ou écrit. Depuis une semaine maintenant, la grippe fait la une des journaux et des sites d'infos, explose sur les réseaux sociaux. On ne peut s'empêcher de penser aux grandes épidémies du XXème siècle, et notamment à la grippe espagnole, au sortir de la première Guerre Mondiale. Le pronostic a complètement changé depuis cette pandémie, elle aussi due à un nouveau virus grippal H1N1: nous disposons d'antiviraux efficaces, d'antibiotiques contre les surinfections bactériennes (qui à l'époque étaient responsables de la moitié des décès). Nous disposons aussi de moyens de diagnostics biologiques sophistiqués et de services de réanimation pneumologique. Surtout nous sommes capables de fabriquer un nouveau vaccin en 4 à 6 mois: essentiel quand on se souvient de ce que la grippe espagnole avait sévit pendant près de 24 mois.

En France, cinq cas de grippe «A» (ex-porcine, ex-Mexicaine, etc) sont désormais qualifiés de «probables» parmi 41 en cours d'examen jeudi. Dont plus de la moitié en Ile-de-France. Aucun cas n'a été confirmé à ce stade, comme l'a rappelé jeudi le Premier ministre. «Nous avons grâce à notre système de santé, grâce à la préparation qui a été faite ces dernières années, tous les moyens pour faire face à la menace, au risque que représente» l'épidémie, a-t-il dit.

Il y a donc, à ce stade de la situation, des chances que cet article ne nous concerne pas: comment la grippe tue!

Il y a en effet plusieurs manières de mourir de la grippe porcine — devenue grippe mexicaine, puis nord-américaine, puis A — comme il y a plusieurs manières de mourir de la grippe classique.

Quelles est la différence entre la grippe classique saisonnière et la grippe ex-porcine?
Sur le plan clinique initial, il n'en existe aucune. Cette grippe n'est pas plus grave en elle-même, elle est plus grave parce qu'elle est inconnue de l'organisme humain. Les personnes déjà vaccinées ne sont pas protégées, car le vaccin n'est plus efficace contre cette nouvelle grippe. Parce qu'il s'agit d'un nouveau virus, donc pour les organismes humaines, des personnes jeunes peuvent décéder de pneumopathie grippale ou de défaillance générale de l'organisme.

D'abord, il y a l'apparition des symptômes. Ce sont les mêmes que ceux de la grippe classique: fièvre, toux, fatigue d'apparition brutale. Peuvent aussi s'ajouter des douleurs musculaires, des articulations, maux de george et maux de tête. Dès que l'on commence à avoir ces symptômes, c'est que le système immunitaire de l'individu commence à réagir violemment au virus. A partir de ce moment-là, les virus qui ont pénétré l'organisme vont doubler toutes les six à douze heures: la maladie se propage très vite.

Pourquoi meurt-on?
La grippe détruit des défenses immunitaires, se surinfecte... Et ce sont ces infections qui tuent. Les personnes âgées et les nourrissons, comme les personnes aux défenses déjà affaiblies (les malades du sida) sont les plus exposés. On peut alors mourir d'infections: après la première Guerre Mondiale, l'épidémie de grippe qui s'était propagée avait irrité et fragilisé les poumons, et nombre de personnes étaient mortes de pneumonies. Les bébés rencontrent des morts subites, par étouffement: la grippe se multiplie dans les poumons et l'air ne passe plus.

Mais il arrive aussi que ce soit la grippe elle-même qui détruise l'organisme. Dans ces cas-là, ce sont chez les organismes les plus solides qui sont les plus touchés. L'organisme, en pleine forme, réagit avec une telle violence qu'il s'auto-détruit dans la guerre engagée contre le virus.

En combien de temps?
Une fois les symptômes déclarés, sans traitement, et si l'organisme ne surmonte pas la maladie de lui-même — ce qui arrive — on meurt en quelques jours.

Meurt-on forcément de la grippe ex-porcine?
Non. Au Mexique, il est probable que les personnes qui en sont mortes aient été diagnostiquées trop tardivement; on croyait à une grippe banale et ensuite il était trop tard pour faire quelque chose. Si un médicament comme le Tamiflu est pris très rapidement, il peut fonctionner. Il est très efficace dans les premières 24 heures après l'apparition des symptômes, un peu moins dans les 48 heures, puis plus du tout après. C'est l'inverse des antibiotiques: plus l'on attend, et plus on diminue ses chances de survie.

Dans un contexte d'épidémie, les symptômes grippaux ont une forte probabilité d'être liés au virus responsable de l'épidémie, en l'occurence le virus H1N1. Dans tous les cas, c'est cette hypothèse qu'il faut envisager, afin de consulter au plus vite.

S'il advenait que la grippe subisse encore des mutations, et que ses molécules changent, le Tamiflu pourrait aussi ne plus être efficace. Comment savoir si la grippe va encore muter? Et bien on ne peut pas: hasard complet.

Cet article a été réalisé avec l'aide de Didier Raoult, biologiste spécialiste des maladies infectieuses, et Philippe Presles, médecin, directeur de l'Institut Moncey de Prévention santé et rédacteur en chef du site www.e-sante.fr.

Charlotte Pudlowski

Image: Reuters; homme portant un masque pour se protéger de la grippe, Mexico, 27 avril 2009

Charlotte Pudlowski
Charlotte Pudlowski (741 articles)
Rédactrice en chef de Slate.fr
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