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Carla Bruni-Sarkozy a accouché: toutes les questions que vous vous posez (ou pas) sur la fille Bruni-Sarkozy

Slate.fr, mis à jour le 28.10.2011 à 15 h 00

Carla Bruni-Sarkozy a donné naissance à une petite fille ce mercredi 19 octobre vers 20 heures. Nicolas Sarkozy a-t-il droit au congé paternité? Un bébé de président, c'est une première? Toutes les questions que l'on se pose (ou pas) à l'occasion de la naissance de l'enfant.

Carla Bruni-Sarkozy et Nicolas Sarkozy avant un dîner au sommet du G8 à Deauville, le 26 mai 2011. REUTERS/Kevin Lamarque

Carla Bruni-Sarkozy et Nicolas Sarkozy avant un dîner au sommet du G8 à Deauville, le 26 mai 2011. REUTERS/Kevin Lamarque

D'après Europe1, Carla Bruni-Sarkozy a donné naissance ce mercredi 19 octobre à 20 heures à une petite fille à la clinique de La Muette, à Paris. Slate.fr fait le tour des questions que l'on se pose (ou pas) après l'arrivée de cet enfant.

Combien de fois Carla Bruni a-t-elle accouché?

Carla Bruni-Sarkozy, qui souhaitait accoucher de manière naturelle, l'avait elle-même précisé au Parisien: «A partir du 1er octobre, cela peut intervenir n’importe quand.» Et c’est exactement ce qui s’est passé: depuis fin septembre, on –les médias, les proches, les réseaux sociaux– a passé son temps à la faire accoucher ((le chroniqueur politique Bruno Roger-Petit s’est amusé (?) à tweeter «Il est né» presque tous les jours depuis début octobre).

Son beau-père avait affirmé que c’était pour le 3 octobre, puis un avertissement sur les pare-brise des voitures autour de La Muette a fait croire à un accouchement le 9 octobre (date du premier tour de la primaire socialiste), avant qu’une photo ne prouve qu’elle était toujours enceinte le 12.

Cette fois-ci, c'était la bonne. Carla Bruni-Sarkozy était arrivée dans la matinée de mercredi à la clinique de La Muette et quelques heures plus tard, c'est le président qui passait une demi-heure dans l'établissement du 16e arrondissement parisien. Puis, dans la soirée, c'est le site d'Europe1 qui annonce que la Première dame a donné naissance à une petite fille ce mercredi à 20 heures.

Nicolas Sarkozy était lui «arrivé en début de soirée à Francfort pour participer avec la chancelière allemande Angela Merkel à une réunion de travail sur l'avenir de la zone euro avant le sommet européen prévu dimanche», soulignait LeFigaro.fr. Le président serait arrivé à la clinique de La Muette à 23 heures, selon l'AFP.

 

Carla Bruni a choisi une clinique. Et les Françaises?

Dans une interview à la BBC, la Première dame de France a expliqué pourquoi elle avait si peu abordé le sujet de sa grossesse. «Il n'y a pas grand-chose à en dire –il y a des tas de femmes qui attendent un enfant, ce n'est pas intéressant pour les Français!», a-t-elle affirmé au micro de la journaliste Christine Ockrent. Carla Bruni-Sarkozy, une Française qui accouche comme les autres?

Une enquête Ipsos pour le Collège national des gynécologues et obstétriciens français publiée en décembre 2010 révèle que l'hôpital reste le lieu privilégié d'accouchement pour 64% des Françaises, suivi d'un quart qui préfère accoucher dans une clinique. Seulement 2% des femmes enceintes ayant répondu à l'enquête ont accouché à domicile.

La Première dame de France a choisi la clinique de la Muette pour donner naissance au premier enfant du couple Bruni-Sarkozy, le quatrième de Nicolas Sarkozy et son second pour elle. Une clinique où avaient également accouché l’ancienne ministre de la Justice, Rachida Dati en janvier 2009 et d'autres célébrités qui y ont apprécié la discrétion des équipes médicales et le confort.

Carla Bruni aurait-elle pu (dû) aller à l’hôpital militaire du Val-de-Grâce? Même si cet établissement est souvent cité pour les chefs d’Etat et leur entourage, ce n’est pas valable dans ce cas, l’hôpital ne disposant pas d’un service de gynécologie obstétrique. La seule maternité militaire se trouve à l’hôpital Bégin, à Saint-Mandé, où Ségolène Royal a accouché, par exemple, de son quatrième enfant.

Par ailleurs, comme le fait remarquer François Olivennes, gynécologue-obstétricien, au Figaro, «en réalité, ce n’est pas la maternité qu’elles choisissent mais le médecin qui va les accoucher». Or, certains gynécologues n’accouchent que dans certaines cliniques (l’identité du gynécologue de Carla Bruni n’est pas connue).

Dans un hôpital public ou une clinique conventionnée, les honoraires et la péridurale sont pris en charge à 100% par la sécurité sociale, à l’exception des frais additionnels comme le téléphone ou la télévision mis à la disposition dans votre chambre et des dépassements d’honoraires des médecins.

Si l’accouchement se fait par césarienne, le tarif sera plus cher. Une pratique de plus en plus généralisée, selon un rapport de 2008 de la Fédération hospitalière de la France qui pointait, en particulier, les établissements privés suspectés d’y avoir recours pour des motifs économiques, bien que l’âge plus avancé des patientes en constitue la principale raison. Dans cette étude, on retrouve la clinique de la Muette où plus d’un tiers des accouchements réalisés en 2009 avaient été faits par césarienne. Au moment de la parution de cette enquête, la clinique s’était défendue de voir toute intention financière derrière, expliquant qu’une partie de leurs clientes avaient eu recours à des traitements contre l’infertilité, et préférait éviter toute prise de risque.

Choisir sa maternité dépend également du degré de risque de la grossesse. Les maternités sont classées en trois niveaux:

  • niveau 1 comme pour la clinique de la Muette pour les accouchements dits «simple», ou du moins, espérés simples car ces cliniques ne comportent pas de service néonatalité
  • niveau 2 pour les maternités qui disposent d’une unité de néonatalogie
  • niveau 3 pour les maternités où se trouve un service de réanimation néonatale

Dans la majorité des cas, ce sont les établissements publics qui disposent de services de maternité de niveau 2 ou 3. Les maternités de niveau 1 ont toutefois l’obligation, d’après un décret de 1998, de faire partie d'un réseau de périnatalité qui détermine les conditions de transferts des femmes et des nouveau-nés en cas de complications au cours ou après l’accouchement (La clinique de La Muette  précise qu’«elle possède un partenariat avec l’hôpital Necker [maternité de niveau 3 avec réanimation néonatale]»).

Nicolas Sarkozy doit-il déclarer la naissance à la mairie?

La déclaration de naissance (à ne pas confondre avec la reconnaissance, qui est automatique pour les couples mariés) pour un enfant est obligatoire, et doit être faite dans les trois jours à partir du lendemain de l'accouchement, sous peine de ne pouvoir l'inscrire sur les registres que sur présentation d'un jugement du tribunal de grande instance.

En cas de naissance un mercredi, le délai est «repoussé jusqu'au lundi», mais mieux vaut vous renseigner auprès de votre mairie pour savoir ce qu'elle entend exactement par là: à la mairie du 16e arrondissement de Paris, le service de l'état civil explique que si l'enfant naît un mercredi, ses parents ont jusqu'au lundi d'après pour le déclarer (même si le service est ouvert le samedi matin). Pareil pour un accouchement le jeudi, et le délai court jusqu'au mardi si le bébé nait un vendredi.

La déclaration est normalement faite par le père à la mairie du lieu de naissance. Certains hôpitaux ont un officier d’état civil dans les locaux ou un employé chargé de la liaison entre maternité et mairie, ce qui permet de déclarer la naissance sur place.

Ce n’est pas le cas de la clinique de la Muette, où Carla Bruni a accouché, mais le président de la République ne sera pas obligé de se déplacer pour autant: même si en principe c’est au père de déclarer son enfant, quelqu’un d’autre (mère, médecin, sage-femme, «ou autres personnes qui auront assisté à l'accouchement») peut le faire s’il n’est pas disponible.

A-t-il droit au congé paternité et serait-il remplacé?

Le président de la République n’a pas de vacances ou de congés payés. Même quand il part se détendre sur le yacht d’un ami ou chez sa belle-famille, il doit toujours être joignable en cas de besoin. De même, le congé paternité –qui concerne principalement les salariés– ne s’applique pas à lui. D’un autre côté, il n’est pas non plus soumis à des horaires de bureau, et peut très bien décider d’annuler ses rendez-vous le jour de l’accouchement et d’alléger son agenda dans les semaines qui suivent.

Le nouveau président du Sénat Jean-Pierre Bel est celui qui devrait remplacer Nicolas Sarkozy en cas de «vacance» ou d’«empêchement définitif», mais le fait d’être un nouveau père ne rentre pas dans ces termes, qui évoquent la démission, le décès ou autres cas graves (maladie qui l’empêcherait d’exercer ses fonctions, attaque cérébrale, haute trahison, enlèvement...).

La Constitution prévoit par ailleurs que le Premier ministre peut suppléer au chef de l'Etat pour certaines fonctions précises (présidence du conseil des ministres et des conseils et comités supérieurs de la défense nationale) en cas de problème moins grave: cela a été le cas six fois sous la Ve République, cinq fois pour raisons de santé et une pour voyage.

Le Bébé Sarkozy ne sera pas le 7 milliardième être humain

Selon les projections de l’ONU, c’est à la fin du mois d’octobre que doit naître le 7 milliardième être humain. L’ONU a même fixé au 31 octobre la date symbolique du franchissement du cap des sept milliards de personnes sur terre. L'enfant présidentiel, dont la naissance était prévue autour du 30 octobre (comme l'affirmait fin septembre une amie de la mère), puis le 20, est finalement née le 19 octobre, et rate de quelques jours la chance d'être l'heureuse élue.

Pour les futurs parents désireux de remporter l'honneur du 7 milliardième être humain à la place des Sarkozy, le site Worldometer permet entre autres de suivre naissance par naissance le compte à rebours pour cette date historique.

Un bébé de président, c’est une première?

Oui: la dernière fois qu’un chef d’Etat français a eu un enfant durant son mandat ou son règne, il s’agissait de Napoléon III, en 1856, lors de la naissance du prince impérial.

En revanche, l’événement s’est déjà produit une fois sous la Ve République à Matignon. Le 28 octobre 1995, Isabelle Legrand-Bodin, la seconde épouse d’Alain Juppé, Premier ministre depuis six mois, donnait en effet naissance à une petite fille, Clara. Une naissance qui survenait dans une période troublée pour l’hôte de Matignon: une semaine avant, il avait dû, sous la pression de la justice et de la presse, déménager de son appartement parisien de la rue Jacob, où il était logé à un tarif de faveur; deux semaines plus tard, il devait faire face à un mouvement social massif contre son plan de réforme des retraites et de la Sécurité sociale.

L’année suivante, Juppé jouait de sa nouvelle paternité pour tenter de montrer qu'il était «moins technocrate qu'on ne le dit», en posant avec sa fille dans Paris-Match ou en évoquant comment elle le rendait «fou de bonheur» dans son livre de confidences Entre nous, gros succès de librairie:  

«Si j'étais tenté par le découragement, ces instants de bonheur [...] suffiraient à restaurer ma confiance dans l'humanité.»

Il évoquait également le sujet lors d’une conférence de presse pendant un déplacement à Moscou:

«J'habite tout près de mon bureau. Cela présente des inconvénients. Cela présente aussi un gros avantage, c'est qu'entre deux rendez-vous où, en général, je traite de problèmes difficiles, eh bien, je m'échappe chez moi et je vais voir ma petite fille, Clara, qui a trois mois, et alors je retrouve tout le moral et tout l'enthousiasme.»

