Honnir Eric Besson: la communion des bien-pensants
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La vie quotidienne nous confronte rarement à des cas d'école. Aussi, lorsqu'une occasion se présente d'appliquer, by the book, les «principes» ou les idées qui nous ont été inculqués, d'avoir en somme l'assurance que la position que nous adoptons est conforme à la doxa, il est difficile de ne pas la saisir. Lorsque, de surcroît, cette position offre l'opportunité de s'indigner de l'attitude d'autrui et, ce faisant, non seulement de se gargariser implicitement de la sienne propre mais aussi de communier chaleureusement dans le blâme, peu nombreux sont ceux qui ont l'idée ou la force de renoncer à hurler avec les loups.
Puisque l'occasion est offerte - comme un providentiel cadeau de la vie à ceux qui cherchent à réordonner la complexité du réel dans une pensée binaire - pourquoi renoncer à la délectation de sonner l'hallali?
Comment ne pas s'adonner goulument au lynchage d'Eric Besson?
De fait, la seule évocation du nom du ministre de l'Immigration, de l'Intégration etc., agit désormais comme une formule kabbalistique, comme un moderne rituel de reconnaissance des membres de la grande fraternité bien-pensante. Il suffit en effet que soit lâché ce mot magique - «Besson» - pour que, à la moue de dégoût ostensiblement affectée par les uns, à la consternation appuyée et conjuratoire ou au demi-sourire entendu se dessinant aussitôt sur le visage des autres, la reconnaissance mutuelle s'opère. L'élan de répulsion collective à l'égard de la flétrissure soude alors le groupe et le mobilise. Chacun, dès lors, sans retard, scrupules ni réflexion, participe avec zèle et enthousiasme à la curée.
Hommes politiques des deux bords bien sûr, mais aussi journalistes, intellectuels ou «simples citoyens» considèrent ainsi comme une figure imposée d'évoquer périodiquement, pour le railler ou pour le honnir, le nouveau parangon de fourberie. Au point que le nom de Besson - qu'on n'associe d'ailleurs plus qu'au prénom d'Eric, et non plus, par exemple, à ceux du cinéaste Luc ou des écrivains Patrick ou Philippe - semble en voie de devenir une antonomase.
Que lui vaut un aussi formidable succès?
La réponse est évidente... pour qui ne voit dans la succession de décisions qu'il a prises - depuis les premières critiques émises sur la campagne de Ségolène Royal à son arrivée au ministère de l'Immigration - rien d'autre que le développement d'une logique parfaitement cohérente, la mise en œuvre d'une stratégie implacable et parfaitement maîtrisée d'accession au pouvoir. Dénué de scrupules comme de convictions profondes, jetant aux orties son ancien corpus idéologique, oubliant son opposition frontale à la politique menée par Nicolas Sarkozy sous les gouvernements Raffarin et Villepin, Besson aurait décidé de retirer ses billes à temps pour les miser sur le bon cheval, avec l'espoir d'en obtenir un fructueux retour sur investissement.
Inutile, donc, de chercher explication plus complexe, plus nuancée.
De s'interroger sur les limites de la discipline partisane. Ou sur la légitimité, et même la moralité, du choix de soutenir à tout prix le candidat ou la candidate représentant sa famille politique pour l'élection majeure de la vie politique française, quelque doute que l'on ait sur sa capacité à présider aux destinées du pays.
Ou, plus globalement, sur l'importance qu'il faut attribuer, dans le choix d'un candidat à l'élection présidentielle, aux idées défendues et au programme présenté d'une part, à la personnalité du candidat, d'autre part.
Et à quoi bon se demander s'il convient de tout attribuer, dans l'attitude de Besson, à l'unique et incoercible désir de se voir offrir un maroquin ?... Le combat politique entre partis de gouvernement relève, on le sait, pour partie au moins, du jeu de rôles. Certains des clivages qui opposent les formations politiques - clivages que celles-ci s'emploient à entretenir, voyant dans un trop large consensus des gens «raisonnables» une menace pour leur existence sous sa forme actuelle - ont quelque chose d'artificiel et perdent, du reste, toute consistance lorsque, arrivant à tour de rôle aux affaires, ces partis mènent, en différents domaines, une politique analogue.
