A qui revient un Nobel décerné à un mort?

Le professeur Hans-Gustaf Ljunggren du Karolinska Institute annonce les lauréats du Nobel de médecine 2011 le lundi 3 octobre. REUTERS/Scanpix Sweden

Le professeur Hans-Gustaf Ljunggren du Karolinska Institute annonce les lauréats du Nobel de médecine 2011 le lundi 3 octobre. REUTERS/Scanpix Sweden

La fondation Nobel ne remet habituellement pas de prix à titre posthume. Une exception a été faite pour le scientifique canadien Ralph Steinman, dont la récompense sera remise à ses héritiers.

Le scientifique canadien Ralph Steinman est l'un des trois lauréats du Prix Nobel de médecine 2011, attribué le lundi 3 octobre. En récompense de «sa découverte des cellules dendritiques du système immunitaire et leur capacité unique à activer et réguler l'immunité adaptative», Ralph Steinman devait obtenir la moitié du prix, et la somme qui va avec, 504.000 euros (5 millions de couronnes suédoises); les deux autres lauréats, l'Américain Bruce Beutler et le Français Jules Hoffman, qui ont également travaillé sur le système immunitaire, s'en partager l’autre moitié

Seulement, Ralph Steinman est décédé vendredi des suites d'un cancer du pancréas. Problème: au regard des statuts juridiques de la fondation Nobel, les nominations à titre posthume n’ont jamais été autorisées. Cette fois-ci, il y aura une exception. Le comité Nobel a annoncé plus tard dans la soirée de lundi maintenir son choix, affirmant qu'il n'y avait jamais eu de précédent similaire dans l'histoire des prix Nobel.

Le comité n'avait pas connaissance de sa mort

Jusqu’en 1974, les lauréats qui décédaient entre leur nomination et l’attribution du prix par le comité restaient éligibles pour être récipiendaires du prix Nobel. Ce fut ainsi le cas du poète suédois et Nobel de littérature en 1931 Erik Axel Karlfeldt et de l’ancien secrétaire général des Nations unies, Dag Hammaskjöld, lauréat du prix Nobel de la paix en 1961.

Depuis 1974, un amendement qui figure à l’article 4 des statuts de la fondation Nobel stipule que les lauréats doivent être vivants au moment de l’annonce officielle du début du mois d’octobre avant la cérémonie officielle qui a toujours lieu le 10 décembre, jour anniversaire de la mort d’Alfred Nobel. Ainsi, en 1996, le récipiendaire du prix Nobel d'économie, William Vickrey, était mort quelques jours après l'annonce du prix.

Steinman n’aurait donc jamais «obtenu» ce prix si le comité Nobel avait eu connaissance de son décès au moment de l'annonce officielle.  Comment ont-ils pu ne pas être au courant? «Nous n'informons jamais les gagnants en avance, explique Göran Hannson, secrétaire général du comité Nobel au Guardian. Je n'arrivais évidemment pas à entrer en contact avec le professeur Steinman, donc je lui ai envoyé un mail qui a été lu par sa fille qui a contacté le président de l'université de Rockfeller. Il nous en a ensuite averti.» 

Ce sont précisément les héritiers de Ralph Steinman qui se verront attribuer la récompense associée à l'obtention du Nobel. Et la palette de ses usages est très variée.

Comment dépenser l'argent du prix Nobel

L’argent reçu par les lauréats du prix Nobel est remis à titre individuel –bien que certaines organisations peuvent en être les récipiendaires pour le Nobel de la paix. Si certains peuvent décider d’en reverser une partie –voire la totalité de la somme reçue au centre de recherche auquel ils appartiennent comme l’a confié la Nobel d’économie 2009 Elinor Ostrom à la NPR– d’autres comme Martin Chalfie, Nobel de chimie en 2008, ont décidé de consacrer une partie à des dépenses personnelles comme les frais d’université de leurs enfants ou plus extravagantes, voiture tape-à-l’œil pour le Nobel de médecine de 2001, Paul Nurse ou encore un terrain de cricket pour Richard Roberts, lauréat du Nobel de médecine en 1993.

Au-delà de la médaille d’or, d’un diplôme et de la somme d’argent reçue, qui varie chaque année en fonction des fonds de la fondation Nobel, le lauréat du prix Nobel gagne un certain prestige, «une récompense pour laquelle les scientifiques vendraient leur grand-mère avec le sourire sur eBay», plaisante Roger Highfield, rédacteur en chef de New Scientist, interrogé par l'AFP. Le lauréat du prix Nobel d’économie –seul prix Nobel qui n'a pas été créé d'après le testament d'Alfred Nobel– de 1992, Gary Becker, en atteste, également dans la dépêche AFP: «Vos interventions sont beaucoup plus sollicitées, vos opinions sont beaucoup plus écoutées… Vous gagnez aussi plus d’argent. Le plus important pour moi était la plus grande estime que mes travaux recevaient.»

Judith Chetrit