Partager cet article

Le jour où la Chine s’effondrera…

Un homme descend un escalator dans le quartier d'affaires de Pudong, à Shanghai en 2011. REUTERS/Aly Song

Un homme descend un escalator dans le quartier d'affaires de Pudong, à Shanghai en 2011. REUTERS/Aly Song

Nouriel Roubini, spécialiste de l'annonce des catastrophes, en est sûr: le système chinois ne tiendra pas. S'oriente-t-on vers une crise bancaire ou Pékin arrivera-t-il à passer entre les gouttes?

 Si l’on en croit l’opinion dominante, le monde a basculé et la crise financière n’a fait qu’accélérer le mouvement. Le poids économique des vieilles nations industrielles décroît et la montée en puissance des pays émergents, Chine en tête, doit se poursuivre au cours des prochaines années. D’une certaine façon, c’est rassurant de savoir qu’il y a au moins quelques zones dans la monde où l’activité restera soutenue, alors que le doute est profond concernant la croissance future de l’Europe et des Etats-Unis. Si le FMI a sensiblement réduit ses prévisions pour tous les pays, Chine y compris, il crédite tout de même cette dernière d’une croissance de 9,5% cette année et de 9% l’an prochain.

Mais tous les économistes ne sont pas certains que cet ultime refuge contre la dépression continuera à résister. Parmi eux, on retrouve Nouriel Roubini, qui semble s’être fait une spécialité de l’annonce des catastrophes. Il a commencé à sonner l’alerte dans une note du 11 avril, sur le thème: le modèle chinois n’est pas tenable et il va s’effondrer, probablement après 2013. Pourquoi? Aucun pays au monde ne peut être assez productif pour consacrer 50% de son PIB à l’investissement sans créer des surcapacités massives et des problèmes de crédits «non performants».

De fait, la Chine a réagi à la chute de ses exportations entre 2008 et 2009 en se lançant dans des grands programmes (infrastructures, logements) financés à crédit par les collectivités locales. De 42% du PIB, ratio déjà élevé, l’investissement est passé autour de 50% en 2010 et 2011. Les chiffres sont impressionnants: le volume des prêts accordés par les banques chinoises a presque doublé entre 2008 et 2009 (à 1.100 milliards d’euros), 10.300 km d’autoroutes ont été mis en service en deux ans, une nouvelle centrale électrique est créée chaque semaine, etc.

Pour Nouriel Roubini, cette histoire ne peut que mal se terminer: après une période de surchauffe, ces surcapacités ne pourront mener qu’à la déflation, en commençant par le secteur manufacturier et l’immobilier.

Le tournant du XIIe plan

Manifestement, les autorités chinoises ont compris le problème. Elles durcissent leur politique monétaire, elles freinent les nouveaux investissements des collectivités locales et elles semblent avoir réussi à calmer la hausse des prix à la consommation (ramenée de 6,5% en juillet à 6,2% en août, elle devrait tendre vers 4-5%).  Selon les statistiques officielles, la hausse de l’endettement des collectivités locales a été ramenée de 61,9% en 2009 à 8,9% en 2010. Et, surtout, la Chine est en train de faire évoluer son modèle de croissance, moins dépendant de la demande mondiale et davantage tourné vers la demande intérieure et la satisfaction des besoins de consommation. C’est en tout cas l’objectif visé par le XIIe plan quinquennal 2011-2015.

Beaucoup d’économistes y croient, parce qu’ils estiment, eux aussi, que le modèle actuel n’est pas tenable et que la Chine n’a pas le choix. «En modifiant les priorités de leur modèle de développement, écrivent Alexandra Estiot et Christine Peltier, économistes à BNP Paribas, les autorités chinoises devraient devenir plus “tolérantes” à des taux de croissance un peu plus modérés –mais toujours robustes

Nouriel Roubini, lui, n’y croit pas. Ce passage d’un modèle de croissance à un autre ne pourra se faire de la façon harmonieuse décrite par les autorités, parce qu’il exige des transformations trop profondes par rapport au système actuel: les grandes firmes d’Etat, les entreprises exportatrices et les gouvernements provinciaux vont freiner des quatre fers.

Pour lui, la Chine va continuer à investir massivement, jusqu’à la chute finale. Certaines tendances ne lui donnent pas tort. Ainsi dans le bâtiment: en juin, les experts du FMI exprimaient leur crainte face au risque de bulle immobilière et estimaient nécessaire de calmer le jeu, notamment par un coût du crédit plus élevé. Leurs interlocuteurs chinois leur ont expliqué qu’ils étaient bien conscients des risques, mais que, pour maintenir la paix sociale, il fallait garantir aux ménages modestes l’accès au logement à des prix abordables.

Crise bancaire en 2013…

D’autres que Nouriel Roubini ont exprimé leurs inquiétudes. En mars 2011, l’agence de notation Fitch estimait que le risque d’une crise bancaire en Chine vers le milieu de 2013 s’élevait à 60%. Et, ajoutaient ses experts, l’indicateur qui les amenait à cette conclusion est fiable: il a annoncé les crises qui ont été enregistrées en Irlande et en Islande.

Sans jouer la carte du catastrophisme, beaucoup d’économistes et d’investisseurs se montrent très prudents et observent attentivement l’évolution de la situation. On en voit la confirmation dans le fait que la Bourse chinoise aussi est en repli: de plus de 13% à Shanghai et de 25% à Hong Kong depuis le début de l’année. Lan Wang Simond, gérante de fonds de la banque Pictet, à Genève, explique ainsi sa vision du problème: «On doit travailler sur la probabilité la plus forte. Je ne sais pas si le pessimisme est justifié. L’effondrement des investissements, la déflation, on n’en est pas là. Mais la probabilité d’un atterrissage brutal de l’économie est maintenant de 20-25 %

... ou transition réussie

Alors, cela «passera», comme le pense Lan Wang Simond, qui mise sur les «étoiles montantes» dans les secteurs liés à la consommation d’une classe moyenne en expansion, ou cela «cassera»? Le risque est réel, mais, comme il est connu et bien localisé, on peut espérer, sans en être totalement sûr, que l’accident sera évité. Pour les Européens, en tout cas, ces études ouvrent quelques pistes de réflexion.

La première est que tous nos espoirs ne doivent pas être mis dans le marché chinois: il faut y être, mais pas au détriment d’autres marchés. La seconde, c’est qu’il ne faut pas attendre trop d’une croissance chinoise davantage axée sur le marché intérieur. Même si le gouvernement réussit la transition et s’il n’y a pas de crise, les entreprises chinoises seront toujours très présentes à l’exportation. Simplement, avec une main-d’œuvre plus chère –si on veut que les Chinois consomment, il faut bien leur en donner les moyens–, l’outil de production chinois se portera vers des secteurs à plus forte valeur ajoutée et laissera le textile ou les jouets aux pays d’Asie du sud-est.

Pour les pays occidentaux, et la France en particulier, la conclusion est évidente: il faut que notre effort se porte encore et toujours vers une plus grande qualification de notre main-d’œuvre.

Gérard Horny

Chronique également parue sur Emploiparlonsnet

Vous devez être membre de Slate+ et connecté pour pouvoir commenter.
Pour devenir membre ou vous connecter, rendez-vous sur Slate+.
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte