France

Primaire, premier bilan de campagne

Thomas Legrand, mis à jour le 09.10.2011 à 10 h 36

Ce que l'on a appris sur les six candidats qui sollicitent les voix des sympathisants socialistes ce dimanche.

Préparation des bulletins pour la primaire, à Nice, le 6 octobre 2011. REUTERS/E

Préparation des bulletins pour la primaire, à Nice, le 6 octobre 2011. REUTERS/Eric Gaillard

Ils sont six, ce dimanche matin, à solliciter les voix des sympathisants socialistes — et sans doute d’autres représentants du «peuple de gauche» pour le premier tour de cette première primaire ouverte. Dernier bilan la mi-temps.

 

Martine Aubry, la patronne

Sur le papier, Martine Aubry a tout pour gagner. C’est la patronne d’un parti remis en marche qui a remporté le Sénat. C’est elle qui a le plus d’expérience. Elle a occupé d’importants ministères, elle a fait partie de la direction de Pechiney, sa compétence et son sérieux sont reconnus par tous. C’est une femme de culture à la tête d’une ville dynamique et populaire, elle est la fille de l’une des personnalités les plus respectées de la politique française mais elle n’a rien d’une héritière.

Seulement voilà, il y a Dominique Strauss-Kahn. La grosse faute stratégique de la campagne de Martine Aubry, c’est DSK qui l’aura commise en affirmant qu’il avait décidé d’être candidat au terme d’un pacte avec la première secrétaire du PS. Cet épisode a semé le doute sur la détermination de Martine Aubry et donc sur sa capacité à battre Nicolas Sarkozy.

Est-elle une candidate de substitution? Cette question, qui a été formulée des dizaines de fois, dans tous les journaux, est d’ailleurs peut-être vide de sens. Personne ne sait finalement si les Français veulent encore choisir celui ou celle qui a le plus envie du poste de Président… 

Mais le doute s’est installé. Pour pallier cette impression de manque de volonté, Martine Aubry vient d’opter pour un nouveau concept clivant au sein de sa famille: gauche dure contre gauche molle. C’est un pari de fin de campagne, avec un petit gout de quitte ou double.

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Jean-Michel Baylet, un trésor national

Il se sera fait connaître au nom des radicaux de gauche. Ce petit parti, résidu d’une tendance très importante dans l’histoire de la République, défenseur acharné notamment de la laïcité, un trésor national… Mais les radicaux de gauche ne sont plus qu’une poignée de notables sympathiques. Ils ont perdu beaucoup de leur influences ces dernières décennies et un peu de leur âme en confiant leur destiné, un temps, à Bernard Tapie. Jean-Michel Baylet les représente… C’est tout.

François Hollande, le parti par le centre gauche

François Hollande est le favori. Attention! Le favori des sondages, il faut préciser si l’on ne veut pas se faire trucider par les cinq autres… Il est donc détenteur de ce titre aléatoire, peut-être totalement bidon, on ne le saura que dimanche soir. Néanmoins, pense-t-il, ça lui donne des obligations. Il se doit déjà d’avoir l’air de concourir à la présidentielle et comme, pour ce qui est de la présidentielle (la vraie!), il est encore plus favori que pour la primaire, ça lui donne encore plus d’obligations. Il se doit d’avoir l’air carrément d’un président. Du coup, il trimbale de plateau en plateau sa nouvelle gravité.

Parfois on perçoit un peu trop l’effort qu’il fourni sur lui-même pour ressembler à une statue d’empereur. Il prend des airs de César, alors qu’on sait qu’il brûle de dire une bonne petite vanne, même si personne ne peut nier que le poids de l’Histoire doit réellement commencer à peser sur un homme qui s’entend dire toute la journée que, le plus probable c’est que, dans sept mois, il sera chef de l’Etat. 

Mais François Hollande c’est aussi un positionnement inédit pour gagner à gauche: le centre gauche. Il répète qu’il ne faut pas oublier le premier tour mais il adopte déjà une posture modérée et rassembleuse de deuxième tour. C’est une tactique osée dictée par l’ampleur de la crise. Une tactique et des convictions «mainstream» qui permettent de briller dans les sondages, donc dans les médias. Permet-elle de gagner une primaire socialiste? Personne ne peut encore le dire.

