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Formule 1: Vettel champion du monde à pleine vitesse

Yannick Cochennec

Le conducteur allemand, sacré champion du monde dès ce dimanche, affole les compteurs et les statistiques.

Grand Prix du Japon 2011 à Suzuka. REUTERS/Lee Jae-Won

Grand Prix du Japon 2011 à Suzuka. REUTERS/Lee Jae-Won

Etrange paradoxe. Rarement pilote de Formule 1 n’avait été aussi dominateur au cours d’une saison et rarement avait-on eu le sentiment de le voir aussi peu à la télévision. A force de faire la course en tête loin devant tous les autres, Sebastian Vettel a fini par sortir de nos écrans lors des Grands Prix comme s’il n’intéressait plus les réalisateurs plus captivés par ses poursuivants à cause de cette trop grande suprématie.

Depuis le coup de l’envoi de la saison, en Australie, et jusqu’à son couronnement mondial au Japon, dimanche 9 octobre, le pilote allemand a, il est vrai, littéralement plombé le suspense de cette année de Formule 1, discipline qui nous avait pourtant habitués à nettement plus d’émotions, notamment en 2007, 2008 et 2010, quand le titre avait été attribué lors de l’ultime Grand Prix. «Je crois que tout le monde peut prendre un grand plaisir, cette année, à regarder les courses qui sont bien plus intéressantes que l’an dernier, a tenté de résumé Mark Webber, son coéquipier australien chez Red Bull, au récent Grand Prix de Singapour. Le problème, c’est que le championnat, lui, est chiant!»

Quel paradoxe pour Vettel d’une saison sur l’autre. En 2010, il n’avait jamais occupé les commandes du championnat du monde jusqu’à jouer les opportunistes lors de la dernière course qui le consacra au nez et à la barbe de tous ses rivaux.

En 2011, il ne les a jamais lâchées depuis le premier départ en Australie jusqu’à ce sacre programmé sur le circuit de Suzuka où il doit grappiller un misérable point, soit l’équivalent d’une 10e place, pour être assuré de sa deuxième couronne mondiale consécutive et sachant qu’il lui reste après quatre courses au calendrier pour étendre son emprise.

Mansell et Schumacher dans le rétro?

Sur 14 Grand Prix déjà terminés en 2011, Vettel en a déjà gagné neuf. Il s’est contenté du 2e rang à quatre reprises. Son plus mauvais résultat est une 4e place * décrochée devant son public en Allemagne et il n’a, bien sûr, jamais abandonné contrairement à 2010 où cette mésaventure lui était arrivée trois fois. A cela, il faut ajouter 12 pole positions. Des statistiques affolantes.

Seuls avant lui, le Britannique Nigel Mansell et son compatriote Michael Schumacher avaient atteint ce total de neuf succès lors d’une même année, Schumacher détenant le record absolu avec 13 triomphes en 2004. Pour l’égaler, Vettel doit donc remporter les quatre courses à venir, ce qui n’est pas du domaine de l’impossible.

Mais s’il y a un record que «Schumi» n’a pas, c’est celui que s’apprête à s’offrir Vettel en devenant le plus jeune pilote de l’histoire à s’arroger, à 24 ans et 3 mois, deux titres mondiaux, privilège jusqu’alors dévolu à Fernando Alonso. Il ne faut pas oublier non plus de rappeler que Vettel, né le 3 juillet 1987, reste le plus jeune pilote à avoir marqué un point au championnat du monde, lors du Grand Prix des États-Unis 2007, à 19 ans et 11 mois, le plus jeune à avoir mené un Grand Prix, au Japon en 2007, à 20 ans et 2 mois, le plus jeune à avoir décroché une pole, en Italie en 2008, à 21 ans et 2 mois, et le plus jeune à avoir gagné un Grand Prix, en Italie 2008, à 21 ans et 2 mois. Sans manquer d’être donc devenu, l’an passé, le plus jeune champion du monde de l’histoire à 23 ans et 4 mois.

