You know what? Les Français ont découvert les primaires!
Le regard d'un chroniqueur américain sur la lutte pour l'investiture chez les socialistes français: est-ce «That '70s Show» ou «Retour vers le Futur»?
- Le deuxième débat entre les six candidats à la primaire socialiste, le 28 septembre 2011. REUTERS/POOL New. -
Aux Etats-Unis, vous n’avez probablement pas vu le dernier débat républicain. Vif, mais courtois. Centré sur l’économie. Il a permis de clarifier les points de vue de chacun et a renforcé encore l’avance d'un candidat qui semble imbattable: François Hollande.
Monsieur Hollande, c’est bien sûr le favori de la primaire socialiste française,
qui doit déterminer quel candidat affrontera Nicolas Sarkozy lors de
l’élection présidentielle de 2012. Parmi ses principaux
rivaux figure Ségolène Royal, sévèrement battue par Sarkozy en 2007 et
qui s’est séparée juste après de François Hollande, son compagnon de 30
ans sans être marié avec lui. La politique française est plus solennelle que la version américaine, mais aussi plus sexy.
Mais le plus frappant dans le débat du mercredi 28 septembre, c’est
tout simplement qu’il ait eu lieu. Les partis français choisissent
traditionnellement leur candidat à la présidentielle par un vote des
militants, faisant de la nomination une affaire essentiellement privée.
Ce n’est plus le cas. Cette année, il suffit de déclarer que vous
adhérez aux principes du parti socialiste pour voter; et pour la
première fois, les candidats se sont vraiment affichés. Sarko s’est
toujours présenté comme le candidat Disneyphile, adepte du style
américain, mais ce sont les socialistes qui, malgré leur aversion pour
le mauvais goût capitaliste, ont finalement adopté le système
états-unien, et avec lui avec ses coachs de débats, ses sondages et ses spin
doctors. Et ont joué un joli coup.
Le lendemain du débat, Le Monde a publié une analyse qui aurait
déconcerté tout observateur attentif de la politique américaine.
L’article expliquait que le formidable mépris avec lequel les dirigeants
de l’UMP, le parti de Nicolas Sarkozy, avaient jusqu’alors traité cette
innovation n’avait pas résisté à l’épreuve des faits. Intéressant. Mais le
plus surprenant, c’est que les élus UMP admettaient ouvertement qu’ils avaient
eu tort de critiquer ce processus. «C’était un bel exercice de
démocratie», déclarait un député UMP. «Ça donne une bonne image. On ferait
mieux de s'en inspirer chez nous.» Un autre estimait que, comme chacun
des six prétendants avait des propositions un peu différentes, les électeurs
de gauche pourraient tous se retrouver dans les discours, et que «cela
risquait de rester dans les têtes, même lorsqu'il n'y aurait plus qu'un
candidat». Ces élus UMP n’ont-ils jamais entendu parler du «off the
record»?
«L'ère post-DSK»
Pour ceux d’entre nous qui en ont déjà assez des interminables
débats entre républicains, il est touchant de voir les mérites que
d’autres attribuent à ce processus avec leur regard plus neuf. Les
Français semblent même quelque peu éblouis par leur nouveau monde
populiste. Une émission de télé posait récemment la question «Qui sont les
hommes de l’ombre?» —les gourous, les conseillers, les coachs. Aux
Etats-Unis, ce sont bien sûr des célébrités à part entière; les talk-shows du dimanche n’existeraient pas sans eux. Et il y a aussi les
sondages! Les concurrents de François Hollande ont contesté la fiabilité
des enquêtes d’opinion, qui placent ce dernier largement en tête, parce
qu’il est quasi-impossible de savoir d’avance si telle personne
interrogée participera vraiment au vote.
Bien sûr, cette compétition aurait dû être du gâteau pour Dominique
Strauss-Kahn. J’ai toujours pensé que si la gauche s’est tant indignée
devant les accusations d’agression sexuelle envers DSK et devant la
façon dont il aurait été maltraité par le procureur de Manhattan, c’est
parce que tous les espoirs de victoire du parti en 2012 reposaient sur
lui. Mais c’est déjà de l’histoire ancienne. Sarko est désormais à son
tour embourbé dans les scandales alors que la gauche se trouve revivifiée par
son ouverture. «Il y a un vent d’espoir à gauche et je pense que nous
sommes maintenant réellement dans l’ère post-DSK», analyse Justin
Vaïsse, chercheur à la Brookings Institution. Un diplomate de haut rang a
trouvé le débat «plutôt rafraichissant»:
«C’est ainsi qu’il a été perçu et l’UMP, divisée par les conflits internes mais soutenant toujours un seul candidat, paraît alors un peu désuète».
Derrière cette rénovation au PS, il y a aussi l’histoire amusante de François-Ségo. Ségolène Royal a fait campagne en 2007 en supposant que les électeurs français en avaient assez des grands discours pompeux, ces déclamations ampoulées qui caractérisent la politique française au niveau national. Elle a plutôt prôné une politique basée sur les valeurs familiales et la vérité. Mais elle a finalement eu l’air un peu bizarre, un peu irréelle, et Sarko l’a mangée toute crue lors des débats. François Hollande, un érudit qui s’exprime bien, est un politicien de gauche classique (si classique qu’il a eu une liaison avec une journaliste politique, c’est la raison pour laquelle Ségolène Royal l’a viré de chez eux) et il a désormais complètement supplanté son ancienne partenaire. Hollande, c’est le futur, Royal le passé. On me dit que jusqu’à maintenant, ils ont prudemment gardé leurs distances.
Hollande, le Mitt Romney français
Le débat, dans son format, ressemblait à la version américaine... des années 1980. Deux journalistes dans un studio, sans public, face aux six candidats, alignés devant eux. Les questions se concentraient sur la politique, les réponses aussi. Les candidats s’interrompaient souvent et parlaient en même temps, mais sans s’emporter. Avant d’exprimer leurs désaccords, ils commençaient généralement par dire quelque chose comme «en toute amitié...».
Il n’y a eu que quelques moments de tension. François
Hollande, qui joue le rôle de favori prudent de Mitt Romney, a tenté de
se placer au-dessus de la mêlée en résumant les échanges, poussant
ainsi un Manuel Valls vexé à s’écrier: «François, ne conclus pas, pour
une fois!». Ce député socialiste et maire d’Evry est l’un des «petits»
candidats. Centriste, il a grommelé à Arnaud Montebourg, député de
Saône-et-Loire adepte de la «démondialisation»: «Personne ici n’a le
monopole de la gauche». Globalement, les socialistes, notoirement
grincheux, ont surpris le public et ont déconcerté l’UMP en gardant une
certaine hauteur.
Une oreille américaine aurait été tout autant surprise par le
contenu du débat que par cette sobriété formelle. Les réponses des
candidats à la crise financière qui touche l’Europe? Une véritable
politique industrielle, un «contrat entre les jeunes et les seniors», le
contrôle des prix et le protectionnisme.
Je n’arrêtais pas d’entendre une expression inhabituelle, «licenciement boursier» —apparemment quelque chose de terrible. On me l’a traduite de la façon suivante: «restructuration qui a pour but d’améliorer les performances boursières d’une entreprise». C’est à peu près comme cela que Mitt Romney a fait fortune. Aux Etats-Unis, on dirait, plus brutalement, «efficacité». Martine Aubry, la chef du parti, a proposé d’autoriser les salariés à saisir la justice contre les dirigeants d’une entreprise qui s’y risquerait; Ségolène Royal souhaite, elle, interdire la pratique. Au journaliste qui lui a dit que ses idées fleuraient bon les années 1970, elle a dégainé: «On le dira et ça ne me dérangera pas.»
Une formule moins libérale et plus dirigiste
La gauche a actuellement le vent en poupe. Le parti dirige la majorité des régions et des grandes villes de France. La semaine dernière, portant un terrible coup à l’UMP, il a en outre pris le pouvoir au Sénat pour la première fois depuis 1958. La France a déjà, dans les faits, basculé à gauche. Et les scandales qui assaillent le parti au pouvoir se succèdent. Le Monde a par exemple décidé de poursuivre l’Etat français après avoir appris que des agents des services secrets s’étaient procuré des enregistrements téléphoniques du journaliste d’investigation qui enquêtait sur un scandale de financement illégal de campagne. Dans un éditorial récemment publié en une, le journal soupçonne aussi l’existence d’un «cabinet noir» —sorte de ministère des sales coups— au palais de l’Elysée.
Jusqu’à maintenant, les socialistes ont manqué d’un porte-drapeau
charismatique. Hollande pourrait en être un. Il est bien plus doué pour
les débats que son ancienne compagne —savoir argumenter compte autant
en politique française que dire la vérité aux Etats-Unis— et ce n’est
pas une personnalité qui divise. Il a déjà obtenu le soutien de Jacques
Chirac, le prédécesseur de Nicolas Sarkozy à la présidence. Cette
surprenante défection montre clairement, selon Jean-Pierre Filiu,
historien à Sciences-Po, que «la France profonde aspire à un président
normal». Celui-ci estime qu’une victoire de François Hollande aurait une
portée bien au-delà des frontières françaises, dans la mesure où
«l’Europe dominée par la droite s’est avérée incapable d’agir
collectivement face à la crise de l’euro».
Voilà donc les enjeux. En 2007, Sarkozy promettait de changer le
contrat social français. Ce modèle, façonné par les syndicats les plus
puissants d’Europe, offre une vaste protection aux travailleurs, mais
les employeurs le trouvent trop coûteux et il handicape sans doute
sérieusement la France par rapport à ses concurrents sur la scène
européenne et mondiale. Sarkozy a un peu fait avancer les choses, mais
pas beaucoup. Une victoire de la gauche serait pour la France
l’opportunité d’essayer une autre formule, moins libérale et plus
dirigiste. En revenir à la politique statique des années 1970 ne semble
pas être une réponse novatrice à la crise actuelle. D’un autre côté,
cette option semble au moins aussi crédible que la vision anti-Etat et
anti-taxes défendue par les républicains de l’autre côté de
l’Atlantique.
James Traub
Traduit par Aurélie Blondel
Vous avez jusqu'au 7 octobre pour participer à notre vote au jugement majoritaire sur la primaire socialiste.
Retrouvez ceux qui feront 2012 sur Wikipol.
Mis à jour le 28/10/2011 à 15h29






































Ce type de licenciement a effectivement pour but d’améliorer les performances boursières d’une entreprise mais avec une vision purement micro économique, négligeant les conséquences macro économiques que seront l'augmentation des charges destinées à indemniser les chômeurs, la diminution des revenus des consommateurs, l'augmentation de l'angoisse générale, etc. Bref, c'est de l'amélioration des performances "à la petite semaine" qui leurre l'actionnaire et lui feront perdre de l'argent plus tard, lors de la secousse économique suivante qui arrivera inévitablement dans un monde que ces restructurations déstabilisent de plus en plus.
Il est donc normal que des responsables politiques cherchent pour leur part l'amélioration des performances macro économique de la nation qu'ils représentent et parfois ils doivent pour cela s'opposer aux recherches d'amélioration de rentabilités micro économique des entreprises.
Espérons donc que ces candidats ont cette vision, même si pour se faire élire ils pensent devoir rester au niveau du "raser gratis".
Pour le reste, il est toujours intriguant et rafraichissant de lire l'avis d'un étranger sur nos pratiques; ça donne du recul. C'est une des particularités de "slate.fr" que j'apprécie assez.
J'ai par exemple été choqué de voir comment une simple affaire privée ( les déboires de braguettes de Clinton* ) ont faillit coûter le siège de Bill et ont impacté les législatives en 2000, voire la présidentielle de 2001-2002.
Ou encore le délire dans les accusations contre Kerry ( "déserteur", "subversif", limite communiste ou anarchiste ) à cause de son opposition dans les 70" à la guerre du vietnam, guerre sale, perdu et que tout le monde y compris aux USA s'accordent à condamner... et bien entendu les accusations de communisme voire, oh insulte suprême, de socialisme à l'encore d'un Obama mou, applati durant toute sa présidence et qui est au socialisme ce que tony blair a pu être au communisme !
Si les primaires et les présidentielles restent "sages", "se concentrant sur la politique" (sic!) tout en "gardant une certaine hauteur" c'est tant mieux !
Je ne détaillerais pas pour l'auteur américain les subtilités de la politique française et de ses traditions politique, qui expliquent les choix proposés de réformes, et les implications de l'intégration européenne par exemple. Le Kolkhoze est mort en 1991, et la SARL en 2008. à défaut d'innovation, un retour de la présence des salariés dans la politique de l'entreprise ( interdiction/limitation des licenciements, intégrations des syndicat au C.A., etc... ) voire un mix peut être une idée à creuser.