Il convient par ailleurs de souligner que les convictions politiques profondes et radicales existent bel et bien mais qu'elles sont aujourd'hui plus souvent le fait des extrémistes, et que, dès lors, il n'y a, en soi, rien d'aberrant à ce que des démocrates sensés et modérés puissent gouverner ensemble et apparaissent, en certains cas, interchangeables.
Ces considérations, en vérité, importent peu... La messe est dite, le jugement sans appel.
Mais, pour le plus grand bonheur des bien-pensants, la communion dans le mépris de Besson a pris une tout autre dimension depuis que, en vertu d'une circulaire rapidement devenue fameuse, les préfets ont la possibilité d'octroyer aux clandestins qui dénonceraient leurs passeurs, une carte de séjour temporaire, voire une carte de résident.
Besson offre donc au bien-pensant une occasion nouvelle d'un pieux lynchage en même temps qu'un plaisir particulièrement raffiné et délectable, très recherché, à vrai dire, des connaisseurs: pouvoir comparer une attitude ou une politique publique à celles menées par le régime de Vichy, dénoncer un pétainisme rampant, annoncer le retour de la Bête immonde. La fine fleur de la «bien-pensance» française peut se mettre en branle, les antifascistes en ordre de bataille. Les Jean Moulin rétrospectifs prennent le maquis - le maquis symbolique, le maquis des idées, celui où l'on n'attrape pas de mauvais de coups, où l'on ne se salit ni les mains, ni les souliers, mais qui permet tout de même de vivre, de recréer, par le verbe haut et outrancier, l'exaltation de la résistance.
Cessons, donc, avec eux, de distinguer la police de Vichy de celle de la France des années 2000 et rejoignons les nationalistes corses ou le Réseau éducation sans frontières pour dénoncer, avec un sens aigu de la mesure, les «rafles» effectuées par cette même police. Ne faisons plus de distinction mal venue entre le fait de dénoncer son voisin qui a le tort d'être né juif sous le régime de Vichy et celui de dénoncer un honnête passeur, qui fait vivre sa famille à sa manière, par le commerce de différentes denrées : armes, drogues, organes ou êtres humains. Dénoncer la mafia et dénoncer les juifs, dans le fond, quelle différence? Toutes les dénonciations étant également condamnables, pourquoi chercher à distinguer, par exemple, entre le délateur et le citoyen qui, témoin d'un crime, apporte, par son témoignage, son concours au travail de la police? Et la victime d'un crime ou d'un délit, qui porte plainte contre son agresseur ne se rend-elle pas également coupable de dénonciation? Ne serait-il pas plus conforme à l'éthique qu'elle s'abstienne de cette dénonciation qu'est le dépôt de plainte?
Trêve de distinctions, de querelles byzantines: tous délateurs, tous collabos... Les bien-pensants peuvent s'indigner tout leur soûl. C'est Besson qui rince.
De traître paradigmatique, le voici donc élevé au rang de salopard universel. Belle promotion, en vérité.
La question de cette circulaire mise à part, Besson n'ignorait pas, sans doute, à quoi il s'exposait, la réprobation outrée qu'il susciterait, en étrillant Royal, claquant la porte du PS, soutenant Sarkozy, intégrant le Gouvernement et y occupant le ministère le plus honni de la gauche. Certains diront que la soif de pouvoir, le désir de vengeance ou le besoin de reconnaissance ont simplement pris le dessus sur la discipline partisane et le respect de certains principes. Peut-être. Nul ne contestera en revanche que cette attitude suppose tout à la fois un certain courage et une certaine audace. Qu'il en faille chercher la source dans des blessures, des frustrations ou des sentiments trop humains n'y change rien.
Peu nombreux seront également ceux qui remettront en cause ses compétences. Largement reconnues par les socialistes lorsqu'il était secrétaire national à l'économie et à la fiscalité, elles semblent l'être aussi par le président de la République, même si l'on sait ce dernier bien versatile, pour ses faveurs comme pour le reste.
