A l'origine de la crise, une crise politique
La classe politique, à de rares exceptions près, n'a pas conscience des changements nécessaires ou les minore.
- Dans une usine de Panyu, dans le Guangdong, une province méridionale de la Chine, en 2007. Aly Song / Reuters -
Voici l'enchaînement des faits: la crise financière a débouché sur une crise économique qui a engendré la crise des dettes, laquelle aboutit à une crise politique. Voici l'enchaînement des causes, il est inverse: c'est la faiblesse des gouvernements des pays démocratiques qui a creusé l'endettement, lequel a construit une croissance à crédit qui a fini par s'effondrer dans une débâcle financière.
La crise que nous traversons depuis 2008 est d'abord d'essence politique. On le voit en Europe tous les jours, dans l'impuissance à faire face à la crise grecque qui dégénère sur les banques et s'amplifie en spirale dépressive. On le voit aux Etats-Unis où l'attention s'est portée sur les querelles de pouvoir à l'approche des élections, tandis que l'économie frôle la récession et que les dettes dépassent celles de l'Europe.
La politique occidentale ne s'est pas transformée pour répondre aux immenses changements de l'époque: la mondialisation, les modes de vie façonnés par les technologies, l'individualisme. Sa légitimité bornée à l'Etat-nation, ses méthodes d'hier et son personnel médiocre, ont mis la démocratie en échec. La classe politique, à de rares exceptions près, n'a pas conscience des changements nécessaires ou les minore.
Elle a cru possible de maintenir l'ordre ancien, pour les institutions comme pour le système social (l'Etat providence), mais elle n'a pu le faire qu'à crédit. Les dettes sont privées aux Etats-Unis, elle sont publiques en France, mais des deux côtés de l'Atlantique, elle sont la conséquence de la même solution de facilité.
Les puissances émergentes ont un défi différent et plus simple: le rattrapage économique en s'appuyant sur leurs forces démographiques et sur la copie adaptée des techniques de l'Ouest. Un jour, plus tôt qu'on l'imagine, ces pays auront à faire face à leur tour au problème de la démocratie. Les révolutions arabes ont montré que l'aspiration des peuples pour les libertés était universelle. Le pouvoir chinois est le premier à le savoir.
La question est partout la même: comment recoller les morceaux de la politique et de l'économie? Comment réinventer une politique qui réponde aux besoins neufs? L'angoissant est que si le principe de la démocratie reste l'avenir, son incapacité actuelle en Occident renforce le camp adverse. Celui du Parti communiste chinois et de ceux qui aspirent à un gouvernement dur. Celui des populistes qui proposent pour le XXIe siècle des solutions qui ont échoué au XIXe (l'identité nationale, le protectionnisme), mais dont les critiques trouvent un écho croissant.
Petite fierté mais grande conséquence: tout se joue à nouveau, encore, en Europe. Les vieilles démocraties vont-elles parvenir à s'adapter ou bien le déclin les emportera-t-il, comme il a emporté l'immobile Chine impériale à partir de 1820? Que l'Europe disparaisse de la scène géopolitique est une hypothèse déjà admise dans les cercles militaires où le sujet de conversation est le conflit montant entre le Pentagone et la jeune garde des généraux chinois.
L'Europe a été soudée par l'URSS, doit-elle se ressouder autrement face à la Chine? Ce n'est pas une mauvaise façon de poser la question mais la réponse immédiate, l'élévation de barrières de protection sociales ou environnementales, s'avère insuffisante. La meilleure défense reste l'attaque: que produire en Europe? Quelles spécialités, quels emplois? Comment faire comprendre que l'Etat social protecteur des ouvriers d'hier doit devenir un Etat social inventeur de l'emploi de leurs enfants? La plus grande faiblesse des dirigeants politiques est de ne pas savoir tracer un avenir positif.
En France, le creusement de la dette a eu du bon: il agite la peur de perdre le triple A. Mais il a le défaut d'étroitiser le débat autour de la question fiscale. L'Allemagne a un coup d'avance, elle sait quoi produire. Aussi le débat s'est ouvert outre-Rhin, bien plus largement qu'en France, sur l'Europe. Quelle nouvelle construction, quel fédéralisme avec quelle légitimité? La politique est trop petite face à l'économie mondialisée. L'Europe reste un bon niveau de réponse à condition qu'elle se régénère autour de nouvelles institutions et d'une nouvelle croissance. Alors, elle redeviendra un modèle démocratique envié.
Eric Le Boucher
Cette chronique est également paru dans le quotidien Les Echos
Mis à jour le 09/10/2011 à 9h19















































Alors que la crise Grecque fait souffrir en priorité le peuple, on ne cesse ne nous bassiner dans la meilleure(pire) version du storytelling sur cette course en avant sur le sauvetage obligatoire d'une Grèce en zone €uro.
j'ai l'impression que l'on ressort inlassablement le conte relatif au traités successifs où l'on nous explique à demi mot qu'il faut absolument signer le nouveau car la précédente version était mauvaise.
Mais où sont les intellectuels, les économistes, les élites qui nous ont préparé une conception de l'Europe comme communauté de nations et de régions avec un Sens du bien commun respectueux de celui de ses membres mais qui les intègre comme une communauté de communautés. Où sont les conceptions économiques qui sortent de la contradiction entre économie autarcique et économie transparente qui soit enferme les individus dans une forteresse vite assiégée soit les laisse seuls face à un monde forcément préempté par des puissances incontrôlées au nom de la libre concurrence entre les faibles et les forts.
L'Etat jacobin avait l'avantage de prétendre aux deux à la fois comme propriétaire jaloux de La République et aussi de l'Universel. L'Europe ne pouvait qu'être une extension de l'Etat français ce que Bruxelles aurait du être ou rester.
Depuis que l'on dit qu'il faut refondre le politique, qu'il faut inventer d'autres conceptions de l'économie où sont les travaux des experts? (Je ne parle pas des dénonciateurs qui ajoutent au marasme des esprits et des coeurs)
Pourtant il y a comme un frémissement, un foisonnement de réflexions sur des monnaies, sur des finances, sur une économie communautaires. Reste à penser la démocratie communautaire à toutes les échelles, celles, en tout cas, accessibles aux citoyens, directement ou indirectement.
Un petit texte d'humeur qui date de mai où chacun fait ce qu'il lui plait parait-il. "La crise qui vient, la crise du politique" http://coherences.com/BLOG-HM/2011/05/la-crise-qui-vient-la-crise-du-politique/
Neanmoins, federaliser une politique economique d'endettement dont les consequences sont desastreuses semble extremement court termiste. Cela ne fait que retarder l'echeance du fiasco, repousser le probleme encore un peu plus sur la generation suivante. Il faut tuer cette idee selon laquelle le politique a perdu le pourvoir, c'est une excuse, la justification d'un etat qui ne prend pas ses responsabilites.
La solution est locale, les politiques doivent faire le menage chez eux au lieu d'en appeler a une Europe dont les outils politiques nes sont pas prets. Ils doivent prendre leur responsabilites au lieu d'incriminer les Etas-Unis, l'Asie, les banques, les multinationales. C'est chez eux qu'ils ont gagne le droit de gouverner et c'est la qu'ils doivent l'exercer.
Le courage politique, pour les dirigeants grecs, c'est d'organiser le defaut grec, cela va faire des degats dans les banques Europeennes mais ce n'est pas le probleme des grecs, c'est le problemes des banques. Les vieux grecs auront fait un hold up certes, mais les jeunes auront dit clairement qu'ils ne peuvent pas heriter d'une situation qui les condamne. Ces jeunes devront etre irreprochables pour se reconstruire une confiance mais ils auront une chance.
Le courage politique, pour les dirigeant francais, c'est de surtaxer la speculation et les investissements non productifs quitte a perdre leurs revenus, d'interdire les deficits publics au lieu de passer le relais au suivant, d'encourager la BCE a imprimer des Euros quitte a organiser une inflation controllee, de reformer l'education pour qu'elle soit en phase avec l'economie dans 10 ans au lieu de former une jeunesse surdiplomee et depressive, de taxer les importations en invoquant des raisons environnementales (transport = pollution) pour sauver l'industrie locale. Bref de ne pas se laisser desarmer par une Europe inapte a l'action.