@ Yann Guillou : Si, on peut se féliciter des primaires. D'une part parce que les sujet que vous évoquez ont été abordé soit lors de l'élaboration du projet socialiste au printemps et cet été, soit lors des primaires, un peu dans le cadre des débats mais surtout dans le cadre des nombreuses interviews existantes des candidats. Ensuite, effectivement tout n'a pas été abordé... et une partie l'a été de manière superficielle : mais par rapport aux campagnes de 95, 2002 ou 2007, ou RIEN n'était abordé d'un point de vue technique ( sauf par Jospin, Balladur et Chevènement en 1995... avec les résultats que l'on sait ) ! alors qu'on prétend dans les médias que le vulgus pecum est trop con pour comprendre quelque chose en politique, englué qu'il est dans sa paranoïa du tous pourri et sa décrépitude star-académicienne, ces primaires prouvent deux choses :
1°) il y a encore un parti politique en France qui refuse le populisme facile ( quoique Aubry et Royal m'on largement déplu sur ce sujet ) dans lequel se sont ancrés les divers UMP, FN, FdG ou EELV ( encore que Eva Joly a tendance à s'opposer au courant Placé-Duflot )...
2°) ET CA MARCHE, comme le prouve les audiences des débats télévisés et l'augmentation des ventes de presse qui commentent ces évènement ! Une partie des français commencent à se dire que peut être que le PS, pour une fois, n'est pas un parti qui va s'enfermer dans le populisme paranoïaque débilitant, habituel depuis plus de 15 ans en France ( y compris au PS, il suffit de voir la campagne de 2007 ). Un fol espoir peut être, mais quand même.
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* : contrairement à l'affaire DSK ( viol ), il s'agissait pour clinton d'une relation extra-conjugale, donc relevant du domaine privé.
Les primaires permettent à un parti de désigner son candidat à une élection. http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lection_primaire L'éléction présidentielle détermine la personne qui sera désignée président de la République. http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lection_pr%C3%A9sidentielle_en_France
Donc en résumé l'éléction présidentielle n'est pas une primaire. Peut être n'ai je pas saisi le sens de votre commentaire. Je me permets donc de vous demander de préciser en quoi le premier tour de l'éléction présidentielle serait "plus démocratique" qu'une primaire. Peut être que les primaires socialistes ne sont pas très démocratique après tout?
Démocratique : Propre, conforme à la démocratie, à ses partisans, à leurs caractéristiques politiques, économiques, sociales, culturelles.
Par avance merci.
Pour ce qui est de la charte j'ai toujours dit qu'elle ne pouvait être que clivante. Ils sont "revenu" un peu en arrière et en gros elle énnonce les valeurs de la République à savoir : Libérté, Egalité, Fratérnité. Comme il est judicieusement dit dans cet article de Slate : http://www.slate.fr/story/43967/charte-valeurs-gauche-ps-droite «ce qui va différencier les partis politiques sur le plan des valeurs est la priorité qu’ils vont accorder à certaines». La charte n'existerait pas que cela reviendrait au même. A mon sens la primaire est ouverte à tous les citoyens français sans exception.
Pour ce qui est de l'argent ne pensez vous pas que ce qui aurait été anti démocratique c'est de ne pas laisser un des principaux parti français organiser des primaires sous prétexte de manque de financement? Dans tous les cas l'Etat y contribue (vous et moi) puisqu'il met à disposition des bureaux de vote. C'est aussi ça la démocratie. Si l'UMP organise des primaires cela se passera de la même façon. Si le parti que vous soutenez n'a pas d'argent pour présenter un candidat ne vous viendra t'il pas à l'esprit de "l'aider". La démocratie ne se fait pas comme par enchantement.
Pour finir la primaire française est largement inspirée de la primaire américaine, il parait donc judicieux de les comparer. A ce sujet je trouve cet article très pertinent. Et encore une fois une primaire n'est pas une élection présidentielle. Les comparer me semble peu pertinent.
Merci de votre réponse et ravi d'avoir pu echanger ces quelques lignes avec vous.
Bien à vous.
http://www.monde-diplomatique.fr/2011/08/MCCHESNEY/20845
C'est parce qu'en France le mode de financement des primaires n'est pas le même qu'aux États Unis que l'on doit s'acquitter d'une maigre rétribution pour aller voter. Il me semble que si l'on ne veut pas suivre le même chemin que les États Unis il faut d'abord savoir de quel chemin il s'agit. C'est tout l'intérêt de comparer les primaires des deux pays.