C’est toujours pareil dans le sport: le fan acharné ne sera jamais complètement satisfait. Si un sportif survole les débats, l’amateur protestera contre l’ennui engendré et le prétendu faible niveau de la concurrence. Si la compétition est féroce comme elle l’avait été en 2010 quand quatre pilotes —Sebastian Vettel, Mark Webber, Fernando Alonso et Lewis Hamilton— avaient pris le départ de la dernière course à Abu Dhabi en ayant une chance d’être champion du monde, il y aura toujours des aigris pour affirmer qu’un superman ou un phénomène fait clairement défaut.

Au volant de sa Red Bull Renault, Sebastian Vettel, avec son allure d’éternel adolescent, demeure un héros modeste. Il est en train de construire tranquillement sa légende avec l’intelligence très fine que tous les observateurs lui concèdent. Il n’y a rien d’ostentatoire chez lui ou d’anormal tant il continue d’afficher une vraie simplicité et une éternelle bonne humeur qui surprennent les journalistes habitués à plus d’excentricités ou d’égocentrisme.

«Drive my car»

L’interviewer en tête-à-tête, quand cela reste encore possible, demeure un exercice très agréable dans la mesure où Vettel n’a vraiment pas la tête ailleurs et vous donne le sentiment d’être avec vous et de faire des efforts pour vous répondre.

Toutes les équipes auxquelles il a fait partie n’ont de cesse de louer sa simplicité, sa gentillesse et sa capacité d’adaptation comme lorsqu’il apprend l’italien pour pouvoir parler sans interprète aux mécaniciens quand il court pour les transalpins de Toro Rosso ou le français à l’époque de sa collaboration en F3 Euroseries avec l’écurie ART sachant que son ingénieur chez Red Bull Renault est tricolore (Guillaume Rocquelin).

Son anglophilie est également bien connue et se traduit notamment par un véritable culte pour les Beatles dont il aime à rechercher et à acheter quelques objets rares.

Né à Heppenheim, entre Heidelberg et Darmstadt, Vettel est issu de l’école de pilotage mise en place par Red Bull. Venu aux sports mécaniques par le karting, il a été découvert dès l’âge de huit ans sur la piste de Kerpen par Gerhard Noack qui avait déjà pris sous son aile dans le passé un certain Michael Schumacher.

Du Jackie Stewart en lui

Son ascension a été moins fulgurante que celle de Lewis Hamilton, adoubé depuis l’enfance par McLaren, mais il est clair aujourd’hui que l’Allemand, étape par étape, est devenu un meilleur pilote que le Britannique avec l’avantage, il est vrai, de posséder la meilleure voiture du moment.

Néanmoins, on ne remerciera jamais assez Hamilton d’avoir été l’unique animateur (en bien et en mal) de cette saison 2011 qui retiendra en définitive une toute petite erreur de Vettel lorsqu’il laissa échapper la victoire qui lui tendait les bras au Canada avant qu’un tête-à-queue sur une piste mouillée ne l’en prive. «Il pilote comme Jim Clark, Alain Prost ou moi, disait de lui il y a quelques jours Sir Jackie Stewart dans les colonnes de L’Equipe Magazine:

«Jim et Alain étaient très fluides, il n’y avait pas beaucoup de mouvements dans leur conduite. Moi, j’ai appris ça de Jim Clark... Sebastian n’a jamais eu de problème. Il a été très rarement impliqué dans des accidents. Il s’est accroché l’an dernier en Turquie avec son coéquipier Mark Webber. C’était une erreur manifeste de sa part et il en a tiré aussitôt les enseignements. Cela démontre aussi combien il est intelligent. La preuve : depuis, il n’a pas commis de faute.»

Yannick Cochennec

* Nous avions indiqué dans une version précédente qu'il avait terminé 3e de ce GP. Nos excuses pour l'erreur.

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (574 articles)
Journaliste
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