Courageux, audacieux et compétent, donc. Cela ne suffit pas cependant, estiment certains, à faire de lui un homme d'honneur. Il eût fallu pour cela qu'il ajoutât à ces belles qualités la fidélité. Peut-être. Au nom d'une certaine conception de la fidélité politique - dans ses différentes dimensions : fidélité au parti et à son mode de fonctionnement mais fidélité aussi aux mœurs politiques et aux corpus idéologiques - Besson est conspué.
Les hurlements grégaires d'indignation suscités par sa transgression nous renseignent en fait sur l'état des mentalités politiques, et nous montrent, plus précisément, combien restent pris au sérieux les clivages, les oppositions entre partis de gouvernement, combien ces derniers non seulement structurent, comme il est logique, notre vie politique, mais aussi en demeurent, en quelque sorte, l'horizon indépassable.
Mais pourquoi occulter cette évidence que, quand bien même Besson serait un authentique cynique, il n'en ferait pas, pour autant, un mauvais ministre - ni d'ailleurs un mauvais homme d'Etat, on pourrait sans peine citer quelques précédents...?
La compétence d'un ministre pèse-t-elle si peu en comparaison du respect religieux des clivages partisans?
Pourtant, le combat politique, même livré sincèrement, suppose une part de mascarade, donc de trahison. On caricature, on sacrifie, on trahit, en partie au moins, ses idées, pour peser politiquement, pour se conformer aux exigences de simplicité et de binarité, du parti. Si cela semble admis, considéré sans doute comme un mal nécessaire, on juge ordinairement à l'inverse, sans qu'on sache trop pourquoi, qu'il est moins honorable de trahir le parti au profit de ses idées ou d'une personnalité politique en qui l'on croit. Pourquoi attacher tant de prix à la fiction selon laquelle les idées, les programmes et les argumentaires des partis reflètent fidèlement les points de vue de leurs cadres ? Il ne s'agit pas de rêver d'une société unanime mais de clivages moins théâtraux, moins grandiloquents, d'une démocratie plus mûre où la pantalonnade de l'opposition partisane et la passion du lynchage des apostats occuperaient moins de place que le sincère débat d'idées.
Baptiste Marsollat
Baptiste Marsollat est lecteur de Slate.fr.
Image de une: Eric Besson, le ministre de l'Immigration. REUTERS/Pascal Rossigno
Mis à jour le 06/10/2010 à 17h54










































rare par les temps qui courent
"Il convient par ailleurs de souligner que les convictions politiques profondes et radicales existent bel et bien mais qu'elles sont aujourd'hui plus souvent le fait des extrémistes, et que, dès lors, il n'y a, en soi, rien d'aberrant à ce que des démocrates sensés et modérés puissent gouverner ensemble et apparaissent, en certains cas, interchangeables."
L'interchangeabilité des politiques est certes une évidence...
Et leurs "pardons" et lynchages autant d'hypocrisies.
Mais ceux qui contestent radicalement le système ne sont pas tous des "extrémistes" :
ou alors Gandhi, Jésus étaient des extrémistes ?
J'en suis alors !
Oui un bon article que l'on peut attribuer à (pour rester mesurer) 90% de la classe dite politique. L'idéal et le respect de la Nation passent bien après l'EGO médiocre des 90%.
Bien sûr que vous avez raison et bien sûr que ce type d'article est bien trop rare! Mais il faudrait aussi se demander pourquoi une grande partie de la presse se délecte à longueur de nombreuses colonnes à rapporter toutes ces prises de positions d'hommes politiques ou de notables dont la seule justification est d'être un tant soit peu connus pour avoir droit à une parole médiatisée. On voit donc que la responsabilité de la presse est partiellement engagée, même si le poids du lecteur-acheteur est bien évidemment déterminant.
Je suis cependant avec vous pour proclamer " Haro sur la bien-pensance!" quelle que soit la forme qu'elle prenne:politiquement correct, "artiste" qui se doit de déranger, conformismes de toute obédience... Toutes ces barrières que nous nous créons et qui nous empèchent de penser par nous-mêmes.
