France

Anti-cyclone, tu perds ton sang froid

Stéphanie Plasse et Laura Guien, mis à jour le 07.10.2011 à 16 h 49

L'anticyclone des Açores, héros de notre quotidien, finit toujours par gâcher la fête. Sera-t-il victime du réchauffement climatique?

Prévision pour le 7 octobre 2011. METEO FRANCE

Prévision pour le 7 octobre 2011. METEO FRANCE

L'anticyclone des Açores. Pour la plupart des téléspectateurs, il n'est qu'une masse nuageuse mal dégrossie qui tourbillonne au bout d'un doigt inquiet dans une animation projetée sur fond vert. Pourtant, tous les jours ou presque, cet anticyclone vedette assure le service lors des flashs météo en venant régulièrement mettre sa branlée à la dépression islandaise, cette méchante fée qui traîne avec elle la pluie et le froid sibérien. En deux mots, l'anticyclone des Açores est à la météo ce que le MacGuffin est au cinéma d'Hitchcock: il fait avancer l'intrigue.

Une intrigue aux nombreux autres protagonistes, et dont les spécialistes Catherine Laborde et Joël Collado ne se lassent pas de narrer les aventures, maniant avec brio le langage météorologique. Masse d'air chaud, d’air froid, précipitations, pression atmosphérique, anticyclone, dépression... Ces mots pourtant fréquemment entendus désarçonnent parfois le téléspectateur et l’auditeur, peut-être trop concentré à détecter sur la carte le nuage qui va assombrir sa journée, ou à essayer de se convaincre que la dépression islandaise n'a rien à voir avec un album de Björk intégralement enregistré avec un célesta sur fond de Beatbox.

Mon anticyclone, ce héros

Alors qui est réellement ce héros de la météo dont on nous vante parfois les exploits? Petite définition de la climatologue Martine Tabeaud:

«l’anticyclone est un  zone de haute pression, un centre d'action où l'on retrouve beaucoup d'air partant de façon divergente. Il s'agit en fait d'une sorte de soufflerie qui envoie du vent dans tous les sens. Son positionnement est très important car il va permettre d'empêcher les perturbations qui se forment au large de la côte américaine». 

Cette masse d’air blanchâtre que les téléspectateurs voient tourbillonner sur les cartes satellites serait donc l’image de notre protecteur. Le garant du beau temps des Français, le rempart contre l'humidité et la dépression. «Pendant la période estivale, explique Pascal Scaviner, prévisionniste à MeteoConsult, l'anticyclone se regonfle, ce qui nous apporte un temps calme. Il rejette les dépressions vers les îles britanniques. En période hivernale, il se rétracte laissant passer les perturbations»

C’est la raison pour laquelle on sait qu’il n’est pas très loin lorsqu’il fait beau et qu’il s’est déplacé lorsqu’il fait orageux. Preuve, le temps ensoleillé de ces derniers jours dans la majeure partie du pays, Brest compris. Signe de l’action bienfaitrice de notre phénomène météorologique. Le mois de septembre le plus chaud depuis 1900, d’après les présentateurs des bulletins météo.

Pourtant, comme dans «L’étrange cas du docteur Jekyll et de M. Hyde», l’anticyclone renfermerait une part d’ombre, un double néfaste. D’après les diagnostics, le chevalier blanc de nos prévisions atmosphériques s’avère avoir un comportement schizophrène sur le long terme. Si l’envie lui prend de squatter plus longtemps que prévu à côté de la France, alors gare aux périodes de sécheresse. «En été, l’anticyclone se décale vers notre pays, ce qui peut nous donner du beau temps. Mais s’il ne bouge pas, il peut engendrer de fortes chaleurs voire une canicule et en hiver, apporter des vagues de froids car il ramène de l’air glacé de la Sibérie par ses courants de l’Est»,  analyse Patrick Galois, prévisionniste à Météo France.

Car l'anticyclone des Açores qui s'installe, c'est un peu comme avoir sa mère en week-end chez soi. Ça apporte un peu de chaleur au début, mais il ne faut pas que cela dure trop longtemps.

Le ciel, les climatologues et ta mère

Et en bonne progéniture ingrate que nous sommes, lorsque le thermomètre s’affole, on ne pense plus qu’à une seule chose: mettre ce gêneur à la porte, ou, encore mieux: le faire disparaître de nos horizons. «L'anticyclone des Açores est là parce que la Terre tourne, et qu’il existe une différence de température entre l’équateur et le pôle. Pour qu’il disparaisse, il faudrait que la Terre s’arrête de tourner ou que cet écart de température n’existe plus. Cela paraît très peu probable», estime Christophe Cassou, climatologue et chercheur au CNRS.

Disparaître non. Mais changer? Notre anticyclone préféré ne pourrait-il  pas faire un petit effort pour éviter de toujours pourrir la météo? Certaines théories sur le réchauffement climatique évoquent le possible impact sur l’évolution de notre bouclier anti-dépression. Martine Tabaud :

«Les théories les plus catastrophiques estiment qu’avec 3 degrés supplémentaires l’anticyclone des Açores disparaîtrait pour laisser place à d’autres phénomènes dans l’atmosphère. Mais si l’on reste sur une augmentation de température en dessous des 3 degrés, alors on conservera l’anticyclone et l’on restera sur une manière sensiblement identique de fonctionner».

Des théories qui ont toutefois peu de crédit dans la communauté scientifique. Pour Christophe Cassou, «il n’y aurait en aucun cas disparition ou apparition mais plutôt modulation du phénomène existant». Conséquence de cette modulation: l’anticyclone  se déplacerait peut-être plus au nord. «Il resterait plus longtemps sur la France avec pour conséquences des étés plus longs qui pourraient durer du 15 juin au 15 septembre», reprend Martine Tabaud.

De quoi changer sensiblement le climat sur toute l’Europe du sud. Pour la chercheuse, rien n’est encore prouvé, et ces théories de climatologues resterait selon elle «dans le domaine de la spéculation et du rêve». Un peu comme l’idée de mettre sa mère au train avant la fin du week-end...

Stéphanie Plasse et Laura Guien

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