RUGBY

Bilan du premier tour de la Coupe du monde de rugby

François Mazet et Sylvain Mouillard, mis à jour le 04.10.2011 à 17 h 23

44 matchs, 242 essais, un carton rouge... Ce qu’il faut retenir de la phase de poules du Mondial de rugby (outre le fait que l’équipe de France est nulle).

Irlande-Australie le 17 septembre 2011, REUTERS/Bogdan Cristel

Irlande-Australie le 17 septembre 2011, REUTERS/Bogdan Cristel

Le premier tour de la Coupe du monde de rugby s’est terminé dimanche 2 octobre. L’équipe de France, qui a sombré dans la sinistrose, disputera samedi contre l’Angleterre un peu plus qu’un quart de finale. Après la ridicule défaite contre le Tonga, elle jouera sa crédibilité, et les joueurs, leur honneur. Heureusement, les autres nations ont donné quelques raisons de s’enthousiasmer. L’occasion de faire un premier bilan.

Le match: Samoa-Afrique du Sud

On ne va pas se mentir, tous les touristes et les amateurs de rugby ont été une fois de plus galvanisés par la ferveur et la bonne humeur des équipes du Pacifique et de leurs supporters. Les Samoans, s’ils se sont fait voler la vedette ce week-end par les Tongiens, y sont pour beaucoup. Avec notamment un match dantesque contre les tenants du titre Sud-africains, au cours duquel on a bien cru voir quelques têtes Springboks rouler. On reviendra plus loin sur le traitement de défaveur infligé aux équipes du Pacifique, mais malgré cela, les coéquipiers de Mahonri Schwalger ont imposé un défi énorme pendant 80 minutes.

Disciplinés, féroces dans les rucks, tranchants dans leurs courses au large... ils ont poussé la robuste machine sud-africaine dans ses derniers retranchements. Peut-être le meilleur moyen pour les hommes de Peter de Villiers de préparer leur quart de finale contre l’Australie. Quant aux Samoans, on n’ose imaginer ce que cet attelage de bons joueurs des championnats européens et néo-zélandais pourrait donner s’il était traité comme les autres grandes nations.

Les équipes qui auraient dû être en quarts: Ecosse, Tonga, Samoa

On connaît le diction en football: «A la fin, c’est l’Allemagne qui gagne» (la variante italienne est possible). En rugby, la même chose est valable avec les Anglais (ou les Sud-af’). Samedi, l’Eden Park d’Auckland a vécu sa plus belle ambiance du premier tour en accueillant un croustillant Ecosse-Angleterre. Dans les tribunes, tout ceux qui n’avaient pas juré allégeance à la Reine prenaient évidemment fait et cause pour les Scots, des supporters sud-africains en goguette en passant par un journaliste italien moustachu. Pendant 65 minutes, la bande des Alastair y a cru, éliminant même virtuellement les boys de Martin Johnson lorsqu’elle menait 12-3.

Ça n’a malheureusement duré que 30 secondes. Le temps que Jonny Wilkinson passe un drop pour siffler la fin de la récré, et que Simon Danielli manque un essai d’un cheveu de son mulet... Autres regrets: les absences des Samoa et du Tonga. Si les Fidjiens étaient en-dessous de tout cette année après leur quart de 2007, leurs cousins ont répondu présent. Les Samoans regretteront d’être tombés dans la «poule de la mort», les Tongiens d’avoir bêtement chuté face au Canada.

La mauvaise surprise: l’Australie

Victorieuse des Tri Nations cet été, vainqueur des All Blacks en août, on attendait une démonstration de force et de talent de la part de la jeunesse dorée australienne. Le premier tour ne devait servir qu’à se mettre en jambes avant une voie royale vers la finale. Audacieux sur le terrain, détendus, disponibles et souriants en dehors, on avait presque envie de soutenir les Wallabies cette année. Las, rien n’a fonctionné comme prévu. Après une mi-temps à batailler contre les Italiens, les joueurs de Robbie Deans sont tombés dans un piège tendu par une équipe de vieux briscards au pelage roux et en maillots verts, qu’on étiquette d’habitude «loosers magnifiques». L’Irlande a donc bien battu l’Australie, comme dans les rêves les plus fous de la presse néo-zélandaise. Et sans contestation possible.

A suivi une série de pépins bonne à vous saper le moral: Ioane, Horne, Palu, Mitchell, McCabe, Fainga’a, Beale, Horwill, Moore, Pocock... Tous sont passés à un moment ou à un autre par la case infirmerie. De quoi faire jouer le numéro 8 Samo à l’aile et le demi de mêlée Phipps à l’arrière contre la Russie. La mêlée australienne s’est faite concasser par tous ses adversaires, et la charnière Genia-Cooper, étiquetée comme la plus talentueuse et complémentaire du tournoi, n’a pas fait d’étincelles. Pas de très bon augure à l’heure d’affronter les gaillards sud-africains en quart.

La bonne surprise: le Canada

Dans la poule A, on attendait le Japon. Les Nippons voulaient confirmer leurs progrès avec deux victoires. Au final, on a surtout vu les Canadiens. Les Canucks, autour de Jamie Cudmore, ont montré que le rugby semi-pro nord-américain méritait plus de moyens et de reconnaissance. Une victoire basée sur la solidarité et l’abnégation contre Tonga (25-20), une belle résistance quatre jours plus tard contre la France (19-44), et un match nul arraché contre les Japonais (23-23). Les Canadiens sortent malheureusement sur une fessée contre les All Blacks (15-79) mais ont prouvé que pour les battre, il fallait jouer à fond. Les États-Unis, et dans une certaine mesure la Russie, ont aussi bataillé avec honneur et évité les raclées promises.

