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Borloo n'est pas candidat et je ne suis pas sûr d'avoir compris pourquoi

Thomas Legrand, mis à jour le 11.06.2015 à 10 h 43

La question que se posait le dirigeant du Parti radical il y a huit jours était «quand se déclarer». Et pfff... dimanche, il renonce.

Jean-Louis Borloo, le 10 septembre 2011. REUTERS/Pascal Parrot

Jean-Louis Borloo, le 10 septembre 2011. REUTERS/Pascal Parrot

J’ai regardé TF1 dimanche soir et je dois dire qu’à la fin de cette courte interview, eh bien, je n’avais rien compris. Je dois vous avouer que j’ai eu un petit moment d’angoisse professionnelle! Étais-je devenu incompétent, hermétique aux discours politiques?

 

 

Le propos de Jean-Louis Borloo sur TF1 était quand même destiné à expliquer son renoncement au plus grand nombre et moi, dont c’est le métier de décrypter ces moments, je ne comprenais rien.

J’ai envoyé un SMS à mon collègue de la Matinale d’Inter, Patrick Cohen, pour lui donner le thème de ma chronique: le renoncement de Jean-Louis Borloo, en lui expliquant que je cherchais encore un angle.

Et puis je me suis aperçu, d’après sa réponse, qu’il n’avait pas beaucoup mieux compris que moi… Un coup de fil à Jean-François Achilli a achevé de me rassurer. Le chef du service politique de France Inter était dans le même brouillard que nous!

Ce n’est donc pas nous qui sommes bouchés, c’est Jean-Louis Borloo qui n’est pas clair! Ouf… Ne pas être clair, en soi, c’est déjà une première bonne raison pour ne pas se présenter à une élection présidentielle.

J’ai passé quelques coups de fils à des responsables du Parti radical et là, stupeur! Ils étaient dans la même expectative que nous, sauf qu’en plus, eux, ils étaient déçus. Jean-Louis Borloo n’avait prévenu quasiment personne de ce qu’il allait dire à TF1. Les responsables de son parti l’avaient même vu enthousiaste et sur le pied de guerre en début de semaine dernière.

D’autant qu’avec le passage du Sénat à gauche et la baisse du Président dans les sondages, il y a un espace au centre droit… La perte de la Haute Assemblée par l’UMP avait été perçue par les dirigeants du Parti radical comme le signe le plus évident que les modérés sont en déshérence et attendent un chef.

La question que se posait Jean-Louis Borloo et son entourage, il y a huit jours, était celle-ci: faut-il se déclarer tout de suite ou dans un mois?

Sarkozy n'y est pour rien

Et voilà que nous assistons à un renoncement vasouilleux. Que s’est-il passé dans la tête de Borloo cette semaine?

Une chose semble acquise, ce n’est pas le résultat des pressions de Nicolas Sarkozy, ni d’un deal de dernière minute avec le Président. Borloo ne devrait pas appeler à voter pour lui au premier tour. En privé, il affirme qu’il ne croit pas à la réélection de Nicolas Sarkozy.

Si Jean-Louis Borloo n’a pas été d’une limpidité exemplaire dimanche, c’est sans doute que les vraies raisons ne sont pas très glorieuses: il ne décolle pas dans les sondages, la candidature de François Bayrou reste solide, le rassemblement des centres autour du Parti radical ne prend pas.

Une bonne partie des électeurs modérés qui désertent la droite semblent séduits par une éventuelle candidature d’un François Hollande très rassurant pour eux. Borloo estime aussi que Marine Le Pen peut encore monter et Nicolas Sarkozy, encore descendre.

Il ne veut pas apparaître comme responsable d’un deuxième tour opposant la gauche au FN. Il est certain de la défaite de la droite et ne veut pas monter sur ce Titanic. Ces explications sont données en vrac par les amis de Jean-Louis Borloo qui réfléchissent tout haut après avoir entendu leur chef dimanche.

On peut rajouter la profusion des affaires qui vient encombrer la campagne. Borloo est un ami de Bernard Tapie, l’affaire Tapie pourrait revenir au devant de la scène, et le patron du Parti radical ne serait alors pas à très l’aise.

Ces explications sont toutes valables mais aussi toutes insuffisantes. A moins que la vraie raison soit plus irrationnelle et plus humaine à la fois: le vertige au moment de sauter.

Thomas Legrand

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