Un jour, esperons le, la democratie s'exercera de maniere globale, peut etre sur Facebook ;-), et alors on pourra eventuellement etre en phase avec une globalisation economique. En attendant il faut remettre l'economique au niveau du polique, c.a.d. a un niveau national ou la regularisation est possible. Bien plus que pour ces problemes financiers qui n'inquietent que les vieux riches (demandez aux chinois), ce sont les enjeux ecologiques de cette reprise de controle qui sont les plus dangereux pour nos enfants.
-celle gérée par le gouvernement et la politique de la FED -celle gérée par les états: La Californie par exemple bien que supposée être la 6e économie mondiale si elle était indépendante, est astronomique, c'est pourquoi il y a eu une crise budgétaire qui à conduit à beaucoup de conflit entre Gouvernator et les agents de cet état.
Donc un final ces deux types de dettes se cumulent, en plus de la dettes de particuliers qui représentent plus de 100% de leurs patrimoine à comparé à environ 15-20% en France pas sur du chiffre, de mémoire).
C'est vrai que le gouvernement empruntait aux riches l'argent dont il leur faisait cadeau, en finançant par la dette la part de baisse d'impôts que l'alourdissement incessant des taxes et des charges pesant sur les plus pauvres ne permettait pas de couvrir, mais j'y vois plutôt de la lâcheté que de la faiblesse.
il y a aussi une énorme hypocrisie : depuis bientôt 40 ans les gouvernements successifs bâtissent leurs budgets et leurs prévisions de croissance sur l'hypothèse que les sacrifices terribles qu'ils imposent au peuple auront un effet positif sur l'économie, comme s'ils croyaient eux même à la propagande mensongère qu'ils matraquent sans cesse pour faire accepter leurs programmes, avec toujours le même résultat : la prévision de croissance ne se réalise jamais, et donc la prévision de déficit non plus.
"lequel a construit une croissance à crédit qui a fini par s'effondrer dans une débâcle financière"
Je me souviens du crédit, mais je n'ai pas vu la croissance.
"Elle a cru possible de maintenir l'ordre ancien, pour les institutions comme pour le système social (l'État providence), mais elle n'a pu le faire qu'à crédit"
En réalité les gouvernements français ont commencé à démanteler le welfare state (état providence est une traduction outrancière de welfare state, révélant le mépris des élites envers le peuple) alors qu'il était encore largement inachevé : on a commencé à attaquer l'indemnisation du chômage alors que la majorité des chômeurs n'avaient toujours droit à rien, à réduire les remboursements maladie alors que tous les français n'étaient pas couverts, etc
Qui veut noyer son chien l'accuse d'avoir la rage : on étrangle financièrement les services publics et les maigres prestations sociales de notre welfare state inachevé pour créer un endettement insupportable dont on se servira ensuite comme prétexte pour liquide ce qui reste, en prétendant ne plus avoir le choix.
"Comment faire comprendre que l'État social protecteur des ouvriers d'hier doit devenir un État social inventeur de l'emploi de leurs enfants?"
A la bonne heure !
Ou bien Eric Le Boucher propose que l'État créé des postes de fonctionnaires pour embaucher les enfants des ouvriers qui ont perdu leurs emplois, ou bien cette dernière phrase n'a pas de sens.
Cela ne servirait à rien.
En effet, ceux qui décident dans notre pays se moquent complètement du problème que vous évoquez, il savent déjà très bien tout ce que cela a fait perdre à la France, mais justement la France est le cadet de leur souci.
Ils se soucient uniquement de leurs propres intérêts de classe à court terme. Il n'est pas question pour eux d'ouvrir les postes de responsabilité à des gens compétents qui ne seraient pas issus de leur classe, de leur entourage ou de leurs réseaux, ils se les réservent, parce que ce sont les mieux rémunérés.
Reprocher à la bourgeoisie française le tort qu'elle cause à la patrie c'est comme si vous reprochiez au renard d'avoir causé un tort considérable au poulailler : il ne comprendra jamais en quoi votre objection devrait le toucher.