D'accord de A à Z avec cet article.
Mais dans quel monde vivez-vous ?
Vous semblez ignorer que nombreux sont les gens qui admirent le courage d'Eric Besson, son sérieux, sa compétence.
Vous parlez de fidélité. Mais la plus noble des fidélités n'est-elle pas d'être fidèle à soi-même ?
Et en effet je vomis BESSON.
La politique lorsqu'un homme se fait élire par un parti (expression constitutionnelle qui donne aux partis le rôle de structurer des corpus idéologiques) lui donne une obligation non pas de fidélité absolue, mais d'honneteté relative par rapport à ce parti, aux militants et électeurs
donc en l'occurrence, je ne dénie pas à Besson le droit de changer d'opinions mais de le dire ouvertement et de demander à ses électeurs de trancher
Or cet homme comme un edgar faure de peu de poids se veut girouette mais accuse le vent
désolé cher monsieur (et le cher implique dans mon esprit la notion de marché) mais la solidarité gouvernementale fait de vous le coresponsable d'une politique fortement marquée par une idéologie de la restauration et la détestation (tout autant que la destruction) des fondements de notre modèle élaborés pendant la guerre)
désolé cher monsieur, mais dans la vie politique, si le consensus et le dialogue sont nécessaires, y compris les alliances de mandature (chères à mendes), les ralliements individuels et les débauchages ne sont qu'opportunisme carrièriste
donc oui monsieur besson, je vomis votre opportunisme et votre bonne conscience
Article qui a le mérite de poser la question de notre tendence à désigner une victime émissaire afin souder un groupe, de résoudre ses conflits intérieurs en d'externalisant symboliquement le mal. Processus tellement humain, au fondement de la violence sacrée de toutes nos organisations sociales.
Toutefois, je préfère hurler avec les loups. L'argument de la compétence personnelle ne me convainc pas. Les qualités d'un homme qui s'intéresse au bien commun peuvent aussi s'exprimer dans la haute fonction publique. Elles seront reconnues, et la classe des hauts fonctionnaires permet une continuité dans le fonctionnement de l'état au delà des hasards électoraux.
L'attitude de Besson n'est pas scandaleuse par rapport à son destin (tous les politiques sont ambitieux), ni par ses renoncements idéologiques personnels. Ce n'est même pas une question de morale. Paris vaut bien une messe, si celle ci permet l'Edit de Nantes. Mais la trahison de Mr Besson n'apporte rien au bien commun. Au contraire, il décrédibilise le fragile système (mais si essentiel à la paix sociale), en nous montrant sa cruelle vérité. Un roi a besoin de ses habits et de sa couronne pour régner. Une démocratie doit accepter le jeu de rôles des partis et des personnels politiques pour fonctionner. Car si la politique est une fiction, ce que je ne conteste pas, que le clivage partisan est souvent artificiellement caricaturé et amplifié, il n'en reste pas moins qu'il est nécessaire de l'accepter, sans crédulité , sans illusions.
Les Idoles ont des pieds d'argile, nous le savons depuis plus d'un siècle. Le savoir nous impose-t-il de les détruire ?
Même s'il est parfois difficile de ne pas éprouver de pitié. Dieu, qu'il est élevé le coût du ralliement chez Sarkozy...
L’aurez-vous noté ? Seriez-vous tenté de manifester votre désaccord avec le comportement et/ou la politique menée par Eric Besson, que vous voilà propulsé par l’auteur:
- Sonneur d’hallali
- Lyncheur goulu
- Penseur binaire
Et, pour peu que vous n’ayez pas reconnu en Eric Besson les trois qualités cardinales dont l’affuble l’auteur, je cite : « courageux, audacieux et compétent, donc », vous voilà devenu «fine fleur de la bien-pensance ». On n’est pas plus nuancé.
Le même auteur nous livre quelques lignes plus loin le secret de la réussite en politique : « le combat politique, même livré sincèrement, suppose une part de mascarade, donc de trahison. On caricature, on sacrifie, on trahit, en partie au moins, ses idées, pour peser politiquement, pour se conformer aux exigences de simplicité et de binarité, du parti. »
Vu comme cela, on comprend mieux, effectivement.
Donc je vais, au grand dam de l’auteur, me livrer à « la pantalonnade de l'opposition partisane et la passion du lynchage des apostats ».
Naïf je suis, eh bien tant pis, naïf je resterai. Je crois encore à la force des convictions, qui pour être efficace ne contraint pas à passer dans le camp d’en face.
Je crois surtout qu’avant de pousser ses concitoyens à dénoncer, non pas uniquement les exploiteurs de misère, mais aussi ceux qui veulent aider les clandestins, il faudrait peut-être s’interroger sur l’efficacité de mesures qui visent au spectacle soigneusement mis en scène des expulsions.
Combien de clandestins entrent-ils sur le territoire français chaque année ? Quand vous aurez la réponse à cette question, vous saurez combien il faut en reconduire à la frontière ; pas avant.
N’est-il pas la moindre politique alternative ? Le sujet m’intéresse, je ne demande qu’à en débattre, mais ce n’est visiblement pas le propos de l’auteur.
Il reste que la démagogie du discours politique centré sur les seules problématiques liées à l’immigration et à la sécurité rappelle des rhétoriques que nombre d’entre nous espéraient bien ne plus entendre. La résurgence de ce discours semble décidément respecter le tempo des scrutins successifs,
Il a déjà payé au prix fort son ralliement à la droite manquerait plus qu'il ne soit pas récompensé ...
Il doit se dire que c'est toujours mieux que de bosser pour désire d'avenir ou d'essayer vainement d'établir une ligne politique avec Martine.
Avant la campagne présidentielle, Eric Besson participe à l’élaboration du programme ps, dans lequel il fait figure de jeune talent. Il est alors l’un des plus ardents opposants à la politique prônée par Nicolas Sarkozy. Quelques mois plus tard, au cœur de la campagne présidentielle, il annonce son revirement total et utilise son expérience récente afin de mieux vaincre le PS auprès des autres conseillers de l’actuel président. Il passe de socialiste convaincu à premier adversaire de Ségolène Royal à l’occasion de l’échéance politique la plus importante, une élection présidentielle. Alors que quelques jours avant il pensait un programme d’opposition à la droite, il utilise ses informations afin de mieux combattre ceux qui étaient ses amis quelques semaines plus tôt.
Ainsi je crois que son CV parle pour lui : s’il est l’objet d’une telle haine, ce n’est pas pour les raisons évoquées dans cet article orienté, mais bien à cause d’un comportement à qui il appartient à chacun de juger moralement. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Jean Marie Bockel et Bernard Kouchner ne subissent pas le même traitement politique et médiatique : ils ont rejoint Sarkozy sans renier une certaine éthique.
Effectivement Eric Besson est pour le moins mal aimé, non par la « bien pensance » mais par tous ceux n'étant pas militants de l’UMP, ce qui, pardonnez moi, n’est pas exactement la même chose…
Je pense que si Eric Besson subit lune telle haine de ses anciens amis socialistes, c'est pour deux raisons:
- Il a franchi la ligne sacrée pour les socialistes qui sépare la droite de la gauche et surtout il l'a franchie dans le mauvais sens. Ce pauvre Besson n'est pas dans le sens de l'Histoire. Hors du paradis socialiste, point de salut!
- Il a été désigné à la vindicte, au mépris, à la haine populaires par la candidate socialiste pendant les élections présidentielles comme étant le parangon des traitres.
Mais si on y regarde bien, Eric Besson a joué cartes sur table: il s'est rallié à Nicolas Sarkozy AVANT le premier tour et donc ses intentions étaient claires. Il a changé de camp tardivement, c'est vrai, mais sans aucune ambiguïté. Il serait plus compréhensible que la rancune des socialistes s'exercent sur Mr Kouchner ou Mr Bockel qui ont rejoint le président Sarkozy et non le candidat Sarkozy. Mais ceux-ci n'ont pas fait l'objet d'anathèmes probablement parce que nous n'étions plus en campagne présidentielle. On voit bien dans cet exemple que la bien-pensance a beaucoup de traits communs avec le grégarisme et l'esprit de clan propres au fonctionnement archaïque de certains partis politiques.
