La laïcité en a marre d'être détournée
La Fédération nationale de la Libre Pensée présidée par Marc Blondel a participé à la création d’une internationale pour la laïcité. Au moment où, en France, l’objet de la loi de 1905 est de plus en plus dénaturé.
- Un manifestant devant le Vatican, en 2003. REUTERS/Dylan Martinez -
En août dernier à Oslo en Norvège, 150 libre penseurs et athées de 18 pays ont fondé l’Association internationale de la Libre Pensée (AILP). Un manifeste a vu le jour, déjà ratifié par les associations et militants de 41 pays. Louable initiative pour les humanistes de tout poil, mais malgré tout confidentielle à l’échelle internationale et qui, d’ailleurs, passa inaperçue au cœur de l’été.
Une initiative contre les communautarismes et les dogmatismes
Sauf que cette internationale a vu le jour dans un pays où, pour dénoncer une politique jugée trop favorable à l’émigration, un massacre avait été perpétré trois semaines auparavant dans l’île Utøya près d’Oslo par Anders Behring Breivik, présenté comme un fondamentaliste chrétien, hostile au multiculturalisme et proche des milieux d’extrême droite. «L’intégrisme conduit au communautarisme, qui conduit lui-même à la guerre civile; j’en suis convaincu», explique Marc Blondel, figure du syndicalisme français du temps où il était à la tête de Force ouvrière, aujourd’hui Président de la Fédération nationale de la Libre Pensée (FNLP). Le tueur froid de l’île Utøya avait déjà traversé le miroir.
La FNLP a été particulièrement active dans la construction de cette internationale pour la liberté de conscience. On lui en prête d’ailleurs l’initiative, avec pour objectif principal d’organiser la défense de la laïcité. «Si on ne veut pas que les régimes retombent dans des structures dirigées par des dogmatiques, il faut réagir», commente Marc Blondel.
La loi de 1905, un rempart fragile pour la laïcité
En France, la loi de 1905 organise la séparation des églises et de l’Etat («La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte») tout en assurant la liberté de conscience et en garantissant le libre exercice des cultes. La République française peut ainsi revendiquer sa laïcité. Et devrait, à ce titre, être la mieux armée pour faire taire les dogmatismes religieux.
Or, ce n’est pas le cas. Les intégristes accentuent les pressions pour exercer leur culte hors de la sphère privée et ouvrir des brèches dans la sphère publique. Catholiques comme musulmans, ils ouvrent des brèches dans cette loi.
Côté catholique, lorsqu’une loi de 1951 autorisa les collectivités locales à se porter caution dans la construction de lieux de culte, le problème n’était pas celui des mosquées mais bien celui des églises. Plus récemment, la subvention d’Etat pour la cathédrale d’Evry et le financement d’une église par la municipalité des Lilas aux portes de Paris en sont la démonstration.
Côté musulman, le bail emphytéotique conclu à Marseille pour favoriser la construction d’une grande mosquée est l’exemple qui fait bondir les adversaires des minarets. Les débats autour du port du voile dans les lieux publics, de la viande halal dans les cantines ou des prières de rue, ont bousculé les fondamentaux de cette loi. Et les propos du président de la République en faveur d’une laïcité positive ont même un moment laissé présager une révision de cette loi: déjà en 2005 en tant que ministre de l’Intérieur et à ce titre ministre des cultes, Nicolas Sarkozy avait mis en place la commission Machelon pour plancher sur une réforme.
Interprétations et accommodements
Les litiges se multipliant, le Conseil d’Etat a été finalement saisi pour interpréter la loi de 1905 au regard de la diversité des situations et de leur évolution. «Ni obsolescence, ni inadaptation: la loi de 1905 reste pleinement opérante», commente Jean-Marc Sauvadé, vice-président du Conseil d’Etat. Mais problème: chacun, aujourd’hui, en livre sa propre interprétation. Les détournements ne sont pas si compliqués.
A la suite d'une circulaire d’avril 2011 du ministre de l’Intérieur Claude Guéant, la Fédération nationale de la Libre Pensée dénonce le début d’une dérive:
«La liberté de conscience des citoyens est rabaissée à n’être plus que la liberté religieuse des communautés de croyants.»
Alors que le texte ministériel préconise une sensibilisation des élus aux intérêts des communautés religieuses et de leur chef, l’association se dresse contre une tendance à «quitter le terrain de la séparation pour celui des arrangements clientélistes, c’est le régime des accommodements raisonnables québécois dont le bilan est un renforcement des dérives et enfermements communautaires».
Détournements et instrumentalisations
Le Front national réclame aussi le respect de la loi de 1905. Mais il poursuit un objectif radicalement opposé. En affirmant qu’elle l’appliquerait si elle accédait à l’Elysée, sa présidente Marine Le Pen part en guerre contre les prières de rue de fidèles musulmans et l’intervention de collectivités pour trouver une solution au problème.
