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Cinq questions à se poser avant de craquer pour une voiture électrique

Catherine Bernard, mis à jour le 20.12.2013 à 16 h 59

Ce n'est pas parce que vous ne la remplissez pas d'essence qu'elle n'a pas d'impact sur l'environnement.

Le système de recharge électrique d'une voiture vu au salon de Frankfort, en septembre 2011. REUTERS/Ralph Orlowski

Le système de recharge électrique d'une voiture vu au salon de Frankfort, en septembre 2011. REUTERS/Ralph Orlowski

Ça y est, la voiture électrique devient réalité. Nissan, Peugeot et Citroën –notamment– ont déjà commercialisé des modèles grands publics, tandis que Renault devrait lancer sa Zoé début 2012. Le véhicule électrique présente au moins deux grands avantages: il n'émet, localement, aucun polluant ni aucune particule, ce qui est un grand plus pour la santé publique, et il reste silencieux à petite vitesse, ce qui changera la vie des centres villes. Faut-il pour autant craquer? Avant de courir chez votre concessionnaire, prenez le temps de répondre à ces cinq questions!

 

1/Avez-vous vraiment besoin d'une nouvelle voiture?

Un conseil: ne cédez pas aux sirènes du marketing, même vert. Electrique ou pas, une voiture supplémentaire sur les routes françaises est toujours une mauvaise nouvelle pour l'environnement. Car aussi «propre» soit-elle à l'usage, sa conception, sa fabrication, et, ensuite, son recyclage, produiront, eux, un impact non négligeable sur l'air, l'eau, les ressources naturelles, la biodiversité, etc.

Tout véhicule supplémentaire contribuera en outre à engorger les routes –et donc à accentuer les émissions nocives des automobiles thermiques— et à perpétuer un mode de transport fondé sur l'automobile individuelle, avec son cortège de construction d'axes routiers, d'accidents, et de temps perdu. Bref, n'en déplaise à Renault ou PSA, la Zoé ou la C Zéro seront une mauvaise nouvelle pour l'environnement si elles s'érigent en second véhicule de familles jusqu'à présent titulaires d'une seule carte grise.

Même si vous troquez «simplement» votre ancienne berline thermique contre une «tout électrique», faites bien vos calculs: vérifiez d'abord que les usages sont compatibles, et que votre vieille voiture est vraiment en fin de course. Histoire que les coûts environnementaux de sa fabrication et de son recyclage soient rapidement amortis par les «économies» permises par la nouvelle. Comment fixer la limite? 

Pour l'instant, aucun calcul scientifique et officiel n'existe pour la France. Mais l'Ademe (agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) devrait publier une Analyse du cycle de vie (ACV) du véhicule électrique au premier trimestre 2012, qui devrait permettre de clarifier le débat. Sachez cependant qu'en règle générale, et même si le chiffre n'est qu'approximatif, mettre au rebut une voiture ayant parcouru moins de 120 à 150.000 km ne fait pas de bien à l'environnement.

2/Qu'allez-vous faire de cette nouvelle voiture?

Vous avez décidé de rouler électrique. Parfait. Mais n'en profitez pas pour sortir votre voiture à tout bout de champ! Ce n'est pas parce que votre nouveau véhicule émet peu de CO2 au kilomètre et que le «plein» de kwh coûte une fraction de celui d'essence qu'il faut pour autant multiplier les trajets! «Au contraire: l'introduction du véhicule électrique doit être l'occasion de repenser le mode d'utilisation des véhicules particuliers», estime Maxime Pasquier, au département transports et mobilités à l'Ademe.

Peu adaptée aux longs trajets interurbains, la voiture électrique doit être réservée à des besoins spécifiques, et incompressibles: les derniers kilomètres après un trajet en train ou en transport en commun par exemple. Autant que faire se peut, elle doit donc être partagée, sous forme de covoiturage, ou via les nombreux projets d'autopartage des grandes métropoles. «Il s'agit de sortir d'une logique de possession individuelle et d'aller vers un véhicule serviciel», explique Maxime Pasquier. Mais s'ils font bondir l'usage de la voiture en ville, les futurs «Autolib» seront, paradoxalement, des échecs!

3/Quand allez-vous recharger vos batteries?

Sur la route, le véhicule électrique est propre, c'est indéniable et c'est son grand atout.  Mais l'électricité qu'il consomme, elle, est carbonée. Car elle est produite par des centrales électriques qui, selon leur source d'énergie, émettent plus ou moins de CO2. On a l'habitude d'affirmer que la France, dont les neuf dixièmes environ de l'électricité est d'origine nucléaire ou hydraulique –et donc décarbonée— est un pays idéal pour le véhicule électrique. Ce n'est pas si simple. Tout dépend tout d'abord de l'heure à laquelle vous allez recharger votre batterie.

Si vous la branchez en rentrant chez vous le soir entre 18h et 20h, ou en arrivant au bureau entre 8h et 9 h, le bilan «carbone» sera complètement désastreux. Surtout l'hiver et surtout si vous optez pour une recharge rapide, à très forte puissance. Car en ces périodes de pointe, tout kilowattheure supplémentaire sera produit par une centrale au fioul ou à charbon, française ou venant d'un pays voisin (Allemagne notamment): selon une étude de l'Ademe de 2009 [1], ces kilowattheures provoquent l'émission de 1.000 g de CO2, contre 450 pour la moyenne de l'électricité européenne, 85 pour la moyenne française, et 45 pour les périodes les plus creuses dans l'hexagone. A comparer aux 230 g émis par un véhicule thermique moyen et 130 pour les plus performants. A la seule aune du CO2 —qui n'est pas, cependant, le seul atout d'un véhicule électrique—, ce dernier n'est donc intéressant qu'à  certaines conditions.

Et ce n'est pas tout: la consommation aux heures de pointe met les réseaux électriques à rude épreuve. D'autant, note régulièrement RTE, le gestionnaire du réseau électrique français, que, boostées par le chauffage électrique et la climatisation, les «pointes» ont tendance à être de plus en plus fréquentes et de plus en plus importantes. A certains moments, quelques mégawattheures supplémentaires peuvent suffire à tout faire «sauter» et provoquer un black-out du réseau.

Pour éviter de coûteuses dépenses dans le renforcement des réseaux électriques, mieux vaut donc programmer pour la nuit les recharges de sa batterie, tout comme celles de son ballon d'eau chaude.  

4/Votre maison est-elle aux normes?

Sans doute n'y avez-vous pas pensé: mais avant d'acheter votre voiture électrique, faites vérifier le système électrique de votre maison. Car charger une batterie, «c'est à peu près comme allumer son four au maximum de sa puissance pendant huit heures d'affilée», a expliqué lors du colloque Innoveco sur les mobilités décarbonées, organisé en juin dernier, Jérôme Boissou, conseiller à la stratégie chez Legrand.

Il faudra donc vérifier que votre domicile est, pour le moins, équipé d'une prise de terre reliée à un disjoncteur différentiel et que votre abonnement EDF prévoit une puissance suffisante. Il faut réaliser un diagnostic et, le cas échéant, installer une borne recharge au domicile. Cela n'a cependant rien d'obligatoire et par mesure de sécurité, la puissance de charge d'une batterie branchée sur une «prise de grand-mère» a été abaissée et la recharge complète peut donc prendre entre 10 et 12 heures.

Du coup, les constructeurs automobiles et ceux de matériel électrique entendent bien aller plus loin: que des bornes spécialement dédiées aux véhicules électriques soient installées chez les particuliers. Plus robustes, elles pourraient du coup charger plus vite (6 à 8 heures) et seraient plus facilement programmables. Qu’elles s’appellent Green’up chez Legrand ou Wallbox chez Schneider Electric, la facture pourrait atteindre en moyenne entre 600 et 750 euros.

5/ La diffusion des véhicules électriques en France est-elle bonne pour le monde?  

En France, les calculs plaident en faveur du véhicule électrique, sauf donc, dans les périodes de pointe. Et pour l'instant, la consommation du parc prévisible à l'horizon 2020 (2 millions de véhicules, hypothèse plutôt optimiste) représenterait seulement 1% de la production électrique, au maximum. «Mais il devient de plus en plus difficile de raisonner à l'échelle nationale, tempère Maxime Pasquier, à l'Ademe. Car les réseaux électriques européens sont interconnectés et selon l'heure, les électrons qui arrivent dans une prise peuvent venir d'une multitude d'endroits différents, avec donc un contenu carbone variable».

Surtout, les constructeurs automobiles raisonnent, eux, à l'échelle du continent, voire du monde. Et, en termes de CO2, la voiture électrique n'est pas forcément très intéressante en Europe. Sauf si l'on prend en compte d'autres avantages, et notamment les morts prématurées évitées par l'absence de pollution locale. Mais en Chine, où le charbon contribue pour 70% à la consommation électrique, le constat est clair: la voiture est carrément «dégoûtante», comme l'exprime un observateur. Les Chinois, pourtant, sont de grands partisans du véhicule électrique...

Catherine Bernard


[1] Ademe &Vous n°21, 21 juillet 2009. Retour à l'article

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