La déception: l’IRB

La consanguinité au sein de la fédération internationale, l’IRB, a déjà fait couler beaucoup d’encre. Le premier tour de cette Coupe du monde n’améliorera pas l’image du quarteron de retraités anglo-saxons cravatés et de son président en pardessus Bernie Lapasset, en charge des affaires du rugby international. Le calendrier de ce Mondial, d’abord, semble n’avoir été élaboré que pour perpétuer un entre-soi pépère et sans surprise. Le Tonga ou les Samoa peuvent légitimement s’estimer floués par la répétition des matchs qui leur a été imposée, sans laquelle ils auraient pu entrevoir une qualification pour les quarts.

Cinq jours après leur match d’ouverture contre les All Blacks, les «Aigles de mer» du Pacifique doivent remettre le couvert contre les Canucks, qui n’auront eux-mêmes que trois jours de coupure avant d’affronter la France. Un temps de repos insuffisant et qui explique en partie la défaite des hommes d’Isitolo Maka ce jour-là. Sans cela, ils auraient été en bien meilleure position comptable à l’heure d’affronter les Bleus, et les hommes de Lièvremont seraient peut-être déjà rentrés à Paris.

Même chose pour les Samoans, qui chutent dans un match décisif contre le Pays de Galles (10-17), disputé quatre jours après leur entrée dans la compétition. Les pontes de Dublin répondront que les nations mineures n’ont qu’à progresser dans le classement IRB pour disposer d’un programme plus favorable, et qu’il est impératif de caler des matchs en semaine pour satisfaire les diffuseurs et engranger des droits télés qui seront ensuite redistribués aux plus faibles. Il ne faudra juste plus s’étonner du manque de surprises dans la compétition.

D’autant que certaines décisions arbitrales entretiennent le malaise. Vendredi dernier, le Gallois Nigel Owens se retrouve au sifflet pour diriger Afrique du Sud-Samoa. Un choix étrange alors que dans le même groupe, les Diables rouges sont au coude à coude avec les Samoans pour une place en phases finales. Résultat, après quelques décisions plus que curieuses, les joueurs du Pacifique - défaits et quasi-éliminés - crient au complot. Comme Eliota Fuimaono-Sapolu, qui s’était déjà fait remarquer pour avoir comparé le calendrier concocté par l’IRB à «l’apartheid», et qui récidive sur son compte Twitter: «I can understand the hate!! Haha good luck u racist biased prick» («Je peux comprendre la haine!! Haha, bonne chance enfoiré de raciste partial»).

Autre exemple, l’affaire Alessana Tuilagi. L’ailier samoan a été condamné à payer une amende de 10.000 dollars néo-zélandais (environ 6.000 euros) pour avoir porté un protège-dents d’un équipementier non-agréé par l’IRB. Dans le même temps, les Anglais (toujours eux...) échappent à toute sanction après avoir fait taper des pénalités à leurs buteurs avec des ballons différents, ce qui est strictement interdit. Heureusement, un parraineur a pris sur lui de régler l’amende de Tuilagi, qui faisait franchement mauvais genre sachant que les Samoans avaient du organiser une véritable levée de fond pour assurer leur participation au tournoi.

Le joueur: Ma’a Nonu

En 2003, on l’annonçait comme l’héritier naturel de Tana Umaga au centre de l’attaque All Blacks. Même capacité à percer la ligne, mêmes origines samoanes, même franchise en Super 12 (Hurricanes) et même dreadlocks au vent. En réalité, Ma’a Nonu n’a longtemps été qu’un gros bourrin, une bête physique capable de faire exploser n’importe quelle défense à l’impact, mais beaucoup moins impressionnant dans le jeu de mouvement. Un cousin très éloigné de Tana Umaga, en fait, à peine meilleur qu’un Mathieu Bastareaud. Oublié de la liste en 2007, le centre et ses 110 kilos sont revenus de plus belle martyriser les lignes adverses.

Sauf que ce Nonu nouveau montre une capacité à faire jouer ses partenaires et à lire le jeu. Au point de laisser Sonny Bill Williams sur le banc, ou de le forcer à l’exil sur l’aile. Le numéro 12 des Blacks est impressionnant depuis les Tri Nations, et a été impitoyable lors des trois matchs de poule qu’il a disputés, avec notamment une performance de premier choix contre la France où il a fait passer Mermoz et Rougerie pour des minimes.

L’ambiance: dernier reste d’amateurisme

Qu’on se le dise, les prochaines éditions de la Coupe du monde, en Angleterre dans quatre ans, et au Japon en 2019, ressembleront sûrement à ce que le Mondial de foot a engendré de plus détestable: sponsoring et marchandisation à outrance, coupure entre les équipes et le public, standardisation de la communication et de la langue de bois. Le mouvement a déjà commencé avec les pubs entre hymnes nationaux et coups d’envoi, et ces affreuses musiques de boite de nuit pour meubler chaque temps mort, plutôt que de laisser le rugby respirer. Alors en attendant, la Nouvelle-Zélande nous offre les dernières bouffées du post-amateurisme.

Des stades découverts, des tribunes temporaires dans des décors champêtres, des conférences de presse d’après-match dans des placards à balais et sans équipement sonore, des bénévoles souriants, partiaux et toujours soucieux d’aider, des transports publics pas au niveau, des bières pas trop chères et des gens du Pacifique pour mettre de l’ambiance et remplir l’Eden Park lors de Fidji-Samoa... Les compétitions dans des pays paumés, c’est bien, en fait. D’ailleurs, 1 million de spectateurs ne s’y sont pas trompé, assurant un taux de remplissage décent, particulièrement pour des rencontres a priori sans intérêt comme Roumanie-Géorgie, et 100.000 touristes auront fait un tour en Nouvelle-Zélande, avec l’envie d’y revenir.

François Mazet et Sylvain Mouillard

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