Monde

Comment Israël a accepté de négocier avec le Hamas pour faire libérer Gilad Shalit

Jacques Benillouche, mis à jour le 12.10.2011 à 10 h 55

Le jeune prisonnier sera échangé contre un millier de prisonniers palestiniens. Un vent d'espoir souffle à nouveau dans la région.

Des membres du comité de sourien à Shalit manifestent le 12 octobre à Jérusalem.

Des membres du comité de sourien à Shalit manifestent le 12 octobre à Jérusalem. REUTERS/Ronen Zvulun

L’accord pour la libération du soldat Gilad Shalit a été signé mardi entre le gouvernement israélien et les dirigeants du Hamas. Il prévoit la libération d’environ 1.000 prisonniers palestiniens, dont plusieurs étaient impliqués dans des crimes de sang. Dans un premier temps, Israël a accepté la libération immédiate de 300 détenus.

Gilad Shalit, le soldat franco-israélien enlevé en 2006 dans le sud de la bande Gaza, serait alors transféré de Gaza au Caire où il attendrait la libération d’une nouvelle vague de 150 Palestiniens. Il pourrait alors rejoindre Jérusalem par avion militaire israélien. Son arrivée sur le sol israélien serait alors saluée par une nouvelle libération de 550 prisonniers dont la responsabilité dans des attentats sanglants serait mineure.

Comment est-on parvenu à tel accord, après des années de blocage? Il a fallu des changements de têtes, intervenus au début de l’année, dans les grandes institutions sécuritaires du pays. En arrivant au pouvoir, Benjamin Netanyahou avait en effet hérité des nominations de ses prédécesseurs et il avait donc décidé de ne pas prolonger leur mandat pour avoir les coudées franches dans sa volonté d’infléchir sa politique.

Le nouveau chef d’état-major, Benny Gantz, avait pris ses fonctions au début de l’année tandis que Meïr Dagan, l’homme que les Egyptiens avaient affublé du sobriquet de «superman de l’État juif», quittait son service après l’avoir réorganisé et lui avoir rendu sa crédibilité et son aura. Il a été remplacé à la tête du Mossad par Tamir Pardo.

Le jeune général de division de 46 ans, Aviv Kochavi, avait pris simultanément le relais à la tête du renseignement militaire. Il avait à couvrir les informations de la défense nationale et à informer le gouvernement sur l’état des structures militaires de l’ennemi. Enfin le 15 mai 2011, Yoram Cohen était nommé chef du Shin Bet (aussi appelé le Shabbak, service de sécurité intérieure).

Avec ces changements simultanés des hauts personnages sécuritaires au sommet de l’État, le Premier ministre s’entourait de personnalités qui pouvaient l’appuyer dans ses nouvelles décisions et l’aider dans son bras de fer avec certains membres réticents de sa coalition. Les religieux orthodoxes, en particulier, n’étaient pas favorables à une négociation avec le Hamas.

Evaluer le risque sécuritaire

Des proches du Premier ministre m’ont confirmé que cette nouvelle équipe avait reçu, dès sa prise fonction, la mission de relancer les négociations sur l’affaire de Gilad Shalit et de coopérer pour évaluer le risque sécuritaire de la libération de prisonniers palestiniens dangereux réclamés par le Hamas. Il voulait s’appuyer sur eux pour faire avaler l’idée de sacrifices et pour donner plus de poids à une décision interne qui pouvait être refusée par certains membres de la coalition. 

Des négociations étaient menées depuis plusieurs mois sous l’égide d’Angela Merkel et des services de renseignements égyptiens. Des négociateurs palestiniens et israéliens négociaient directement au Caire. Les Egyptiens avaient soulevé l’opportunité de la faiblesse du Hamas en Syrie et en Egypte pour lui soutirer quelques concessions qui ont permis de réduire de 40 à 15 le nombre de terroristes dont la libération était refusée par les Israéliens.

Le Cabinet de sécurité des sept principaux ministres et des responsables sécuritaires s’est ensuite réuni la semaine dernière pour débattre de l’accord après avoir reçu une vidéo confirmant la bonne santé physique et morale de Gilad Shalit. Seul un ministre aurait émis des réserves.

Une réunion exceptionnelle du gouvernement s’est tenue mardi 11 octobre pour entériner l’accord à la majorité. Le chef des services de sécurité intérieure, Yoram Cohen, a donné son feu vert en vue de l'échange d'un millier de terroristes. Les ministres orthodoxes du Shass ont accepté cet accord mais selon l’AFP, les nationalistes Avigdor Lieberman (Affaires étrangères), Ouzi Landau (Infrastructures) et Moshé Yaalon (Affaires stratégiques) s'y sont opposés.

Marwan Barghouti?

Une partie des prisonniers serait expulsée vers Gaza, une autre vers des pays arabes voisins et environ 200 vers la Cisjordanie. Israël se serait engagé verbalement à ne pas attenter à la vie des Palestiniens libérés (les noms des 1.000 libérables devraient être publiés rapidement mais il semblerait que Marwan Barghouti ne fasse pas partie de la liste) sauf s’ils étaient impliqués dans de nouvelles opérations terroristes.

La libération du caporal israélien ne serait plus qu’une question de jours. Ali Barakeh, représentant du Hamas au Liban, a affirmé que l'accord entre Israël et le Hamas, via la médiation de l'Egypte, a déjà été officiellement signé.

Cet accord pourrait débloquer la situation au Proche-Orient et mettre fin au blocus de Gaza qui était justifié par la capture de Gilad Shalit. Un vent d’espoir souffle à nouveau dans la région.

 Jacques Benillouche

Jacques Benillouche
Jacques Benillouche (230 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte