Life

La déception de l'iPhone 4S

Farhad Manjoo, mis à jour le 05.10.2011 à 10 h 11

Le dernier modèle d'Apple, pas bien folichon, pourrait ouvrir le marché mobile à Google et Microsoft.

Le PDG d'Apple Tim Cook parle devant l'image d'un iPhone 4S au quartier général de l'entreprise à Cupertino. REUTERS/Robert Galbraith

Le PDG d'Apple Tim Cook parle devant l'image d'un iPhone 4S au quartier général de l'entreprise à Cupertino. REUTERS/Robert Galbraith

Il n’y a pas d’iPhone 5. A la place, le nouveau téléphone d’Apple s’appelle le 4S, et si vous voulez savoir à quoi il ressemble, jetez un coup d’œil dans la poche d’un de vos amis et prenez-y l'iPhone 4 qu’il a depuis un an.

Le nouvel iPhone est le même que l’ancien –même extérieur en verre, même antenne externe problématique et même superbe écran– sauf qu’il est plus rapide, promet de meilleurs temps de téléchargement, et possède un appareil photo avec une définition de 8 megapixels (contre 5 pour l’ancien).

La vitesse supplémentaire permettra aux propriétaires de l’iPhone 4S de jouer à quelques jeux que l’iPhone actuel ne peut pas gérer, et le nouvel appareil aura aussi Siri, un assistant vocal qui a l’air fantastique.

«Hey, Apple, pourquoi tu nous as fait poireauter pour ça?»

Vous lui posez une question –«Est-ce que j’ai des rendez-vous vendredi midi?»– et Siri regarde votre calendrier et vous dit si vous êtes libre. Ça a l’air plutôt cool, mais je me demande s’il est assez intelligent pour répondre à ma question brûlante: «Hey, Apple, pourquoi tu nous as fait poireauter pour ça?»

Cela fait 15 mois qu’Apple n’avait pas dévoilé de nouvel iPhone –l’entreprise annonce généralement un nouveau modèle chaque été– et ce délai supplémentaire a alimenté les spéculations. On attendait quelque chose de plus –quelque chose d’énorme.

Une théorie était qu’on aurait deux iPhones: le modèle classique haut-de-gamme vendu à 199 dollars avec un abonnement de deux ans, et un nouveau modèle, bas de gamme, qu’Apple vendrait pour moins de 300 dollars sans abonnement. Rien de tout ça.

Tout ce qu’on a eu, c’est le 4S –qui sera vendu à partir du 14 octobre. Aux Etats-Unis, Apple va continuer à vendre l’ancien iPhone 4 pour 99 dollars et l’entreprise donnera gratuitement son 3GS, vieux de deux ans, mais seulement si vous vous avez un abonnement avec un opérateur. [On ne sait pas encore ce que les opérateurs français vont faire, NDLR]

Tous les iPhone se ressemblent

Le fait que le nouvel iPhone ressemble à l’ancien ne devrait pas surprendre. Chaque iPhone ressemble à celui qui le précède. L’an dernier, j’ai argué qu’Apple avait «atteint les limites du design industriel»– le premier iPhone, une feuille de verre plate avec un bouton principal, était un modèle tellement parfait qu’Apple n’a pas besoin d’y changer quoi que ce soit.

Avec l’iPhone 4S, l’entreprise rend cette limite explicite: un «iPhone 5» n’allait pas avoir une apparence si différente après tout –il aurait été un peu plus léger et un peu plus fin, ce dont on ne se serait pas rendu compte une fois dans son étui –alors pourquoi s’enquiquiner?

D’autant que l’iPhone 4 est le téléphone qui se vend le mieux sur le marché, et que tout au long de l’année dernière les ventes d’Apple n’ont cessé d’augmenter. Plus l’iPhone vieillissait, plus les gens l’achetaient –alors pourquoi ne pas en tirer le maximum pendant un an de plus?

Les vraies nouveautés du nouvel iPhone sont à chercher dans son logiciel. Le nouveau téléphone utilisera iOS 5, un système d’exploitation contenant quelques améliorations mineures, ainsi qu’iCloud, un système qui vous permet de synchroniser les données entres tous vos appareils.

Ces fonctionnalités sont sympas (j’ai utilisé la version beta d’iOS 5 quelques mois cet été) mais pas révolutionnaires. L’OS de Google Android et le Windows Phone de Microsoft ont déjà plusieurs des fonctionnalités qu’Apple vient d’ajouter avec iOS 5.

Super Siri

La fonctionnalité «phare», c’est-à-dire celle que vous pouvez vous attendre à voir vantée dans les pubs télé et magazine au cours de la prochaine année, c'est l’assistant Siri.

Apple reconnaît que d’autres téléphones utilisent la reconnaissance vocale, mais assure que Siri fera plus que simplement reconnaître ce que vous dites. Siri va le comprendre et agir en fonction. Vous pourrez dire à votre téléphone: «Déplace mon rendez-vous avec Kelly à midi.» Siri vérifie votre calendrier et vous répond avec une voix qui ressemble à celle de Rosey, la bonne des Jetsons: «Vous avez déjà un rendez-vous à midi. Dois-je le programmer quand-même?»

Siri peut lire vos textos à voix haute et vous permet de dicter vos réponses. Il peut également créer des alarmes «contextuelles» en se basant sur votre emplacement ou votre liste de contacts. Vous pouvez par exemple demander «Rappelle-moi d’appeler ma femme quand je pars du travail», et le téléphone, qui a appris les cordonnées de GPS de votre bureau et a déduit de vos précédentes correspondances l’identité de votre femme, vous proposera de lancer l’appel dès que vous changerez d’endroit.

Ça aura l’air génial à la télé, mais est-ce que ça marchera assez bien en pratique pour être utile? La reconnaissance vocale est une technologie difficile, et Siri butera au moins aussi souvent que le correcteur automatique de l’iPhone. Si ces trébuchages se révèlent gênants (s’il vous propose des restaurants indiens alors que vous aviez demandé un italien, ou s’il appelle votre maîtresse à la place de votre femme), Siri pourrait vite devenir un fardeau plutôt qu’une amélioration.

Apple perd du terrain

Les ventes et les profits d’Apple sont bien meilleurs que ceux de tous les autres fabricants de smartphone au monde, et rien ne prouve que l’entreprise va perdre sa place de leader. L’iPhone 4S fera sans doute un carton. Il n’empêche, Apple perd du terrain. La semaine dernière, je me suis emballé pour le nouveau Windows Phone de Microsoft. Étonnamment, l’OS portable de Microsoft a l’air plus simple et plus frais que les interfaces mobiles vieillissantes d’Apple et de Google.

Maintenant que j’ai vu le nouvel iPhone, je vais réitérer mon conseil, qui aurait été impensable il y a encore quelques mois: essayez Windows. L’iPhone est toujours roi, mais il y a désormais de nombreux prétendant au trône.

Farhad Manjoo

Traduit par Cécile Dehesdin et Grégoire Fleurot

Farhad Manjoo
Farhad Manjoo (191 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte