Sports

D'où viennent les noms des clubs de foot?

Grégoire Fleurot, mis à jour le 29.04.2009 à 16 h 20

Ils reflètent (souvent) l'histoire politique, sociale ou religieuse.

Le FC Barcelone gagne la Ligue des Champions. REUTERS/Darren Staples

Le FC Barcelone gagne la Ligue des Champions. REUTERS/Darren Staples

Arsenal contre Manchester United et le FC Barcelone contre Chelsea. Les noms de ces clubs, qui s'affrontent mardi et mercredi en demi-finales de la Ligue des Champions de football, sont familiers, même pour les non-initiés. Partie intégrante de la culture populaire locale, peu de supporters en connaissent toutefois les origines réelles. Pourquoi ces clubs s'appellent-ils FC ou Racing? Ces noms sont très rarement donnés au hasard, et reflètent une histoire politique, culturelle, sociale, voire religieuse.

Il existe en Europe occidentale deux grandes familles dans les noms de clubs: les clubs à consonance anglophone, crées par des Anglais expatriés ou des anglophiles, et les clubs patriotiques. Les clubs comportant des expressions anglaises comme Football Club (Barcelone, Nantes) ou Racing Club (Strasbourg, Lens) font partie de la première catégorie. Rappelons que - certains diront malheureusement - ce sont les Anglais qui ont tiré les premiers. En Italie, le Milan AC était à sa création le Milan Cricket and Football Club, dont le premier président était le vice-consul britannique.

Influence anglaise

Ces clubs dits «anglais» véhiculent des valeurs et des idées bien définies. Modernes, ils sont souvent omnisports et font la promotion de l'idéal libéral. Ils sont ouverts aux étrangers et comptent au début beaucoup de joueurs anglais. Ainsi, un seul joueur français joue la première finale, non officielle, du championnat de France à la fin du 19e siècle, qui oppose les White Rovers au Racing Club de Paris.

Le débat sur les joueurs étrangers, dont on parle beaucoup depuis les années 1990 et l'arrêt Bosman sur le libre mouvement des joueurs en Europe, était très présent dès les débuts du football, et est à l'origine de la création de nombreux clubs.

L'influence british a parfois donné lieu à des scissions : l'Internazionale FC est ainsi fondé en 1908 par des dirigeants dissidents du Milan AC où l'influence anglaise est trop forte et où les joueurs étrangers, hormis les Anglais, ne sont pas les bienvenus. Aujourd'hui encore, l'Inter ne compte que 7 Italiens sur les 28 joueurs de son effectif.

Clubs traditionnels

Dans l'autre catégorie, celle aux noms patriotiques, on retrouve les clubs comme l'Espanyol Barcelone, crée par des patriotes qui en réservent l'accès aux espagnols, en réaction au FC Barcelone, fondé par un suisse anglophile, dont l'effectif est très international. Il y a aussi toute une série de clubs appelés Borussia (qui veut dire Prusse en allemand) comme Dortmund ou Mönchengladbach. En France, les clubs traditionnels et plus nationalistes sont issus de la Gymnastique et de l'Education physique. On y retrouve l'En Avant de Guingamp, l'Olympique Gymnaste Club de Nice, les Enfants de France de Bergerac...

L'Association de la Jeunesse Auxerroise (AJA) reflète elle un passé religieux. Le club est crée par l'Abbé Deschamps en réaction à la loi de 1905 de séparation de l'église et de l'Etat. L'Abbé, qui a donné son nom au stade actuel, veut «maintenir dans la foi et la fidélité au christ» les jeunes Auxerrois pour qu'ils ne «s'éloignent pas du droit chemin».

Pendant longtemps, il exige que ses joueurs assistent aux différentes messes entre les entraînements. Le premier ballon du club est acheté pour 13 francs grâce à l'argent de la quête. Les tendances paternalistes et peu dépensières de l'ami Guy Roux ne sont pas tombées du ciel.