Avant Alain Juppé, le dernier Premier ministre à avoir eu un enfant pendant son séjour à Matignon était Félix Gaillard, alors plus jeune chef de gouvernement de l’histoire (37 ans), en janvier 1958. Les ministres étant souvent plus jeunes, il est plus fréquent que l'un d'eux ait un enfant pendant qu'il est au gouvernement: cela a par exemple été le cas l'été dernier de Bruno Le Maire. Mais seulement cinq femmes ministresSégolène Royal, Frédérique Bredin, Florence Parly, Rachida Dati et Nathalie Kosciusko-Morizet — ont accouché en fonctions.

Et à l’étranger?

Le dernier président américain à avoir eu un enfant pendant son mandat est John Kennedy, dont le deuxième fils, Patrick, né prématuré, ne vécut que deux jours en août 1963. Son premier fils, «John-John» (resté célèbre, notamment, pour une photo légendaire de Stanley Tetrick le montrant sous le bureau ovale), était lui né alors que son père était déjà en quelque sorte président, le 25 novembre 1960, seize jours après son élection et deux mois avant son investiture. Dans son livre Une histoire de la séduction politique, l’historien Christian Delporte revient sur cet épisode:  

«Quand la femme du candidat disparaît brusquement, la presse s’inquiète et interroge John. D’abord hésitant, Kennedy finit par avouer aux journalistes, avec un large sourire: "Ma femme est enceinte." La nouvelle se répand alors comme une traînée de poudre: Jackie est enceinte! C’est pour novembre! Juste après l’élection! Bientôt, toute l’Amérique attendra l’heureux événement…»

En Allemagne et en Espagne, on ne trouve pas d’exemples similaires dans l’après-guerre (même si Gerhard Schröder avait adopté une petite fille russe, Viktoria, un an avant la fin de son mandat). En revanche, en Grande-Bretagne, cela s’est produit deux fois depuis dix ans, avec Leo, le quatrième enfant de Tony Blair, né en 2000 et surnommé le millennium baby—cela faisait alors un siècle et demi qu’un Premier ministre britannique n’avait pas eu d’enfants pendant son mandat—, et Florence, le quatrième enfant de David Cameron, née en août 2010. Ce dernier était alors devenu le premier Premier ministre britannique à prendre un congé paternité.

Jackie et «John-John» Kennedy, en août 1962. REUTERS/HO Old.

Les enfants de présidents font-ils de la politique?

Il reste seize enfants de présidents de la République française encore en vie: un fils et une fille pour Charles de Gaulle, un fils pour Georges Pompidou, deux fils et deux filles pour Valéry Giscard d’Estaing, deux fils (avec Danielle Gouze-Rénal) et une fille (avec Anne Pingeot) pour François Mitterrand, deux filles pour Jacques Chirac et donc quatre enfants pour Nicolas Sarkozy: deux avec sa première épouse Marie-Dominique Culioli, un avec sa seconde épouse Cécilia Ciganer-Albéniz et un avec Carla Bruni.

Seul Jacques Chirac, à ce jour, n’a pas eu d’enfant qui a exercé un mandat électif, même si sa fille Claude a été sa conseillère à l’Elysée: l’amiral Philippe de Gaulle a été sénateur de Paris entre 1986 et 2004; Alain Pompidou député européen de 1989 à 1999; les deux fils de VGE, Henri et Louis, respectivement conseiller général du Loir-et-Cher (1979-1992) et député depuis 2002, ainsi qu’élu municipal du Puy-de-Dôme; Gilbert Mitterrand député de Gironde pendant quatre mandats et maire de Libourne depuis 1989; Jean Sarkozy conseiller général des Hauts-de-Seine depuis 2008. Tous ont été élus sous la même étiquette que leur père.

Alexis Boisseau, Judith Chetrit, Cécile Dehesdin et Jean-Marie Pottier

Merci à Maître Zoulikha Chergui pour ses éclaircissements sur les congés présidentiels.

Mise à jour avec le départ de Nicolas Sarkozy pour l'Allemagne, et l'ajout de Nathalie Kosciusko-Morizet aux femmes ministres qui ont accouché en fonctions.

Mise à jour avec la naissance annoncée par Europe1

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