La fin de l'aide alimentaire, ce serait la fin de l'Europe solidaire
Si l’Union européenne devait couper l’aide alimentaire communautaire à ses concitoyens, c’est toute sa politique dans l’humanitaire qui serait menacée. Alors qu’elle est fondée sur un principe de solidarité.
- REUTERS/Toby Melville -
La solidarité ne se saucissonne pas. Au cas où l’Europe ne serait pas capable de maintenir une aide alimentaire aujourd’hui distribuée à 13 millions de personnes qui, sans elle, ne mangeraient pas à leur faim, c’est le principe même de la dynamique européenne qui serait remis en question.
On ne méconnaît pas les raisons pour lesquelles le débat sur le programme d’aides européen aux plus démunis (PEAD), structuré et installé en 1987, est justement contesté aujourd’hui par un certain nombre de pays. Sous l’effet de la crise, l’Europe prend l’eau et d’aucuns peuvent chercher à en profiter pour la pousser un peu plus vers le fond. Mais que, au moment où des plans d’aides se chiffrent par centaines de milliards d’euros, certains pays avancent des arguties juridiques pour attaquer le soutien communautaire aux plus démunis, voilà qui tient de l’obscénité.
Qu’il existe, sous ce débat, un jeu politique, est certain. Mais quand la crise fragilise les personnes qui le sont déjà le plus, lorsque la précarité se répand dans tous les pays et que le marché de l’emploi ne redémarre pas, est-ce vraiment le moment d’ouvrir ce dossier de l’aide alimentaire?
En toile de fond, le bras de fer sur la PAC
La toile de fond est connue depuis déjà plusieurs années. Initialement, le PEAD devait utiliser les stocks alimentaires européens. Ceux-ci s’épuisant, l’Europe a compensé par des achats de nourriture pour répondre aux besoins, fournissant une aide au total de 480 millions d’euros dans le cadre de ce programme.
L’aide financière est prélevée sur le budget de la Politique agricole commune –toujours très critiquée par certains membres de l’Union. Or, la renégociation de la PAC est engagée afin qu’un nouveau système de subvention à l’agriculture soit en place en 2013. Dans ce contexte, six pays –Allemagne, Royaume Uni, République Tchèque, Danemark, Suède– estimant que la PAC n’a pas vocation à intervenir dans l’aide aux plus démunis, contestent la rallonge financière européenne, en la renvoyant à la charge de chaque pays dans le cadre de sa politique d’aide sociale. Ce qui viderait le PEAD des trois quarts de ses capacités d’intervention.
Enjeu économique contre approche politique
Bien sûr, il y a d’un côté les pays qui contestent l’aide financière qui alimente le PEAD, et de l’autre ceux qui la défendent et en sont les principaux bénéficiaires (Italie, France, Pologne). Evidemment, ce ne sont pas les mêmes. Il y a aussi l’arsenal juridique des premiers confortés par une décision de la Cour de justice de Luxembourg au nom du principe de concurrence. Il s’oppose au principe de solidarité dans une Europe qui compte 80 millions de personnes vivant au-dessous du seuil de pauvreté –soit 16% des citoyens européens ou une personne sur six– et, parmi elles, ces 13 millions qui survivent grâce à cette aide alimentaire publique. De plus en plus de jeunes, de plus en plus de femmes seules avec leurs enfants… Approche économique contre approche politique: la nature de l’Union européenne est posée.
L’Europe solidaire existe-t-elle?
Pour ceux qui ont besoin de cette aide, qu’importe qu’on la prenne dans l’enveloppe de la PAC ou dans une autre. C’est la responsabilité du politique de le décider. Mais qu’on se limite à proposer une nationalisation de cette aide, c’est véritablement une régression au regard des idéaux de solidarité à l’origine de la Communauté. D’autant que, dans une Europe où les frontières ont été levées, où la liberté de circuler est la règle, et où tous les pays n’ont pas les mêmes capacités pour répondre aux besoins de base des plus démunis, cette «nationalisation» est tout simplement impossible. Sauf à remettre des barrières, et à revenir à une Europe du chacun chez soi.
«L’aide doit rester européenne», insiste le ministre français Bruno Le Maire. Pour la France où les Restos du Cœur, la Croix Rouge, le Secours populaire et les banques alimentaires distribuent maintenant 130 millions de repas dans l’année grâce à l’aide de 72 millions d’euros provenant du PEAD. Si celle-ci devait être réduite des trois quarts, ces associations seraient contraintes de réduire le nombre de repas de 43 millions de repas, alors que les besoins ont augmenté de 25% en trois ans.
Toutefois, rien n’est encore décidé, après l’échec de la réunion des ministres européens de l’Agriculture le 20 septembre puis celle des Affaires sociales le 3 octobre. La question pourrait être ajouté à l'agenda du Conseil européen des 17 et 18 octobre, souligne Euractiv. La tension monte, alors que le dossier est ouvert depuis trois ans. Cherche-t-on à crever un abcès, ou tente-t-on d’exploiter une période particulièrement instable pour faire basculer l’Europe?
