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Le nouveau Kindle Fire est une tablette pour le grand public

Will Oremus, mis à jour le 16.10.2011 à 9 h 13

Amazon ouvre le feu avec une tablette au prix accessible.

Bezos, PDG d’Amazon brandit le nouveau Kindle Fire, REUTERS/Shannon Stapleton

Bezos, PDG d’Amazon brandit le nouveau Kindle Fire, REUTERS/Shannon Stapleton

A toute critique de sa nouvelle tablette Kindle Fire, Amazon répond en quatre mots. Elle ne supporte pas la 3G? Elle coûte 199 dollars [147 euros]. Elle ne prend pas de photos? Elle coûte 199 dollars. Elle ne vous plongera dans aucun univers HD où vous pourrez courser à 290 km/h une Bugatti virtuelle dans les rues de Tokyo? Elle coûte 199 dollars.

C'est un argument-massue. Extasiez-vous tant que vous voulez sur l'allure merveilleuse, l'ergonomie mirifique et les spécifications mirobolantes de l'iPad d'Apple, la vérité, c'est que beaucoup de gens n'ont pas envie de débourser plus de 500$ [370€*] pour un joujou tape-à-l'œil dont ils n'ont pas vraiment besoin. Mais 199$ pour un joujou tape-à-l' œil dont vous n'avez pas vraiment besoin? Là, on vous écoute.

Le prix relativement bas du Kindle Fire va permettre à Amazon d'en vendre un bon paquet. Mais ne croyez pas ce qu'on nous rabâche depuis mercredi, jour de l'annonce de la sortie du Fire –Jeff Bezos n'a pas conçu l'appareil qui réglera son compte à l'iPad. Apple vend sa tablette à une vitesse estimée de 10 millions d'exemplaires par trimestre. Beaucoup de monde, semble-t-il, a les moyens de s'acheter un iPad. Et si vous pouvez vous le permettre, vous n'avez aucune raison de lui préférer le Kindle Fire. Malgré ses nombreuses qualités, et après un rapide coup d’œil mercredi, il est clair que le nouveau Kindle sera plus petit, moins élégant et moins polyvalent que son plus onéreux rival.

Une médiocre tablette Android déguisée en lecteur multimédia dernière génération

En dehors de son prix, les caractéristiques du Fire n'ont rien de renversant. Du côté des plus, le nouveau Kindle a son propre client de messagerie, et vous permet de surfer sur le web en WiFi, grâce à un navigateur prometteur et supportant le Flash. Mais il n'est livré avec aucun traitement de texte, ni autre application de bureautique.

En vérité, c'est une médiocre tablette Android déguisée en lecteur multimédia dernière génération. La page d'accueil du Fire est censée ressembler à une bibliothèque en bois, avec comme fonctionnalité centrale l'aperçu déroulant des contenus que vous avez le plus récemment achetés ou visionnés – magazines, livres ou films. Vos applications favorites sont sur les étagères du dessous. Les points d'accès à l'immense boutique en ligne d'Amazon sont omniprésents et rappellent que son modèle commercial consiste à vendre des contenus, pas des gadgets. Partout, la mission de l'appareil est on ne peut plus limpide: réunir tout votre consommation culturelle en un unique et portatif écran de sept pouces.

L'aspect le plus révolutionnaire de Fire est peut-être son intégration au Cloud Drive d'Amazon, qui sauvegarde automatiquement toutes les données de la tablette et la synchronise avec d'autres appareils. Vous pouvez supprimer des trucs et les récupérer plus tard, ou même mettre en pause une émission sur Fire, pour la reprendre exactement là où vous l'aviez laissée, mais cette fois-ci sur votre ordinateur portable. C'est astucieux, mais cela ne va pas suffire à vous faire changer d'avis si vous vous étiez mis en tête d'acheter un iPad. D'autre part, mercredi, les spectateurs n'ont même pas eu le droit de jouer un peu avec le Fire, ce qui me fait craindre une expérience utilisateur décevante. Par exemple, dans une démonstration, il semble que l'écran devienne brièvement blanc lorsqu'on passe du mode portrait au mode paysage, et que le pivotage ne se fasse pas aussi joliment que sur l'iPad.

199$

Mais comme l'expliquait mon collègue Farhad Manjoo, dans un article qui anticipait le Kindle Fire (jusqu'à son prix), Amazon n'a pas à marcher sur les plate-bandes de l'iPad pour être une réussite commerciale. En offrant les mêmes fonctionnalités de base – un navigateur, des lecteurs média et des applications – à moitié prix, il créera un tout nouveau marché d'utilisateurs de tablettes. Loin de déjucher l'iPad, Amazon est plutôt en train de construire son propre perchoir, sur une branche certes plus basse, mais aussi plus large et plus solide.

Si Amazon réussit, c'est plutôt au Nook de Barnes & Noble qu'il fera de l'ombre. Avant mercredi,  Amazon essayait de rattraper B & N, dont le Nook Color avait surpassé technologiquement le premier Kindle avec son écran couleur et tactile, quand Amazon en était encore à un affichage monochrome et des boutons classiques. La sortie du Nook Color 2 est prévue sous peu, avec un système d'exploitation Android dernière génération. S'il aura du mal à battre le Kindle sur son prix, c'est avec des caractéristiques suffisamment épatantes qu'il pourra rester dans la course.

Mercredi, Bezos s'est servi du prix du Fire comme de sa première arme rhétorique. Après la présentation des fonctionnalités de l'appareil, il a demandé, «Et maintenant, combien le Kindle Fire va-t-il coûter? Quel est le prix du Kindle Fire? A quel niveau de prix le Kindle Fire se situe-t-il?». Il s'est arrêté un court instant, a tendu son bras vers l'écran géant derrière lui et la réponse s'est affichée en caractères gras. «199$».

Maintenant que Steve Jobs a quitté Apple [NdT: cet article a été écrit avant la mort de Steve Jobs], le monde technologique se languit d'un virtuose du spectacle, quelqu'un capable d'attirer l'attention à chacune des ses apparitions. Mercredi, Bezos a réussi à faire comprendre ce qui était véritablement excitant dans son nouveau produit et une telle capacité de communication rappelle celle de Steve Jobs, accessible et sans chichis. Quand le nouveau PDG d'Apple, Tim Cook, a annoncé la sortie du nouvel iPhone, tout le monde voulait savoir s'il avait les épaules pour succéder à Jobs. Mais sur ce plan, Bezos vient peut-être de le surpasser.

*Mais l'IPad est vendu 489€ en France, en entrée de gamme, NdT. Retour à l'article.

Will Oremus

Traduit par Peggy Sastre

Will Oremus
Will Oremus (151 articles)
Journaliste
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