Il est vrai que, en relançant le débat sur la place de l’islam en France, Nicolas Sarkozy lui a offert une tribune. Mais la référence à la laïcité est tronquée: «Marine Le Pen ne parle de laïcité que lorsqu’elle rencontre un musulman. Il s’agit d’une instrumentalisation de la laïcité au profit d’idées rétrogrades qui ne font pas partie du corpus républicain minimum», commente Jean-Michel Quillardet, président de l’Observatoire international de la laïcité contre les dérives communautaires.
La position prise par l’association Riposte laïque –organisatrice des apéritifs républicains contre le «péril islamiste»– l’éloigne également de la laïcité dont elle se réclame. Par la voix de son président Pierre Cassen, l’association considère que «l’islam n’est pas une simple religion, mais un code juridique et moral» dont il faut remettre en cause les fondamentaux sans établir de distinction entre islam et islamisme. Elle affirme également qu’il faut s’opposer à la construction des mosquées, alors qu’elle approuve la restauration des églises au nom de la sauvegarde du patrimoine et de la tradition catholique française.
On n’est plus ici dans le domaine de la laïcité, mais dans une philosophie de l’exclusion au nom de la sauvegarde de la République. Ce qui n’est pas sans soulever quelques contradictions.
Une ambition humaniste
La laïcité, servie à toutes les sauces, est attaquée. En France, alors qu’elle est devenue indissociable du fonctionnement de la démocratie. Mais aussi dans d’autres pays, où la montée des intégrismes est plus rapide que la tolérance sur la pluralité des cultes. L’ambition de l’Association internationale de la Libre Pensée pour enrayer les dérives semble bien démesurée face l’ampleur du problème. AILP… combien de divisions? Heureusement, l’efficacité dans un débat d’idées ne se mesure pas en termes quantitatifs.
Gilles Bridier
Mis à jour le 13/10/2011 à 6h45















































Merci de ne pas faire l'amalgame, courant j'en conviens, entre "athées" et "laïcs". Un athée est quelqu’un qui a une conviction sur l’existence de dieu(x) au même titre qu'un croyant. Un laïc, lui, peu être Chrétien(catholique, protestant, orthodoxe...) musulman, bouddhiste, animiste, athée, agnostique ex cetera. Ce qui le défini est de ne pas conditionner ses décisions en se laissant influencer par ce genre de considérations.
Un laïc, peu être athée. Un athée n'est pas forcément laïc.
Sans le vouloir j'en suis sûr, vous entretenez l'amalgame, courant j'en conviens, entre "athées" et "laïcs".
Pour ceux qui ne comprendraient pas mon intervention : Un athée est quelqu’un qui a une conviction sur l’existence de dieu(x) au même titre qu'un croyant. Un laïc, lui, peu être Chrétien(catholique, protestant, orthodoxe...) musulman, bouddhiste, animiste, athée, agnostique ex cetera. Ce qui le distingue est de ne pas conditionner ses décisions avec ce genre de considérations.
Un laïc, peu être athée(ou pas). Un athée n'est pas forcément laïc.
en France la distance entre "laïc" et "laïcard" est souvent très ténue.
Fanatisme http://fr.wikipedia.org/wiki/Fanatisme
Fondamentalisme http://fr.wikipedia.org/wiki/Fondamentalisme
La laïcité est un sujet complexe.
A regarder la manière dont les pays occidentaux sont dirigés, ou les orientations des partis qui ambitionnent le pouvoir, je vois déjà des dogmes: ultralibéralisme, altermondialisme... Et leurs défenseurs ont un comportement qui ressemble furieusement à celui d'un fondamentaliste religieux: si le monde va mal c'est qu'on ne suit pas assez ledit dogme (combien, en 2008, nous rabâchaient que la crise était la conséquence d'un manque de libéralisme et de la résilience de poches protectionnistes), mauvaise foi quasiment écoeurante...
J'en arrive pour ma part à la conclusion que les dirigeants n'arrivent pas à se séparer des dogmes. Dans ce cas, que préférer ? Entre des dogmes politiques vieux de quelques siècles à peine, basés soit sur le bonheur individuel immédiat, soit sur le profit aveugle et la compétition effrénée, et des dogmes religieux millénaires et fondés en général sur un message d'amour ?
Cette partie "coup de pied dans la fourmilière" mis à part, j'ose quand même espérer qu'on aura un jour des dirigeants (ou aspirants tels) capables de faire la part des choses, raisonnablement, sans tomber dans un dogme, et que les croyants raisonnables (souhaitant juste pouvoir vivre leur foi sans prendre des cailloux quand ils l'évoquent en public) puissent le faire. J'ai cet espérance, mais pour l'instant je ne vois personne dans cette situation.
Je rêve d'un monde où chacun évoquerait en publique son désir de vivre avec l'autre, de le comprendre, de l'accepter.
Pour l'instant, ce monde je ne le vois nulle part. Il nous reste la laïcité. N'est il pas raisonnable de penser que c'est un bon moyen pour faire la part des choses?