Politique

Le football, dont la popularité explose au début du 20e siècle, ne tarde pas à être récupéré à des fins politiques. En Espagne et en Italie, les régimes fascistes effectuent une nationalisation des noms des clubs. Le Genova devient Genoa, Milan devient Milano et l'Inter se transforme en l'Ambrosiana.

En Allemagne, les clubs de la Sarre n'échapperont pas à la dénazification effectuée par les Français après la Seconde guerre mondiale. Le Borussia Neunkirchen doit changer de nom, les clubs aux couleurs noires et blanches doivent changer de couleurs, des décrets interdisent tout symbole qui peut rappeler le nazisme, y compris les nombreux aigles sur les blasons des clubs.

En Croatie, le nom du très populaire Dinamo Zagreb, donné à sa création sous Tito en hommage au Dinamo Moscou, est changé par le nouveau président nationaliste Franjo Tudjman après l'explosion de la Yougoslavie pour effacer l'histoire communiste du club. Les supporteurs, très attachés à leur club et à son nom, obtiendront le retour au nom d'origine en 2000.

A Vienne, les noms des clubs reflètent le caractère ghettoïsé de la ville : le Deutsche, les Vienna Firsts, les Bohemians, le Sparta, le Slavia, le Slovan. En France aussi, les communautés d'immigrés se retrouvent dans des clubs qui leurs sont dédiés, comme l'US Lusitanos Saint-Maur qui est crée par la communauté portugaise de la ville.

Corporations

En Europe de l'Est, les noms improbables sont foison, à l'image de ceux des clubs de Moscou : le CSKA, le FK Dynamo (Abréviation de dynamoélectrique, dynamo désigne une machine à courant continu fonctionnant en générateur électrique....), le Lokomotiv, le Spartak, le Torpedo. Mais leurs origines traduisent le passé politique des pays de l'ex-URSS, où beaucoup d'équipes ont été crées par des corporations, les travailleurs du rail, de la métallurgie, l'équipe de la police, de l'armée, des syndicats.

C'est aussi le cas en France, où le Gazélec FC Olympique d'Ajaccio a été fondé par des agents d'EDF-GDF ; et à Londres, où Arsenal, le club le plus Frenchie d'Angleterre, a été crée par les ouvriers de l'Arsenal Royal de Woolwich en 1886.

Et puis de temps en temps, il y a des noms qui ne sont rattachés à aucun passé. C'est notamment le cas en Afrique. Un pays se détache même parmi des championnats sub-sahariens: le Botswana. Les matches entre l'équipe des Petits Coquins (Naughty Boys en VO) et celle des Géants Tueurs (Giant Killers) doivent valoir le détour, même s'ils sont à priori déséquilibrés.

Autre match au sommet, les Balayeurs d'Intérieur (Home Sweepers) contre les Triple Action, dont le nom sort tout droit d'une publicité pour produits ménagers. Parmi les autres prétendants au titre de champion du Botswana, on retrouve les Golden Bush, les Man Machine, le Botswana Meat Commission FC.

Intimidation

Quoi de mieux pour assurer le succès de son équipe que de lui donner un nom qui terrifie l'adversaire avant même le jour du match? L'idée est particulièrement populaire en Bolivie où les adversaires de The Strongest, de l'équipe des Destroyers ou des Always Ready ne doivent pas en mener large. Le club des King Faisal Babies du Ghana a en revanche du travail à faire.

Enfin, pour rester en Amérique du Sud, l'Argentine est chaque année le théâtre d'un match entre les professionnels de l'Atletico Lanùs et ceux de l'Atletico Colòn qui ne fait rire que les Français.

Grégoire Fleurot

Merci à Pierre Lanfranchi, Professeur à l'université De Monfort de Leicester et coordinateur scientifique au Centre International d'Etude du Sport (CIES) en Suisse.

(Photo: Le FC Barcelone gagne la Ligue des Champions, REUTERS/Darren Staples)

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Grégoire Fleurot (799 articles)
Journaliste
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