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Arnaud Montebourg, le candidat hors format

Arnaud Montebourg semble réussir en cultivant un certain paradoxe. Il gagne en audience dans cette primaire socialiste à mesure qu’il s’éloigne du programme économique des socialistes ; c’est sans doute assez efficace pour faire des voix à la primaire mais ça risque de limiter son rôle dans l’après (s’il ne gagne pas bien sûr). Arnaud Montebourg ne pourra plus défendre ses positions économiques…

Il faudra même qu’il les abandonne corps et biens. En attendant son autre atout est aussi dans une forme de toupet grandiloquent dont on ne sait pas s’il est fait d’une certaine autodérision ou s’il y croit vraiment. Les «j’approuve ce message» qui rappellent les candidats américains et autres « chers concitoyens » qui fleurent bon le sépia-républicain font d’Arnaud Montebourg un vrai personnage bien singulier dont le moins que l’on puisse dire, est qu’il n’est pas formaté.

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Ségolène Royal, toujours habitée

De la détermination, Ségolène Royal en a! Elle-même se dit habitée. Comme souvent avec Ségolène Royal, nous sommes en présence d’un argument ambivalent. Etre habité, est-ce vraiment une qualité pour être présidente de la République? De même l’argument selon lequel Ségolène Royal serait la mieux placée pour gagner contre Nicolas Sarkozy qui l’a déjà battu est un argument discutable. «Continuons la belle aventure de 2007», disait-elle cette semaine! 

Là, encore on pourrait inverser l’argument, c’est justement parce que Ségolène Royal n’a pas réussi à gagner il y a cinq ans qu’il faut peut être essayer quelqu’un d’autre. Sauf qu’il y a encore un postulat dans la vie politique : les défaites font l’expérience qui mènent aux victoires. D’ailleurs Marc Lièvremont ne remet-il pas quasiment la même équipe (celle qui a perdu contre le Tonga) pour jouer contre l’Angleterre, au titre de l’expérience et de la révolte du vaincu? C’est un pari. La réponse samedi pour le XV de France est-elle un présage pour la candidate de 2007 ?

Ségolène Royal avait eu ce mot étrange, en forme de déni, sur le toit du PS il y quatre ans et demi: «je vous conduirai vers d’autres victoires ». Ce qui est certain c’est que, si la présidente de Poitou-Charentes ne remporte pas cette primaire et si elle est de bonne composition pour soutenir son ou sa concurrente victorieuse, elle sera très utile, voire indispensable au candidat du PS pour garder le lien avec les classes populaires qu’elle a su entretenir et préserver.

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Manuel Valls, à contre courant 

Ceux qui ont suivi sa campagne, et encore lors du débat de mercredi soir auront remarqué ce tic révélateur qui encombre le discours du député maire d’Evry. Il ne cesse de dire «être de gauche, c’est…» avant de développer. Je ne voudrais pas faire de la psy de cuisine mais quand on passe son temps à répéter «être de gauche c’est…», cela veut quand même dire qu’au départ cela ne va pas de soi. C’est un peu comme pour Nicolas Sarkozy qui commence nombre de ses interventions improvisées par «être président de la République c’est…» comme s’il avait pris conscience qu’il ne faisait pas spontanément président.

Dans le cas de Manuel Valls, il faut dire que depuis le début de sa carrière politique, on lui fait ce procès en sorcellerie: «tu n’es pas de gauche!». Mais le meilleur argument de celui qui fut conseiller de Michel Rocard puis de Lionel Jospin c’est que les positions du PS sur la sécurité et même sur l’économie d’aujourd’hui sont en réalité les siennes depuis longtemps. Ça ne suffira sans doute pas pour gagner la primaire mais ce sera utile pour jouer un grand rôle dans la campagne présidentielle quand il s’agira de s’adresser à l’ensemble du pays.

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