"La laïcité en France est un principe qui distingue le pouvoir politique des organisations religieuses – l’État devant rester neutre – et garantit la liberté de culte (les manifestations religieuses devant respecter l’ordre public) ; il affirme parallèlement la liberté de conscience et ne place aucune opinion au-dessus des autres (religion, athéisme, agnosticisme ou libre-pensée), construisant ainsi l’égalité républicaine.
À travers la laïcisation de la société, il ne s’agit pas pour la République de combattre les religions, mais d’empêcher leur influence dans l’exercice du pouvoir politique et administratif, et de renvoyer parallèlement les idées spirituelles et philosophiques au domaine exclusif de la conscience individuelle et à la liberté d’opinion. Ce principe a modifié en profondeur la société française ; la transformation est toujours à l’œuvre aujourd’hui dans l’adaptation du droit et des institutions nationales aux évolutions de la société française.
Toutefois, l'existence dans la législation et dans le débat public d'une distinction entre laïcité et neutralité, de même qu'entre liberté de conscience et liberté d'opinion, démontre que la religion n'est réellement perçue et traitée ni comme un phénomène strictement privé ni comme un simple courant d'opinion parmi d'autres. La notion même de laïcité, telle qu'elle est comprise dans la société française, n'est donc pas dénuée d'ambiguïté. Jusqu'au début du xxe siècle, l'idée de laïcité représentait avant tout, en pratique, la volonté de réduire l'influence de l'Église catholique sur les institutions, cette influence étant identifiée comme une menace majeure pour les valeurs républicaines. Depuis, ces valeurs se sont trouvées confrontées à des doctrines radicales d'origines diverses et non liées au catholicisme traditionnel (idéologies totalitaires, phénomènes sectaires, fondamentalisme religieux), de sorte que la laïcité s'inscrit de nos jours dans une perspective beaucoup plus complexe."
http://fr.wikipedia.org/wiki/La%C3%AFcit%C3%A9_en_France
"L’objectif de l’Internationale de la libre pensée n’est pas de promouvoir la laïcité dans tous les Etats, nous sommes conscients que celle-ci –le terme de laïcité- provoque à l’étranger un rejet parce que spécificité française. Par contre, vous aurez noté que nous revendiquons la séparation des Eglises et des Etats, le but étant de contester l’intervention des religions dans la vie citoyenne des individus et sociétés, ce que je résume par la formule : la démocratie est la loi des hommes et non celle des religions, quelles que soient les religions. Pour la France, il s’agit de réfuter de rendre la justice du Roi et de l’Eglise, ce qui en théorie est admis. Mais à partir du moment où le Président de la République déclare que le Pasteur ou le Curé fera ce que l’instituteur ne peut faire, il ouvre la porte à une évolution communautariste.
D’autre part se créée une ambigüité qu’il faut lever, l’Association Internationale de la Libre Pensée n’est pas exclusivement laïque, c’est cependant à ce titre qu’elle rassemble des libres penseurs et des athées, parfois ces deux qualificatifs se justifient. Je suis athée raisonné, ce qui veut dire que mon père et grand-père étaient libres penseurs et que ma mère, sans être une catholique fervente, participait aux cérémonies religieuses lors d’obsèques de ses ami (s) s ou connaissances. Durant la guerre mon père étant déporté en Allemagne, elle m’a appris la notion du bien et du mal selon les préceptes catholiques. J’en garde des séquelles mais pour autant les études, les lectures, la recherche de la vérité, m’ont conduit à me référer à la science, à l’explication des choses et j’ai, la maturité venant, rejeté toutes croyances à une vérité révélée.
J’aurais pu, de ce fait, devenir un athée destructeur des Eglises, mais le respect individuel, la liberté de comportement de l’individu, m’ont conduit à devenir un militant de la libre pensée.
Je reconnais le droit à l’individu d’avoir un engagement spirituel. Si pour répondre aux inconnues de la vie il doit croire en un Etre supérieur, si cela l’aide à vivre, pourquoi pas.
Mais, je ne vois pas au nom de quoi les croyants, quels qu’ils soient, décideraient de ma vie publique, sociale, économique, morale, ou alors nous revenons au parti noir qui, je le rappelle, était par définition conservateur et réactionnaire (cf. Victor Hugo et la loi de 1905).
Et, d’une certaine façon, la mondialisation, la possibilité pour les opinions publiques de chaque pays de connaitre et peut être de comprendre les rudiments démocratiques, hors de toute soumission, justifient pleinement la création de l’Internationale de la Libre Pensée, la cantonner au rôle de véhicule de la laïcité est une réduction même, et y compris, si la laïcité est l’instrument de la démocratie.
Pour ne prendre qu’un exemple, la laïcité sous entend l’école pour tous : riches/pauvres, masculins/féminins, la connaissance sans tabou ni soumission ni dogme est par définition l’ouverture au doute et à la critique, elle initie ainsi des citoyens libres.
C’est notre ambition. Avec mes sentiments républicains et laïques.
Marc BLONDEL