France

Primaire: Arnaud Montebourg et le PS vainqueurs au premier tour

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 10.10.2011 à 19 h 52

Avec 17,3% des voix, le député de Saône-et-Loire sera au coeur du duel entre François Hollande (38,7%) et Martine Aubry (30,5%) pour l'investiture d'un parti qui a réussi la première moitié de son pari, mais se prépare à un second tour animé.

Arnaud Montebourg après le premier tour de la primaire, le 9 octobre 2011. REUTERS/Pascal Rossignol.

Arnaud Montebourg après le premier tour de la primaire, le 9 octobre 2011. REUTERS/Pascal Rossignol.

Les deux grands vainqueurs du premier tour de la primaire ne sont pas les qualifiés pour le second. Pas François Hollande (38,7% des voix sur 80% des bulletins dépouillés tard dans la nuit) ni Martine Aubry (30,5%), mais Arnaud Montebourg et le PS dans son ensemble.

Six ans après ses 23,6% du congrès du Mans —époque où il fonctionnait en trio avec Vincent Peillon et Benoît Hamon, aujourd’hui ralliés respectivement à François Hollande et Martine Aubry—, le député de Saône-et-Loire a recueilli 17,3% des voix. Donné possible troisième depuis la mi-septembre, il a réussi sa percée en créant un écart très inattendu de dix points avec Ségolène Royal. Il talonne Martine Aubry dans plusieurs départements dont sa Nièvre natale, la devance en Côte-d’Or et dans le Jura et dépasse la majorité absolue dans son département de Saône-et-Loire.

Ségolène Royal, que les camps Aubry et Hollande voyaient sous-estimée par les sondages quand ceux-ci la donnaient à plus de 10% il y a encore un mois, ne recueille que 6,8% des voix. Les chiffres sont cruels pour la candidate de 2007, qui a été la première à se présenter devant la presse rue de Solférino, une demi-heure à peine après la clôture des bureaux, pour se féliciter du succès d’une primaire qui constituait «un élément fort de son programme»: elle devrait terminer autour de 160.000 voix, contre 110.000 lors de la primaire de 2006, quand le vote était réservé aux seuls militants encartés! Elle ne devance que de peu Manuel Valls (5,7%), tandis que, sans surprise, Jean-Michel Baylet ferme la marche avec 0,6% des presque 2,5 millions de suffrages qui devraient être décomptés.

Un écart surestimé par les sondages

C’est le second point saillant de ce scrutin: une forte participation qui a failli pousser le premier secrétaire par intérim Harlem Désir à court de superlatifs («formidable succès», «immense victoire», «vague démocratique», «démonstration de force citoyenne», «événement historique»). Pour cet exercice inédit, le PS s’était fixé un seuil de réussite modeste (1 million de votants) qui a donc été très largement dépassé, même si la primaire n’atteint pas les 3,5 à 4,3 millions d’électeurs des trois primaires italiennes de 2005, 2007 et 2009, auxquelles se présentaient, il est vrai, des candidats de toute la gauche (communistes, écologistes, centristes…).

Ce niveau de participation était difficile à estimer pour les instituts de sondage, qui avaient eux-mêmes reconnu que leurs chiffres étaient surestimés. Mais, hormis l’écart entre Arnaud Montebourg et Ségolène Royal, le point sur lequel ils seront le plus discutés est l’écart entre les deux qualifiés: là ou le scénario anticipé par les sondages et espéré par les hollandistes était une petite quarantaine pour Hollande, une grosse vingtaine pour Aubry, ce sera finalement une grosse trentaine pour l’un et une petite trentaine pour l’autre.

En tout début de soirée, les premiers résultats très partiels et non représentatifs sur quelques dizaines de milliers de bulletins donnaient un très fort écart, du genre qui faisait planer la semaine dernière la rumeur d’une annulation du second tour.

Le Nord et Paris pour Aubry

Mais la tendance s’est vite stabilisée, dans les premiers résultats officiels, autour d’un 40-30 dont les bras droits de Martine Aubry, François Lamy et Christophe Borgel, ont immédiatement assuré qu’il serait grignoté par les deux bouts avec les résultats des départements les plus urbains, ceux où les «thèmes de campagne» de leur candidate porteraient plus. A raison: alors que François Hollande réalise ses meilleurs scores, bien au-dessus de la majorité absolue, dans les départements du centre du pays (Aveyron, Haute-Vienne, Cantal, Creuse et bien sûr Corrèze), son adversaire le bat dans une poignée de départements très peuplés, dont le Nord, le Pas-de-Calais, Paris et la Seine-Maritime de Laurent Fabius.

Les partisans de la maire de Lille se sont en tout cas fait un plaisir de rappeler le tweet polémique posté par Pierre Moscovici, directeur de campagne de François Hollande, après le troisième débat: «Les jeux sont faits.» L’écart plus faible que prévu, huit points plutôt que douze ou quinze, laisse en effet prévoir un second tour serré où Arnaud Montebourg et Ségolène Royal —Manuel Valls s’est rallié dès dimanche soir à François Hollande— vont être très courtisés.

Même si l’influence des consignes de vote, de même que l’évolution de la participation, constitue une inconnue du second tour: en 2008, Ségolène Royal était passée de 29% lors du vote des motions au congrès de Reims à 43% puis 49,9% lors de l’élection de la première secrétaire par les militants, alors que Martine Aubry avait bénéficié des ralliements de tous les autres candidats… D’où des formules moqueuses à l'époque («Ce soir, on a appris que 25% plus 25% égale 34%») qui pourraient être réactualisées dès le 16 octobre si les reports ne se passent pas comme prévu.

«Large rassemblement» contre «projet clair»

Ironie du sort, les deux plus gros «réservoirs» de voix du second tour vont devoir faire un choix entre deux candidats avec qui ils entretiennent des relations compliquées. Pour Arnaud Montebourg, entre un dirigeant dont il fut un des opposants les plus féroces au milieu des années 2000 et à propos duquel il avait lâché en 2007: «Le plus gros défaut de Ségolène Royal, c’est son compagnon», et une candidate avec qui il s’est brouillé lors de l’affaire Guérini. Pour Ségolène Royal, entre son ancien compagnon avec qui elle a rompu de manière fracassante au soir des législatives 2007 et la femme qui lui a emporté la tête du parti pour 102 voix dans des conditions controversées en 2008, après Reims.

Reims, le repoussoir du PS pour cette primaire. En début d’après-midi dimanche, Harlem Désir estimait, au vu des très bons chiffres de participation, que son parti était en train de «laver Reims». Mais, sans même aller jusqu’aux invectives et aux soupçons de triche de l’époque, il n’est pas exclu que le PS, vainqueur du premier tour, se retrouve, après le second, avec un électorat coupé en deux et un candidat investi de justesse. Si François Hollande, comme Manuel Valls, a appelé à un «large rassemblement» pour le second tour et a eu un mot doux pour ses cinq camarades-concurrents, Martine Aubry a elle joué sur ses marqueurs: «gauche forte», «projet clair» et «expérience». Et Arnaud Montebourg, qui s’est engouffré dans les étages de Solférino sans s’exprimer sur sa position à venir, a lui estimé que sa démondialisation, jugée «ringarde» par Manuel Valls, était désormais «au cœur» de la campagne.

La primaire devrait donc bien être, jusqu’au bout, ce que les socialistes craignaient ou espéraient avant la chute de DSK: une primaire de compétition et non de confirmation. Avec pour probable point d’orgue le débat télévisé qui, comme lors d’une vraie présidentielle, opposera les deux qualifiés, mercredi soir.

Jean-Marie Pottier

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (944 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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