Avec dans le rôle de la victime Eric Besson, dans le rôle des méchant « des membres de la grande fraternité bien-pensante » d’après un pamphlet de Baptiste Marsollat.
Eric Besson serait donc un cas d’école…
C’est bien son attitude qui conduit à l’indignation collective, pas ses compétences. Mais c’est vous qui faite la plus ardue description de l’homme, et de son attitude : « la flétrissure, le nouveau parangon de fourberie, dénué de scrupules comme de convictions profondes, un authentique cynique ».
Avoir des convictions, des principes, et les défendre, tiens donc plus pour vous, du radicalisme et de l’extrémisme (pensée totalitaire). Les hurlements et l'indignation suscités ne le sont non pas du fait de sa simple transgression (kouchner, Amara pouvant être considérés comme avoir eux aussi transgressé), mais bien par sa manière de faire, son avidité affichée d’accéder au pouvoir coûte que coûte, son désir d’appartenance au clan du plus fort quitte à marcher sur ses principes (si tenté qu’il en ait) !
Si la répulsion est collective, alors, est elle dénuée de tout fondement ?
La capacité qu’ont encore les individus de s’indigner est une attitude plutôt salvatrice, ne trouvez-vous pas ?
Tout ceci ne nous renseigne pas simplement sur ses compétences, mais sur l’homme lui-même, ses motivations !
Et en parlant de Besson Luc …, et en ayant l’idée saugrenue de faire « une comparaison d’actions » par nature aux antipodes l’une de l’autre, entre un personnage de fiction et un personnage réel, d’Eric avec Léon…
Léon est un tueur sans fois ni loi, mais avec des compétences, du courage, et de l’audace, voir avec de l’abnégation à la besogne, il pourrait tout aussi, être reconnue à sa juste valeur par les qualificatifs que vous employez.
Là ou Léon à la conviction que tuer est un art (en s’approchant au plus près). Il a aussi pour principe (et de si tenir) de ne jamais accepter de contrats concernant les femmes et les enfants (par déontologie ou humanisme peut être ?).
Eric lui, n’a comme conviction, que pour arriver au pouvoir, il faut se mettre au service du plus fort. Et pour principe l’opportunisme, quitte à trahir ses idées, ses amis, sa famille politique, la fin justifiant les moyens.
Serait-il (Léon pas Eric) pour autant humainement, plus ou moins honorable ? N’est ce pas aussi une question d’attitude en certaines circonstances ? Doit on tout accepter pour réussir ?
Prendre comme seuls critères « compétences, courage, audace » ne suffit pas pour dire de quelqu’un qu’il est honorable. Votre apostat sur une démocratie plus mûre, et votre point de vue partisan ne respire pas l’objectivité d’un point de vue mesuré. Si « hurler avec les loups », pour vous se résume au fait, qu’ont certains à avoir la faculté de ne pas tout accepter par idéologie en défendant certains principes par convictions, comme la liberté, l‘humain ou l’honnêteté intellectuelle avec soi-même et ses amis, ainsi que la liberté de penser par soi même sans pour autant accepter d’être qualifié « d’extrémiste ou de radicaliste », j’ai donc l’honneur de revendiquer fièrement cette capacité à hurler avec les loups !
Bonne journée.
« la bien-pensance a beaucoup de traits communs avec le grégarisme et l'esprit de clan propres au fonctionnement archaïque de certains partis politiques » (Henry 44)
J’en retiens que critiquer un homme de sa famille politique qui, après avoir préparé un projet d’alternance avec vous, va aider vos principaux opposants juste avant l’échéance politique nationale la plus importante, soit un acte brusque et à l’opposé total de tout ce qu’il a défendu juste à présent, c’est tomber dans la « bien pensance » et avoir un « esprit de clan » ?
On voit bien que pour faire croire qu’ils sont des réformateurs opposés aux « archaiques » voire parfois « malades mentaux » socialistes, les sarkozystes n’ont pas peur du ridicule !!!