L’aide humanitaire également sur la sellette
Si le principe de solidarité ne devait pas être réaffirmé, ce sont bien d’autres missions de l’Union européenne qui seraient menacées. A commencer par l’aide humanitaire, malgré le consensus européen signé par le Parlement, le Conseil et la Commission en 2007. A la suite de cette reconnaissance, le service d’aide humanitaire de la Commission européenne (Echo) est devenu, en 2010, une véritable direction générale de l’aide humanitaire et de la protection civile. Et les instances européennes dégagent maintenant plus de 3 milliards d’euros d’aide annuelle pour intervenir dans le sauvetage et la protection des populations en cas de catastrophes ou de crises dans le monde. L’an dernier, l’Union a même adopté un cadre stratégique spécifique en matière d’assistance alimentaire humanitaire. Et maintenant, elle reculerait sur l’aide à ses citoyens les plus pauvres?
Soit une solution est trouvée pour le PEAD, soit c’est le principe de solidarité qui n’aura pas survécu à la crise et toute la politique d’aide humanitaire de l’Europe qui subira progressivement le même sort. On disait que cette aide constituait précisément un champ prioritaire à investir pour l’Europe, pour porter des valeurs autres que monétaires, offrir une efficacité que les Etats pris isolément ne peuvent atteindre, et conforter ainsi sa légitimité au service des populations –à l’intérieur et en dehors de ses frontières. La question, aujourd’hui, est posée.
Gilles Bridier
Mis à jour le 05/10/2011 à 2h07















































Quoi nos voisins Européens ne pensent pas aux autres ? Quoi l'idée de coopération et d'union européenne s'arrête pour la CJUE aux mots de concurrences et libre échange ? Non c'est pas possible...
Le PEAD avait un sens quand l'Europe ne savait pas que faire de ses surplus agricoles, aujourd'hui que ce n'est plus le cas, on peut se demander si ce n'est pas plutôt du ressort des politiques sociales nationales.
La crise grecque actuelle montre que certains pays européens ont un peu abusé (euphémisme!) des aides européennes et ont même triché pour en avoir plus (importation de blé albanais déclaré comme grec pour avoir des subventions)et la solidarité trouve vite ses limites quand des pays malhonnêtes sont en plus en train de nous entraîner vers le gouffre!
Ne vous leurrez pas, le chacun pour soi à de l'avenir, surtout en période de crise; et à qui la faute? comme par hasard, on a toujours les PIGS(Portugal, Grèce, Italie, Espagne) du "Club Med" en ligne de mire! Etonnant , vous ne trouvez pas?
ce que les français ne font pas pour eux-mêmes.
Il n'y a aucun pays en Europe, pas même la Grèce ou l'Albanie, qui soit tellement pauvre qu'il serait incapable, s'il le voulait, de nourrir sa propre population sans solliciter l'aide humanitaire internationale.
Dans les pays d'Europe du Nord, tous les chômeurs quel que soit leur âge et leur ancienneté ont droit à une indemnisation, et à des aides financées par le contribuable national ou local. Ils ne dépendent pour leur survie ni de la charité privée, ni de l'aide humanitaire internationale : ce serait une honte.
Mais les politiciens français n'ont aucune honte : ils laissent crever leur propre peuple, et maintenant ils vont accuser l'Europe d'en être responsable, comme si la France était un pays d'Afrique de l'Est confronté à une terrible famine.
Si vous laissez votre fils mourir de faim au point qu'il est obligé d'aller mendier de la nourriture chez le voisin, alors vous êtes une sacrée pourriture !
Et si vous vociférez contre le voisin parce qu'il refuse de nourrir votre fils et l'accusez d'être responsable du destin tragique de votre fils, alors vous êtes pire qu'une pourriture : vous êtes un politicien français.
Les pays d'Europe du Nord ont tout à fait raison de se montrer ferme sur ce sujet, et si vous saviez le mépris qu'il doivent éprouver envers les politiciens français, dégénérés et corrompus au point de se plaindre que l'Europe refuse de nourrir leurs enfants à leur place, vous auriez honte d'être français !
En plus des outrances et des caricatures (les européens du nord pensent que ...mais bien sur, lesquels? le contribuable qui paye pour les autres... mais bien sur ...donc il n'est pas dans la société, il vit à côté et il paye...lassant)
Nous apprenons que les chômeurs en fin de droit n'existent pas ...etc.
En l’occurrence, l'Europe n'est pas le voisin, sauf pour les nationalistes.