France

Larme de Poutine: il n'y a pas que les femmes (politiques) qui pleurent

Bruno Tur, mis à jour le 09.11.2012 à 10 h 31

Vladimir Poutine n’est pas la première personnalité politique à verser quelques larmes. Avant lui, d’autres ont exprimé leurs émotions en public, devant les caméras. Dans quel but?

Vladimir Poutine à Moscou le 4 mars 2012, 	REUTERS/Mikhail Voskresenskiy.

Vladimir Poutine à Moscou le 4 mars 2012, REUTERS/Mikhail Voskresenskiy.

 Article mis à jour le 5 mars 2012 après la victoire à la présidentielle russe de Vladimir Poutine.

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Lors de son discours de victoire après son élection au poste de président de la Russie, dimanche 4 mars, Vladimir Poutine est apparu avec la joue droite mouillée par ce qui ressemblait à une larme. L’intéressé a rapidement tenu à préciser que les larmes «étaient vraies, mais vraies à cause du vent».

Le 9 octobre dernier, après son piteux résultat au premier tour de la primaire, ce sont les larmes de Ségolène Royal qui avaient tourné en boucle à la télévision —même s'il était un peu exagéré d’affirmer qu’elle était «en pleurs» devant les caméras de BFM TV: si les images la montraient touchée par sa défaite, elle était loin d’être inconsolable. Rien à voir avec ses sanglots face à François Mitterrand, en 1993, après la défaite de son camp aux législatives.

Quand pleure-t-on en politique? 

Des personnalités politiques dites «en larmes», il y en a eu d’autres. Avant l’omniprésence des caméras, les pleurs étaient plutôt rhétoriques. En 1940, devenu Premier ministre, Churchill déclarait n’avoir «rien d’autre à offrir que du sang, de la sueur et des larmes». Depuis, on pleure plus ouvertement.

Ce sont souvent les défaites qui provoquent cette réaction. Martine Aubry, «une dame de fer qui pleure aussi», avait craqué après avoir perdu aux législatives en 2002.

Tout comme Elisabeth Guigou, battue aux municipales en 2001.

Les pleurs précèdent aussi des succès. Les larmes les plus célèbres de la vie politique française sont sûrement celles de Simone Veil à l’Assemblée nationale lors de l’adoption de la loi sur l’interruption l’IVG en 1974. Fatiguée par les attaques de ses adversaires, c’est en larmes qu’elle avait rejoint son fauteuil après son discours à la tribune.

A l’Assemblée toujours, on se souvient des larmes de Roselyne Bachelot en 1998, lorsque l’élue de droite avait défendu le Pacs contre son camp, et celles de Christine Boutin, qualifiée de «députée marginale et outrancière» par Lionel Jospin.

Hommes et femmes à larmes égales?

On aurait tort de penser que seules les femmes pleurent. Si Manuel Valls s’est contenté d’avoir «les larmes aux yeux» lors de l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn, d’autres ont perdu leur flegme en public.

En 1994, l’idée de voir les soldats allemands défiler à Paris le 14 juillet rappelle à Valéry Giscard d’Estaing l’Occupation. Au JT de France 2, il lâche son célèbre «ça m’émeut».

En 2006 à La Rochelle, c’est très ému également que Lionel Jospin répond aux journalistes qui l’interrogeaient sur sa décision de se retirer de la vie politique après sa défaite au second tour de la  présidentielle en 2002.

 

 

Outre-Atlantique, c’est John Boehner qui s’est fait une spécialité de pleurer en public.

Comme dans la vie courante, les maladies ou le deuil justifient l’émotion. En cas de malheur, on a le droit de pleurer! On se souvient de François Mitterrand lors des obsèques de Pierre Bérégovoy.

Plus récemment François Fillon n’avait pas caché sa peine lors de son hommage à Philippe Seguin.

De retour à l’Assemblée nationale en mars dernier, quelques mois avant son décès, Patrick Roy avait adressé à ses collègues un discours emprunt d’une intense émotion.


retour Patrick Roy par Samuellegoff

Pleurer, mais pas trop

Mais si les voix tremblent, si les yeux sont humides, il n’y a finalement pas beaucoup de larmes sur ces vidéos. D’ailleurs, une fois l’émotion passée, les principaux intéressés ne reconnaissent pas toujours avoir pleuré.

Interrogée lors du trentième anniversaire de la loi sur l’IVG, Simone Veil n’avait «pas du tout le souvenir d’avoir pleuré». Quant à Ségolène Royal, après avoir exprimé son émotion, c’est en souriant qu’elle se reprend et précise qu’elle est forte, qu’elle s’en remettra.

Des larmes pour quoi faire?

Si toutes ces situations surprennent, c’est que les personnalités politiques expriment rarement leurs émotions. Au contraire, elles évoluent dans un milieu où il faut avoir une bonne carapace et un sang-froid à toute épreuve. Or, pleurer est plutôt perçu par certains comme un signe de faiblesse et renvoie à une situation négative.

Jusqu’à la Révolution française, il était de bon ton de pleurer en public. Mais l’historienne Anne Vincent-Buffault (Histoire des larmes, Payot) note que depuis le XIXe siècle, pleurer est devenu un acte pudique, surtout si l’on est un homme.

Pourtant, qu’on le fasse volontairement ou non, verser quelques larmes peut apparaître comme une bonne stratégie de communication. Pourquoi? Parce que montrer son émotion permet justement de briser son image de personnage froid, insensible, en adoptant une touche plus spontanée. Pleurer, s’émouvoir, c’est faire preuve de sentiments et accepter de les exprimer, comme tout le monde.

Par ailleurs, qu’elles soient sincères ou de crocodile, les larmes déstabilisent toujours les adversaires ou un auditoire et entraînent un regard indulgent.

Si Ségolène Royal a craqué ce dimanche, c’est que plusieurs facteurs sont entrés en jeu. Sa déception d’abord, immense. Sa fatigue aussi, après une campagne intense.

Mais nous assistons peut-être également à un changement dans la stratégie des personnalités politiques, qui laisserait plus de place à l’expression du sensible. Pleurer, après tout, c’est aussi communiquer.

Bruno Tur

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