Vous dites "critiquer un homme de sa famille politique", je trouve que le verbe est bien faible quand il s'agit des attaques nombreuses, virulentes, et haineuses dont Éric Besson fait l'objet depuis le fameux coup d'envoi de Ségolène Royal appelant le mépris populaire sur celui qui venait de changer de camp. Ce que j'exprimais, ce n'est pas un quelconque soutien à Eric Besson (dont je comprend assez mal le parcours, à vrai dire) mais plutôt l'incompréhension devant l'acharnement dont il est la victime (expiatoire?) et la relative "impunité" dont jouissent Messieurs Kouchner et Bockel (dont je ne comprends guère mieux le parcours). Nous ne sommes pas dans des temps de guerre où il faudrait anéantir l'ennemi à tout prix. Je serai plutôt tenté de retenir la discrétion de l'intéressé face à la hargne de ses contradicteurs, cette hargne qui empêche de se faire une opinion saine sur les affaires que traite ce membre du gouvernement.
Nous sommes dans une république démocratique et ce que fait Eric besson aujourd'hui pourra toujours être défait demain par une nouvelle majorité. Le combat politique doit se transformer en un débat où chacun a et garde ses convictions en respectant ses contradicteurs et en étant conscient de ne pas détenir toute la vérité.
Salutations,
C'est assez rigolo comme article: donc si on est pas d'accord avec Eric Besson on fait partie d'une communauté bien -pensante, de gauche présumément. Donc j'en déduis que si on est d'accord avec Besson, et a fortiori avec l'auteur de l'article, on doit faire partie d'une communauté mal-pensante, de droite présumément, non?
Plaisanteries à part: pour ceux qui comme moi ne se font aucunes illusions sur les "convictions" des politiques de métier, comme Besson, le fait qu'il bosse pour Sarko n'est qu'un épiphénomène sans importance; les idéologues de gauche (dont je ne suis pas) vous diront que cela fait longtemps que les politiciens de gauche ont trahi la "vraie" gauche. Par contre, le simple fait de collaborer à une politique visant à traquer, enfermer et expulser des gens qui cherchent simplement à survivre, au nom d'un fantasme d'extrême-droite de "quotas d'expulsions" pour, évidemment, le plus grand bien de la France, est pour moi le signe d'une extraordinaire dégradation morale et incompétence politique, hautement critiquable.
Dégradation morale car en ce pays dit des Droits de l'Homme traiter ainsi des gens dont le seul "crime" et de n'avoir pas de papiers est en soit énorme, même si ca ne choque personne dans la "bonne société".
Incompétence politique car nous savons que l'inversion de la pyramide des âges obligera la France à avoir recours à l'immigration. Et pas seulement pour les cerveaux associés à "l'immigration choisie" (dont la perte coûte cher aux pays qu'ils quittent, mais c'est un autre débat), mais également pour toutes les activités professionnelles nécessaires pour faire tourner un pays. I'INED estime qu'il y a dans les 300 000 illégaux en France. Il apparaît qu'une bonne partie travaille (au black, par définition, ou avec de faux papiers) dans ces domaines professionnels, qui souffrent déjà d'un manque de main d'œuvre chronique. N'y a t'il vraiment pas mieux à faire que de les donner en pâture aux flics et aux fonctionnaires zélés?
J'apprécie particulièrement dans cet article le dernier paragraphe (de la première page) sur Vichy et son invocation à tort et à travers par de nombreux exaltés -- par exemple la loi LRU (autonomie des universités) n'a pas échappé à ce traitement. J'ajouterai seulement que ceux qui ne voient aucun mal à hurler avec les loups auraient probablement été des pétainistes enthousiastes si l'occasion leur en avait été donnée.
Le grand mystère pour moi est cette incapacité de nombreuses personnes, par ailleurs bien nourries, bien logées, et ayant bénéficié avec succès d'études supérieures, à renoncer à haïr les cibles qu'on leur désigne. Haïr l'autre est probablement un réel réconfort pendant une guerre, mais pourquoi est-il si important pour beaucoup de gens de nier que nous vivons en paix et en démocratie, et donc que le choix d'un parti politique ne justifie pas de s'énerver outre-mesure, et encore moins d'adopter des comportements de "chasse en bande" qu'on condamne chez les autres ?